❖ Une des multiples facettes de ce génocide : Gaza & ses survivants empoisonnés par les déchets
Israël contrôlant les décharges de Gaza & ayant détruit ses infrastructures, 900 000 tonnes de déchets solides ont été déversées dans l’enclave, exacerbant une crise de santé publique.

Gaza empoisonnée par les déchets
Israël contrôlant toutes les principales décharges de Gaza, 900 000 tonnes de déchets solides ont été déversées dans l’enclave, exacerbant une crise de santé publique.
Par Abdel Qader Sabbah & Sharif Abdel Kouddous, le 16 décembre 2025, Drop Site News
Ville de Gaza - La tente délabrée d’Amin Sabri était l’une des nombreuses tentes installées au pied d’une colline de déchets en décomposition s’élevant à environ 7,5 mètres au milieu de la ville de Gaza. Des enfants pieds nus, vêtus de haillons encrassés, couraient dans les environs. Les mouches étaient partout et l’air était imprégné d’une odeur nauséabonde.
“Voici ma tente et voici la décharge devant laquelle je vis”, nous dit Sabri. “Nous ne dormons pas, ni la nuit, ni le jour, à cause des ordures. L’odeur pestilentielle nous envahit constamment et nos enfants sont malades. Ils souffrent de violents maux de tête. Nous sommes confrontés à une infestation de germes et d’insectes.”
Au cours des deux dernières années, les infrastructures civiles de Gaza ont été systématiquement détruites par l’armée israélienne, y compris les services de gestion des déchets. Des montagnes d’ordures se sont accumulées dans toute l’enclave. Les marchés autrefois animés et les rues ombragées ne sont plus que des montagnes de déchets sans fin, exacerbant gravement la crise environnementale et sanitaire à Gaza.
Avant la “guerre”, la collecte des déchets dans la ville de Gaza était coordonnée par le site de transfert des déchets de Yarmouk, situé près du stade de la ville, et les ordures étaient ensuite transportées vers la décharge de Johr El-Deek. Johr El Deek étant inaccessible, car situé à l’est de la “ligne jaune” occupée par les forces militaires israéliennes, le site de Yarmouk a été transformé en une immense décharge.
Les quelques camions de la décharge fonctionnant encore à Gaza grimpent au sommet du site de Yarmouk et y déversent chaque jour davantage de déchets non traités. Certaines communautés ont recours à l’incinération des ordures qui libèrent des fumées toxiques dans l’air. Les enfants courent à travers les collines de détritus en décomposition à la recherche de tout ce qu’ils peuvent récupérer.
“Nous avons été déplacés de la ville de Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, et nous sommes venus à Gaza. Nous avons constaté que les personnes déplacées s’entassaient dans tous les coins de la bande de Gaza. Nous avons été contraints de vivre parmi les ordures, dans la décharge de Yarmouk de la municipalité de Gaza”, explique Sabri. “Nous pensions pouvoir rester dans un endroit sûr, un lieu décent. Mais nous avons été contraints de venir ici ; nous n’avons nulle part ailleurs où aller. Nous sommes contraints de rester dans cette décharge, au milieu des ordures et des déchets... Je souffre à cause de cette décharge. Je souffre à cause des germes, des rats et des chiens. Chaque jour, je trouve 20 ou 30 rats à l’intérieur de ma tente, oui, carrément à l’intérieur. Je n’ai même pas une tente propre à la vie humaine.”
Sabri nous dit que les récentes tempêtes hivernales et les inondations à Gaza causent encore plus de dégâts.
“Nos enfants sont tombés malades ; ils ont enduré tout cela, mais cette odeur insoutenable et répugnante continue de nous envahir, au-delà de ce que vous pouvez imaginer. Quand il pleut, les eaux usées se déversent sur nous. Quand il pleut, tout cela nous tombe dessus”, dit-il.

Même avant la “guerre”, Gaza était confrontée à de graves problèmes de gestion des déchets, avec seulement trois grandes décharges qui fonctionnaient déjà au-delà de leur capacité. Ces trois décharges restent inaccessibles, même après le “cessez-le-feu”, car elles se trouvent dans des zones désormais contrôlées par l’armée israélienne. Tout au long de la guerre, des dizaines de décharges temporaires et surchargées ont été utilisées à la place dans des zones densément peuplées. Entre octobre 2023 et novembre 2025, environ 900 000 tonnes de déchets solides ont été générées et déversées dans des décharges temporaires à travers Gaza, selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
La grande majorité des véhicules de collecte et de transfert des déchets à Gaza, qui étaient déjà en nombre insuffisant avant la guerre, ont également été détruits, passant de 261 avant la guerre à seulement 48 aujourd’hui, selon le PNUD. Le nombre de conteneurs à déchets est passé de 7 300 à 900, tandis que le nombre d’engins de décharge est passé de 18 à zéro. Malgré l’accord de cessez-le-feu conclu il y a deux mois, Israël a empêché l’arrivée de nouveaux approvisionnements :
“L’entrée des camions de collecte des déchets, des machines et des outils de collecte et de traitement des déchets médicaux est toujours suspendue, tout comme celle d’autres fournitures essentielles telles que les pièces de rechange pour les points de collecte des déchets et les conteneurs à déchets”, souligne le PNUD dans un rapport publié ce mois-ci.
Le rapport du PNUD a également lancé un avertissement alarmant concernant les pluies hivernales et les inondations qui ont frappé Gaza au cours des deux dernières semaines.
“À l’approche de l’hiver, la situation présente de nouveaux défis. Les précipitations et les inondations risquent de répandre les déchets accumulés dans les communautés environnantes et de contaminer les sources d’eau. Les systèmes de drainage bloqués et les déchets non collectés augmentent le risque de maladies d’origine hydrique et entravent l’accès aux abris. Sans une collecte et une élimination sûre et régulière des déchets, les risques pour la santé publique devraient s’aggraver cette saison”, indique le rapport
Selon Hosni Mhana, porte-parole de la municipalité de Gaza, quelque 350 000 tonnes de déchets solides se sont accumulées dans la seule ville de Gaza.
“La ville de Gaza souffre aujourd’hui de toute une série de crises graves, dont la principale est celle des quantités extrêmes de déchets accumulés. L’occupation israélienne [a empêché] les équipes municipales d’accéder à la principale décharge située à l’est de la ville, dans la région de Johr El-Deek. En conséquence, la municipalité a été contrainte de stocker les déchets dans le centre-ville, et ces déchets accumulés sont ainsi devenus une bombe à retardement placée au cœur même de la ville, au milieu des habitants”, déclare Mhana à Drop Site.

Mhana souligne les crises résultant de l’accumulation de déchets solides.
“Premièrement, en tant que danger pour l’environnement et la santé publique en raison de la propagation accélérée des maladies et des épidémies qui en résultent pour les habitants des environs. Ensuite, de par la prolifération extrême d’insectes, de rongeurs et d’odeurs nauséabondes. Aujourd’hui, ces déchets menacent la vie des habitants et des personnes déplacées contraintes de vivre à proximité, en particulier dans le contexte de la crise de l’eau, qui reste indispensable pour le nettoyage et la désinfection.”
L’armée israélienne a également détruit des centaines de milliers de mètres du réseau d’égouts de Gaza, ainsi que la quasi-totalité de ses installations de pompage et de traitement des eaux usées.
“Le réservoir de Sheikh Radwan est désormais devenu un environnement propice à la propagation des maladies et des épidémies, en raison de l’accumulation des eaux usées et de leur fuite dans ce réservoir, qui était destiné à recueillir les eaux de pluie”, poursuit Mhana.
Ajoutant,
“Plus de 95 % de l’ensemble des infrastructures de la ville de Gaza ont été détruites à la suite de la guerre génocidaire menée par l’occupation israélienne pendant deux années entières. Nous sommes donc confrontés à une réalité extrêmement dangereuse, à savoir l’effondrement quasi total des services essentiels. La municipalité est aujourd’hui confrontée à des défis majeurs, dont le plus important est de résoudre la crise de l’accumulation des déchets dans le centre-ville.”
Rayan El Amine a contribué à ce reportage. Sami Vanderlip a monté la vidéo.
Abdel Qader Sabbah est journaliste et vidéaste dans le nord de Gaza.
Sharif Abdel Kouddous est journaliste et rédacteur chez Drop Site News.
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