❖ Un génocide simplement rebaptisé “cessez-le-feu” & un monde qui le sait, mais se tait !
Israël étend discrètement son occupation & assassine un 257ème journaliste. Un peuple qui s’accroche à la vie de toutes ses forces & une communauté internationale qui ignore sciemment la situation
Deux articles
Israël étend discrètement son occupation de Gaza sous le couvert d’un “cessez-le-feu”
Pour nous, ici à Gaza, ce “cessez-le-feu” est une fiction. Les bombardements se poursuivent et Israël ne cesse de déplacer sa ligne jaune.

Par Dalia Abu Ramadan, le 4 décembre 2025, Truthout
Je ne cesse de me demander : comment le monde peut-il croire Israël lorsqu’il affirme qu’un “cessez-le-feu” est toujours en vigueur ?
L’occupant a convaincu le monde que les effusions de sang à Gaza ont cessé, alors qu’en réalité, des familles continuent d’être rayées du registre civil dans le silence le plus total. Le monde reste silencieux – peut-être simplement parce qu’un soi-disant “cessez-le-feu” a été annoncé ?
Ce que le monde ne voit pas, c’est que, jour après jour, l’armée israélienne étend son contrôle à l’intérieur de Gaza. Elle avance lentement, engloutissant une rue, un quartier, une zone entière, redessinant discrètement la carte pendant que le monde célèbre un calme factice. La guerre n’a pas cessé, elle a seulement changé de forme : des bombardements à une expansion silencieuse, des frappes aériennes à une occupation rampante.
Le monde ne voit pas non plus comment Gaza est inondée d’une illusion trompeuse de normalité : les bonbons, les chocolats et les nouveaux appareils électroniques sont autorisés à entrer, comme si, ici, on avait soif de luxe, tandis que les produits de première nécessité comme la viande, les œufs et les médicaments continuent d’être bloqués.
Imaginez que les produits de première nécessité soient devenus des trésors rares et que, lorsqu’ils apparaissent, ils soient vendus à des prix exorbitants. Les commerçants augmentent les prix des produits essentiels comme les médicaments et la viande à des niveaux insupportables, car l’offre est très limitée.
Comment l’occupation peut-elle tromper le monde aussi facilement ? Et comment le monde peut-il avaler ce mensonge alors que l’occupation s’étend au vu et au su de tous ?
La nuit du 19 novembre 2025 a été l’une des plus difficiles que j’ai jamais vécues. Je me suis réveillée terrifié par des explosions qui ont secoué le sol sous mon corps, certaine pendant un instant que la guerre avait repris et que le cessez-le-feu avait complètement échoué.
La scène était identique à celle de la nuit où la deuxième trêve a pris fin, le 18 mars 2025 : ces mêmes explosions violentes nous ont tirés de notre sommeil et ont semé le doute dans nos esprits : que se passe-t-il ? La guerre a-t-elle repris ?
Nous sommes sortis pour voir ce qui se passait et avons interrogé notre voisin, Marwan Al-Namra qui nous a répondu :
“Ce n’est pas une nouvelle guerre... quelques heures sous les bombes, puis Israël annoncera, comme toujours, le retour du cessez-le-feu”.
Bien que notre quartier d’Al-Rimal n’ait pas été bombardé cette nuit-là, les frappes qui ont touché Al-Zaytoun (à deux kilomètres) et Al-Shujaiya (à cinq kilomètres) étaient si proches et si puissantes qu’on aurait dit qu’elles explosaient juste derrière moi. Les murs tremblaient violemment à chaque explosion.
Au même moment, les frappes aériennes pilonnaient sans relâche Khan Younis, dans le sud. Leurs détonations roulaient du nord au sud, comme si tout Gaza était frappé en même temps, comme si l’occupant voulait nous rappeler que le “cessez-le-feu” dont parle le monde n’est qu’un mince voile tendu au-dessus d’un feu qui ne cesse jamais de brûler.
L’ampleur de la tragédie est apparue à l’aube : 28 Palestiniens tués à Al-Zaytoun, Al-Shujaiya et Khan Younis — dont 17 enfants et une femme — et plus de 77 autres blessés lors de frappes sur des quartiers densément peuplés, malgré les affirmations israéliennes selon lesquelles ils visaient des chefs de la résistance.
Le 20 novembre, les sauveteurs ont retrouvé le corps d’une fillette d’un an et demi de la famille Kashko, tuée par les bombardements de sa maison à Al-Zaytoun. Un jeune homme nommé Sameh Rajab a également été déclaré mort après qu’une frappe aérienne a touché un bâtiment abritant des familles déplacées dans le même quartier, rejoignant ainsi sa femme et ses enfants, tués lors du génocide de 2023.
Ce quartier a enduré des vagues de mort et de destruction les unes après les autres. Je me souviens de la souffrance de mon amie et collègue contributrice à Truthout, Shahad Ali, qui a été déplacée de là-bas et a perdu sa mère, sa maison et tout ce qu’elle possédait.
Le porte-parole de la défense civile, Mahmoud Basal, a confirmé la mort de cinq civils, dont une femme et un enfant, tués par une frappe israélienne qui a touché le bâtiment du ministère des Dotations près du carrefour d’Asqoula à Al-Zaytoun. Le complexe médical Nasser a également confirmé sept victimes après que d’autres frappes israéliennes ont touché les camps d’Al-Mawasi à Khan Younis.
À midi, le 20 novembre, le bruit des bombardements était devenu encore plus intense et extrêmement fort malgré la distance, suffisamment pour que mon cœur batte la chamade. J’ai appelé mon père, parti au marché avec mon oncle, pour lui demander ce qui se passait, d’autant plus que la journée avait déjà été insupportablement pénible. Il m’a répondu que les gens au marché rapportaient des frappes intenses près de la ligne jaune – une série de plots de béton jaunes placés au sol qui délimitent la frontière entre les parties de Gaza contrôlées par l’armée israélienne (la “zone jaune”) et les zones qui sont encore des territoires civils.
Des rumeurs concernant des frappes près de la ligne jaune se propageaient parmi les passants ce jour-là, mais personne à Gaza ne savait encore que l’armée israélienne était en train de déplacer la frontière pour étendre la zone jaune, jusqu’à ce que la panique éclate au marché d’Al-Rimal, la peur se répandant dans la foule.
Les actes répétés de l’occupation israélienne pour étendre la zone jaune ont souvent un impact direct sur les quartiers résidentiels, forçant les civils à fuir ou limitant leur accès à des zones qui leur appartenaient autrefois.
L’angoisse s’est intensifiée lorsque les familles ont commencé à fuir Al-Shujaiya après l’avancée des véhicules israéliens et l’intensification des tirs d’artillerie sur la partie ouest du quartier, à l’est de la ville de Gaza. Nous avons entendu l’histoire de Haj Abu Muhammad Mushtaha, contraint de fuir avec les 20 membres de sa famille alors que les tirs devenaient trop intenses pour être supportables. Lorsqu’il a tenté de rentrer chez lui ce soir-là, il a été choqué de constater que l’occupant avait placé des blocs de béton à plus de 500 mètres à l’ouest de la ligne jaune, la même ligne établie lors de la première phase de l’accord de cessez-le-feu entre la résistance palestinienne et Israël le 10 octobre. Une nouvelle extension de la présence de l’armée dans le quartier en ruines, qui l’empêchait totalement d’atteindre son domicile.

Et il n’était pas le seul. Des dizaines de familles d’Al-Shujaiya n’ont pas pu retourner chez elles, ni avant le cessez-le-feu, ni après le tracé de la ligne jaune, ni maintenant qu’Israël l’a encore élargie. Un de nos amis de la famille Farwana a été déplacé dès les premiers jours de la guerre et, à ce jour, non seulement il n’a pas pu rentrer chez lui, mais il n’a même pas pu voir sa maison détruite.
La question reste donc posée : que cherche à obtenir l’occupant en étendant ses frontières sous le couvert d’un “cessez-le-feu” ?
Ce qui me brise le plus, c’est que personne dans ce monde ne semble s’en soucier.
Mon père s’est précipité chez lui, sentant que la situation devenait dangereusement instable, surtout après avoir appris le sort de la famille Mushtaha, une famille bien connue à Gaza et en particulier à Al-Rimal. Sur le chemin du retour, il a croisé un passant, Imad Tottah, qui lui a dit que tout ce que les gens murmuraient au marché était vrai. Quelques instants plus tôt, les informations avaient confirmé qu’Israël avait bombardé Al-Shujaiya et Al-Zaytoun avec une intensité brutale afin d’étendre la ligne jaune.
La situation est devenue encore plus claire lorsque le Bureau des médias du gouvernement a annoncé que l’armée israélienne avait déplacé les blocs de béton jaunes, étendant la zone qu’elle contrôle dans l’est de la ville de Gaza de 300 mètres supplémentaires dans les quartiers d’Al-Shujaiya et d’Al-Tuffah.
L’occupation israélienne ne s’arrête jamais : les bombardements, les déplacements et l’extermination à grande échelle se poursuivent, rayant des familles entières du registre civil. C’est ce qui est arrivé à la famille Abu Shawish, rayée de la carte à l’aube de ce 22 novembre 2025, comme si elle n’était rien de plus qu’un chiffre ajouté au nombre toujours croissant des morts. Ce qui me fait le plus souffrir, c’est l’insistance du monde à qualifier cette situation de “cessez-le-feu” alors que les bombardements, les meurtres et les destructions se poursuivent sans interruption.
Quel genre de cessez-le-feu est-ce là, alors que les tirs ne cessent jamais vraiment ?
Aujourd’hui, nous continuons d’aller de l’avant, même si la peur nous habite et que la possibilité d’un retour à la guerre plane à chaque instant. Nous envoyons mon petit frère Zaid à l’école, et ma sœur Farah se prépare à s’inscrire à l’université après l’annonce de la reprise prochaine des cours en présentiel dans les universités de Gaza, en remplacement de l’enseignement en ligne.
Nous nous accrochons à la vie de toutes nos forces, même lorsque la vie elle-même nous abandonne.
Malgré le siège, la pénurie et la menace constante qui nous accable, nous nous accrochons à nos études, à nos rêves et à l’espoir d’une vie au-delà des décombres. Nous étudions, nous reconstruisons et nous allons de l’avant, déterminés à nous forger un avenir sous les ruines, simplement parce que nous refusons de nous laisser abattre.
Dalia Abu Ramadan est une conteuse palestinienne et future diplômée de l’Université islamique de Gaza. Elle partage des récits poignants qui reflètent la force, la résilience et les défis de la vie à Gaza.
Note de la rédaction : Soutenez une information impartiale, précise et transparente : faites un don à Truthout dès aujourd’hui ! Nous comptons sur votre soutien pour survivre à la censure maccarthyste. Vous pouvez faire un don unique ou mensuel déductible des impôts. Cet article est sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0), et vous êtes libre de le partager et de le republier selon les termes de la licence.
◾️ ◾️ ◾️
Malgré le cessez-le-feu & les garanties de Trump, Israël tue un journaliste palestinien à Gaza
Selon les chiffres du gouvernement, ce dernier décès porte à 257 le nombre de journalistes tués à Gaza par les tirs israéliens.

Par Hosni Nedim & Betul Yilmaz, le 2 décembre 2025, Anadolu
Ville de Gaza
Un journaliste palestinien a été tué mardi lors d’une frappe israélienne dans le sud de la bande de Gaza, malgré l’accord de cessez-le-feu parrainé par le président américain Donald Trump.
Des sources médicales ont déclaré à Anadolu que le photojournaliste Mahmoud Wadi avait perdu la vie lors d’une frappe israélienne par drone dans le centre de Khan Younis, une zone qui ne relève pas de la zone jaune contrôlée par Israël.
Le père de Mahmoud Wadi, Issam, a décrit l’attaque israélienne comme “un tremblement de terre qui a frappé la tente”.
“Je ne m’attendais pas à perdre Mahmoud, il était non seulement mon fils mais aussi un ami, car il a grandi dans un studio de photographie”, a déclaré le père endeuillé à Anadolu.
“Mahmoud prenait des photos dans une zone sûre (qui n’est pas sous contrôle israélien selon l’accord de cessez-le-feu), mais les Israéliens ne respectent aucune promesse ni aucun engagement ; ils ne sont que trahison et tromperie”.
Un acte criminel
Le père palestinien a qualifié le meurtre de son fils d’“acte criminel perpétré par l’occupation israélienne”.
“Ils (les Israéliens) continueront ainsi jusqu’à détruire le monde entier”, a-t-il dit.
Un collègue du journaliste assassiné, Muhammad Abu Ubaid, correspondant pour Al-Alam TV à Gaza, a déclaré que Wadi était “connu pour son travail humanitaire et l’aide qu’il apportait aux autres”.
“Il n’était peut-être pas connu de tous, mais les pauvres et les personnes en détresse le connaissaient bien, car il consacrait son temps à les aider.
Wadi était une personne au cœur pur. Je me suis assis avec lui hier soir, nous avons beaucoup parlé et il m’a fait part de ses projets pour élever son jeune fils, qui est tout son univers.
Nous avions rendez-vous aujourd’hui à l’hôpital Nasser (à Khan Younis), mais j’ai appris qu’il avait été tué.
Le monde reste silencieux et observe, et l’occupation (israélienne) continue de nous tuer et de tuer des journalistes malgré l’accord”, nous a déclaré Abu Ubaid en larmes
Assassinats systématiques
Le bureau des médias du gouvernement de Gaza a déclaré que la mort de Wadi portait à 257 le nombre de journalistes palestiniens tués par Israël à Gaza depuis octobre 2023.
Il a dénoncé les “attaques systématiques et les assassinats de journalistes palestiniens” par Israël et a tenu Tel-Aviv et les administrations américaine, britannique, allemande et française “pleinement responsables de ces crimes odieux et brutaux”.
Le bureau des médias a appelé la communauté internationale et les organisations de presse du monde entier à “condamner les crimes de l’occupation israélienne”.
Les institutions médiatiques internationales ont appelé à plusieurs reprises Israël à mettre fin aux attaques meurtrières contre les journalistes palestiniens dans la bande de Gaza, mais Tel-Aviv a ignoré ces appels.
Les Palestiniens considèrent que le ciblage délibéré des journalistes palestiniens par l’armée israélienne dans la bande de Gaza est une tentative de dissimuler ses atrocités dans le territoire.
L’accord de cessez-le-feu est entré en vigueur à Gaza le 10 octobre dans le cadre du plan de Trump pour Gaza, mettant fin à deux ans d’attaques israéliennes qui ont tué plus de 70 000 Palestiniens, principalement des femmes et des enfants, et blessé plus de 171 000 autres depuis octobre 2023.
Israël a violé à maintes reprises l’accord en ouvrant le feu sur des civils palestiniens dans des zones qu’il ne contrôle pas en vertu de l’accord, tandis que le groupe palestinien Hamas a annoncé son engagement total à respecter les termes de l’accord et a exhorté les États-Unis à faire pression sur Israël pour qu’il s’y conforme.
Selon le ministère de la Santé de Gaza, au moins 356 Palestiniens ont été tués et plus de 900 autres blessés dans des attaques israéliennes depuis le cessez-le-feu.
◾️ ◾️ ◾️







