❖ Monstres & Cie
L'inaction face au drame qu'endurent les Palestiniens révèle le naufrage des consciences, de la civilisation & de l'humanité. La Palestine est le laboratoire de ce qui nous attend !
"L'empathie c'est, à la vitesse de l'éclair, sentir ce que l'autre sent et savoir qu'on ne se trompe pas, comme si le cœur bondissait de la poitrine pour se loger dans la poitrine de l'autre. C'est une antenne en nous qui nous fait toucher le vivant : feuille d'arbre ou humain."
- Christian Bobin, écrivain et poète français décédé en novembre 2022
SOMMAIRE :
1 - Introduction : : dernières atrocités en date
2 - L'holocauste perpétré à Gaza, la dérive autoritaire d'Israël & la crise de la civilisation occidentale - Thomas Fazi
3 - Les barbares israéliens exécutent à bout portant 15 professionnels de la santé palestiniens, décapitant l'un d'entre eux - Eva Karene Bartlett
Journalistes
4a - Le dernier article de Hossam Shabat - Drop Site News
4b - Le génocide israélien a tué plus de journalistes que les deux guerres mondiales réunies - Sharon Zhang
4c - Gaza, cimetière du jounalisme - Marginalia Subversiva
5 - Nous n'avancerons pas d'un pouce vers votre Armageddon - Roger Waters
6 - La Palestine au-delà de la logique coloniale du droit international - Mjriam Abu Samra & Sara Troian
7 - Dostoïevski & l'"enfer sur terre" : Une lecture de la réalité de notre peuple - Marwan Emil Tubasi, ancien ambassadeur de Palestine en Grèce
8 - S'opposer à l'holocauste de Gaza est juste le minimum requis pour ne pas être minable (à chier) en tant que personne - Caitlin Johnstone
9 - Israël : Une guerre civile à l'horizon ? Le conflit entre Ashkénazes et Sépharades et l'avenir d'Israël - Ramzy Baroud
1- Introduction
Face à la folie infernale de nos monstres dirigeants
Depuis une dizaine de jours, je suis littéralement restée tétanisée, totalement incapable de traduire le moindre article relatif aux horreurs perpetrées quotidiennement par le monstre sioniste. Insomnies, cauchemars, nausées … Comment avons-nous pu laisser faire cela ? Comment pouvons-nous continuer à vivre comme si de rien n'était ?
Les dernières infamies israéliennes ou occidentales en date :
Israël :
Israël semble larguer de nouveaux types de munitions sur Gaza.
S'appuyant sur les témoignages de plusieurs secouristes et civils à Gaza, le porte-parole d'une organisation palestinienne d'aide aux personnes déplacées dans le centre de la bande de Gaza affirme que les bombes larguées depuis la fin du cessez-le-feu semblent différentes de celles utilisées plus tôt dans la guerre.
Il a décrit les explosions comme massives, avec une "puissante onde de choc" et des secousses "ressemblant à un tremblement de terre". Le rayon de l'explosion aurait créé "d'énormes cratères en largeur" et des éclats d'obus ont été retrouvés sur des toits à plus de 500 mètres de distance. Des témoins affirment que ces explosions se produisent directement en surface en touchant le sol, avec une intensité extrême et qu'Israël utilise ces munitions dans de vastes zones résidentielles, causant des pertes humaines considérables.
L'ampleur des destructions et le nombre de victimes suggèrent un niveau inhabituellement élevé de puissance destructrice lassant penser qu'il s'agit de nouvelles bombes. (Source Twitter X Drop Site News, 21 mar 2025)
Un adolescent palestinien, Walid Khaled Abdullah Ahmad, arrêté au milieu de la nuit du 30 septembre 2024 à son domicile dans le village de Silwad, au nord-est de Ramallah en Cisjordanie occupée, meurt en détention israélienne. Il a été battu, maltraité et affamé (Source The Electronic Intifada)
Deux attentats à la bombe dans des hôpitaux, deux assassinats de journalistes (Mohammed Mansour et Hossam Shabat), le lynchage d'un oscarisé, la liste est longue (Source Council Estate Media, 25 mars 2025)
Hossam Shabat savait que son travail le mènerait probablement à l'assassinat, et il a continué malgré tout, il écrivait notamment pour Drop Site News (ndr : voir son dernier article n°4). Voici son dernier message :
"Si vous lisez ceci, c'est que j'ai été tué - très probablement pris pour cible - par les forces d'occupation israéliennes. Lorsque tout cela a commencé, je n'avais que 21 ans, j'étais un étudiant avec des rêves comme tout le monde. Au cours des 18 derniers mois, j'ai consacré chaque instant de ma vie à mon peuple. J'ai documenté les horreurs perpétrées dans le nord de Gaza minute par minute, déterminé à montrer au monde la vérité qu'ils tentaient d'enterrer. J'ai dormi sur des trottoirs, dans des écoles, sous des tentes, partout où je le pouvais. Chaque jour était un combat pour la survie. J'ai souffert de la faim pendant des mois, mais je n'ai jamais quitté mon peuple. Par Dieu, j'ai rempli mon devoir de journaliste. J'ai tout risqué pour rapporter la vérité, et aujourd'hui, je suis enfin en paix - ce que je n'ai jamais connu au cours des 18 derniers mois. J'ai fait tout cela parce que je crois en la cause palestinienne. Je crois que cette terre est la nôtre, et mourir en la défendant et en servant son peuple a été le plus grand honneur de ma vie. Je vous le demande maintenant : ne cessez pas de parler de Gaza. Ne laissez pas le monde détourner le regard. Continuez à vous battre, continuez à rapporter nos histoires, jusqu'à ce que la Palestine soit libre".
- Pour la dernière fois, Hossam Shabat, depuis le nord de Gaza.
Hamdan Ballal, oscarisé pour No Other Land, lynché par des colons avant de se faire enlevé par des soldats israéliens après l'attaque des colons et jeter en cellule. Il a depuis été libéré. (Source)
Un tribunal [kangourou] israélien condamne le directeur de l'hôpital Kamal Adwan, le Dr Hussam Abu Safiya à six mois de prison sans procès. (Source Twitter X, 25 mars 2025)
La décision de la Cour suprême israélienne légitime la famine et le génocide dans la bande de Gaza (Euromed Monitor, 28 mars 2025)
20 villageois ont été enlevés et agressés (par des colons israeliens assistes par Tsahal), dont 5 dans un état critique et un adolescent de 15 ans dans un état grave. (Source Twitter X Suppressed News, 28 mars 2025)
Les forces d'occupation israéliennes ont exécuté 16 ambulanciers à Rafah, dans le sud de Gaza. Leurs corps ont été découverts enfouis près de la caserne. (voir article n°3 d'Eva Karene Bartlett)
Israël a abattu des enfants avec des hélicoptères Apache. (Source)
Un village de Cisjordanie détruit (Source Haaretz)
À 2 heures du matin samedi, 140 soldats et colons, en uniforme ou en tenue de shabbat, ont fait irruption dans le petit village troglodyte de Jinba, dans les collines du sud d'Hébron. Les assaillants se sont répartis en groupes de sept personnes. Selon les témoignages des villageois, chaque groupe était équipé d'une masse de 5 kilos et affecté à une maison. Les soldats-colons réveillaient les occupants des maisons dans lesquelles ils entraient, les rassemblaient dans un coin et procédaient à la destruction de tout ce qu'ils trouvaient dans chaque foyer.
"Ils ont saccagé les téléviseurs, les réfrigérateurs, les caméras ; ils ont cassé les toilettes et arraché les robinets. Ils ont sorti les vivres des garde-manger et renversé l'huile d'olive, le riz et le blé sur le sol. Ils ont pris tout le labane et le beurre et l'ont déversé".
La destruction de Jinba par l'armée, en coopération avec les colons, a été le point culminant d'une semaine de violence vicieuse perpétrée par des terroristes des avant-postes des colons, avec le soutien de l'armée, à l'encontre de ce petit village.
Jeune Palestinien de 13 ans après 7 mois de détention dans les geôles israéliennes. Regardez la vidéo postée sur Twitter X.
Dans une déclaration commune du 2 avril, les co-ministres israéliens de la défense Israel Katz (Likoud) et Bezalel Smotrich (Sionisme religieux) confirment l'intention du gouvernement d'acquérir, de coloniser et d'annexer de façon permanente la totalité de la Cisjordanie occupée, aux dépens des Palestiniens.
"L'intention officiellement annoncée par le gouvernement israélien d'annexer de manière permanente l'ensemble de la Cisjordanie occupée constitue une violation si grave et si flagrante du droit international que, si elle n'est pas stoppée, l'effondrement du système multilatéral fondé sur des principes universels (tels que la souveraineté, l'autodétermination et la primauté du droit international) sera inévitable."
L'armée israélienne a bombardé un centre de santé de l'UNRWA dans le camp de réfugiés de Jabalia, au nord de la bande de Gaza, constitue un véritable massacre. Cette attaque s'inscrit dans le cadre d'un génocide délibéré. (Source Quds News)
L'attaque a fait 22 morts, dont 16 femmes, enfants et personnes âgées, et des dizaines de blessés. L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme souligne que cette frappe reflète une politique israélienne délibérée visant les rassemblements de civils et provoquant des morts massives, dans le cadre d'une action organisée visant à effacer la présence palestinienne dans la bande de Gaza.
Et toujours la même affirmation non prouvée selon laquelle des "individus armés" étaient présents dans la zone le 2 avril, circonstance qui, quoi qu'il en soit, ne dispense pas Israël de ses obligations juridiques contraignantes en vertu du droit international, notamment du droit international humanitaire.
Ghada Obeid, 30 ans, une autre femme déplacée qui était présente à la clinique lors de l'attaque, a décrit les conséquences horribles de l'attentat :
"J'ai vu les restes éparpillés d'enfants, de femmes aux crânes écrasés et d'autres avaient leurs membres arrachés. Des membres des familles Falouja, Imad, Abo Sa'da et Aliyan ont tous été tués en un instant. Il n'y avait pas de combattants dans la clinique, seulement des familles cherchant à échapper à la mort qui nous poursuit constamment et partout".
- Source Euromed Monitor
Au moins 29 Palestiniens - dont 18 enfants, femmes et personnes âgées - ont été tués et plus de 100 autres blessés lors d'attaques aériennes israéliennes contre deux écoles abritant des personnes déplacées dans le quartier de Tuffah, à Gaza, jeudi. Les journalistes ont décrit le site de l'attentat à la bombe à l'école Dar al-Arqam comme étant "l'horreur".
"Certaines images sont trop explicites pour être montrées - elles sont atroces et profondément troublantes. Beaucoup ont été tués sur le coup tandis que d'autres ont succombé à leurs blessures alors qu'ils étaient transportés dans des ambulances ou des véhicules civils vers l'hôpital al-Ahli", a déclaré Hani Mahmoud, de la chaîne Al Jazeera.
- (Source Quds News Network)
L'armée israélienne étend son invasion terrestre au nord de Gaza :
L'armée israélienne a annoncé que ses forces ont commencé une invasion terrestre dans le quartier de Shujayea, dans le nord de la bande de Gaza, intensifiant son offensive sur l'enclave palestinienne.
Le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, a déclaré que l'offensive croissante vise à "approfondir le contrôle de la zone" et à étendre une soi-disant "zone de sécurité", en référence apparente à la zone tampon d'Israël le long de la barrière de Gaza.
(Source Quds News Network)
Ses complices
En France, c'est open bar :
Yvan Attal
"Les palestiniens nous envie notre Shoah, ils veulent absolument un génocide, pourquoi ? Parce qu'ils pensent que le monde nous a donné Israël après la Shoah. Donc après un vrai génocide et il se disent, on va émouvoir le monde en disant que nous aussi, on est victime d'un génocide et on va nous donner des territoires."
- Source Twitter X
Les propos abjects d'Yvan Attal interviennent 4 jours après le meeting "Pour la République" d'Elnet où Eric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël, avait tenu des propos similaires et auquel assistait Attal.
"Ils leur manquaient un génocide pour être à égalité avec les juifs. Enfin, ils tiennent le récit d'un génocide."
- Source Twitter X
Déclaration du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères suite à l'exécution de 15 Palestiniens membres du personnel médical avant de dissimuler leurs corps - abattus à bout portant de plusieurs balles et un secouriste décapité dont la tête n'a pas été retrouvée - dans un charnier commun ainsi que les ambulances broyées. Voir article n°3 plus bas.
La France exprime son émotion après la découverte des dépouilles de 15 secouristes du Croissant rouge palestinien et de la défense civile palestinienne, le 30/03, décédés dans le cadre d’une opération militaire israélienne une semaine plus tôt alors qu’ils venaient porter assistance à des blessés.
Fil de Johann Soufi : Comment cacher des crimes de masse dans un monde ultra-connecté ? … En interdisant l'accès aux journalistes internationaux et en tuant ceux qui, sur place, tentent de documenter les massacres.
Au Royaume-Uni :
Stephen Kapos, artiste, architecte à la retraite et survivant de l'Holocauste (Source Al Jazeera) :
"Je suis un survivant de l'Holocauste, j'avais sept ans lorsque l'Allemagne a envahi et occupé son alliée peu fiable, la Hongrie, en mars 1944, j'en ai donc 87 aujourd'hui. La police britannique m'a interrogé pour avoir protesté contre le génocide."
Si la BBC rapporte sur certains massacres impossibles à taire, elle continue à omettre systématiquemnet de mentionner "Israël" et à ne pas faire apparaître les articles relatis aux faits sur la page d'accueil de son site Web. Lire l'article de Jonathan Cook.
Aux États-Unis :
Le leader de la minorité sénatoriale admet ce que personne n'est autorisé à dire au sujet d'Israël
Chuck Schumer, vient d'admettre ce que l'on appellerait une "théorie du complot antisémite" si elle émanait de l'un d'entre nous. Il s'exprimait lors d'une conférence de l'AIPAC aux États-Unis lorsqu'il a prononcé la partie tue à haute voix :
"Le point de vue des Palestiniens est simple : Les Européens ont maltraité les Juifs, jusqu'à l'Holocauste, et ils leur ont donné notre terre en compensation. Bien sûr, nous disons que c'est notre terre, la Torah le dit, mais ils ne croient pas en la Torah et c'est la raison pour laquelle il n'y a pas de paix. Ils inventent d'autres raisons, mais ils ne croient pas en un État juif".
Tout d'abord, il y a l'aveu que les sionistes estiment avoir le droit de prendre la terre palestinienne parce qu'elle leur a été promise dans un livre saint, l'aveu qu'Israël n'a pas été simplement créé pour donner aux Juifs un endroit sûr où se réfugier après l'holocauste.
Et puis il y a également l'aveu que la violence n'a pas été déclenchée par le 7 octobre et que les sionistes pensent qu'ils peuvent tuer les Palestiniens parce qu'ils ne partagent pas leur religion ou n'acceptent pas que le livre saint juif donne aux sionistes le droit de coloniser la terre palestinienne et d'établir un ethno-état suprématiste juif.
L'auditoire a applaudi ces aveux de Schumer.
Rappelez-vous que la Torah ne promet pas seulement aux sionistes la bande de terre qu'ils appellent Israël, elle ne leur promet pas seulement toute la Palestine, mais aussi le Liban, la Syrie, la Jordanie, la Turquie, l'Égypte, l'Arabie saoudite, l'Irak et le Koweït.
Extrait de larticle de Council Estate Media, 23 mars 2025
L'Université Columbia capitule face à des exigences fascistes scandaleuses et sans précédent.
Le 13 mars, les fascistes du gouvernement Trump ont publié une liste scandaleuse et sans précédent d'exigences auxquelles l'Université de Columbia doit se conformer afin de pouvoir ne serait-ce que négocier avec le gouvernement pour l'obtention de fonds fédéraux. Cela est intervenu cinq jours après l'enlèvement, digne de la Gestapo, de Mahmoud Khalil (le militant de la solidarité avec la Palestine et porte-parole du mouvement à Columbia) par des agents de l'ICE ! Six jours après que le gouvernement fédéral a supprimé 400 millions de dollars pour la recherche scientifique menée à Columbia. Entre-temps, le régime fasciste a annoncé une nouvelle série d'enquêtes gouvernementales dans 52 universités afin de réprimer les programmes "DEI" (diversité, équité, inclusion) dans les programmes d'études et les recrutements sur les campus.
- Accorder aux agents de la sécurité publique "les pleins pouvoirs en matière de maintien de l'ordre, y compris l'arrestation et l'expulsion des agitateurs" ;
- Abolir le Conseil judiciaire de l'université ;
- Achever les procédures disciplinaires pour les étudiants impliqués dans les manifestations à Gaza ;
- Appliquer l'interdiction de se masquer [utilisés par les manifestants pour protéger leur identité et leur sécurité] ;
- Placer le département d'études du Moyen-Orient, de l'Asie du Sud et de l'Afrique sous "séquestre académique" [un processus qui exige qu'un président extérieur dirige le département pendant au moins cinq ans] ;
- Mettre en œuvre "un plan de réforme globale des admissions" [lire : contrôler les origines raciales et nationales ainsi que les opinions politiques des futurs étudiants].
Le 21 mars, Katrina Armstrong, présidente par intérim de Columbia, a capitulé lâchement devant les exigences de l'administration Trump.
Jamais un gouvernement américain n'avait pris des mesures aussi extrêmes pour discipliner l'université et la contraindre à aligner ses vues et ses pratiques sur les politiques et les priorités du gouvernement. La situation actuelle est encore plus extrême que celle qui s'est produite à l'apogée du maccarthysme au début des années 1950, lorsque les professeurs de gauche et les communistes étaient pris pour cible par les commissions du Congrès.
La "nazification", une description pertinente
L'expression "nazification de l'université" décrit le processus qui a pris une ampleur dangereuse et sans précédent au cours des dernières semaines : a) suppression et criminalisation de la dissidence ; b) contrôle de la pensée sur le corps enseignant, les programmes d'études et les discours acceptables ; et c) semi-militarisation, avec des agents de répression tels que l'ICE et le ministère de la sécurité intérieure désormais infiltrés sur le campus avec l'autorisation de surveiller, d'intimider, d'arrêter et d'expulser.
En examinant la situation plus large à laquelle nous sommes confrontés, le leader révolutionnaire Bob Avakian a établi un parallèle important avec l'ascension d'Hitler au début des années 1930. Hitler est arrivé au pouvoir par des processus "normaux" et "a piétiné et rapidement mis fin aux normes et principes fondamentaux de cette république, imposant de force à sa place la dictature fasciste ouverte des nazis. Cela a jeté les bases de toutes les horribles atrocités commises par le régime hitlérien/nazi... ce qui se passe aujourd'hui avec le régime fasciste de Trump implique également une terrible dynamique qui impliquera des crimes monstrueux et massifs contre l'humanité, dans ce pays et dans le monde en général".
- Source raymond Lotta, 23 mars 2025
En Allemagne
Le gouvernement allemand tente d'expulser des citoyens de l'UE pour activisme politique, même ceux qui n'ont été condamnés pour aucun crime. Trois citoyens de l'UE ont vu leur droit à la libre circulation révoqué et risquent maintenant l'expulsion pour avoir participé à des manifestations contre la guerre à Gaza. "Leurs casiers judiciaires sont vierges. Pourtant, le gouvernement de Berlin semble construire un récit de danger imminent afin d'éviter une procédure régulière".
- Source Twitter X WikiLeaks
Mener des guerres pour la paix. Liberté, égalité, fraternité. La guerre contre le terrorisme... Autant de locutions préfabriquées, de foutaises, tantôt pour nous séduire et nous endormir, tantôt pour semer la peur, tandis qu'ils font avancer leur agenda orwellien.
Pour le pouvoir, le profit, le contrôle, toujours et à jamais.
Ils cherchent à nous perdre dans le labyrinthe, nous emprisonnant dans le travail, les factures à payer, la société de consommation, celle du spectacle comme le disait si justement Guy Debord, The Truman show ... Il ne tient qu'à nous de briser nos chaînes, vraiment, définitivement, pas juste accepter de l'allonger de quelques maillons lorqu'ILS nous concèdent quelque obole pour apaiser notre colère fort justifiée et nous berner. ILS nous reprennent toujours d'une manière ou d'une autre ces dus et ces aquis. Nous ne sommes rien, si ce n'est leurs esclaves modernes. ILS garderont les indispensables et jèterons, sacrifierons tous les autres.
Avant tout, nous lever pour et aux côtés du peuple palestinien, le défendre de toutes nos forces et nous en inspirer. D'abord, ILS sont venus pour les Palestiniens... ILS commencent toujours ainsi. La spirale de l'horreur, entrecoupée de petites pauses. Pour apaiser, comme toujours, lorsque tout apparaît de manière trop criante.
Un pseudo cessez-le-feu par-ci, une pause par-là. Et le tour est joué. Les Gazaouis qui ont survécu à l'horreur sont retournés dans ce qu'il restait de leur foyer, y ont cru, ont commencé à œuvrer pour bâtir un semblant de quelque chose, pour se poser, enfin, pour tenter de reprendre leur souffle, faire leur deuil, continuer malgré tout, pour perpétuer la mémoire des martyrs, offrir un peu à ceux qui ont survécu, les enfants surtout, pour aspirer à un Ramadan douloureux mais salvateur.
Et les monstres en ont profité, reprenant de plus belle, avec toujours plus d'audace dans les atrocités, toujours plus ouvertement puisque le monde ne bouge guère, tuant ainsi tout espoir.
Que sont devenues les manifestations massives, les actes de désobéissance civile ? ILS savent pertinemment qu'il y aura essoufflement, d'autant que rien ne parvient ne serait-ce qu'à enrayer la machine infernale.
Varier l'ennemi en fonction de l'agenda. La menace, tantôt russe, chinoise, yéménite ou iranienne, … désignée responsable de tous nos maux. La même histoire, la même rengaine... Mais puisque ça fonctionne, pourquoi donc s'en priveraient-ILS ?
Quand serons-nous enfin le chameau, la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Face à la fabrique du consentement et du mensonge, soyons la fabrique de la dissidence et de la résistance. Parce qu'il en va de l'humanité.
Ihab Suliman, un ancien professeur d'université expulsé de force de Jabalia avec sa famille, a déclaré lundi à l'Associated Press :
" Nous n'avons plus goût à la vie. Pour nous, la vie et la mort ne font plus qu'un".
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2- L'holocauste perpétré à Gaza, la dérive autoritaire d'Israël & la crise de la civilisation occidentale
Une catastrophe humanitaire d'une ampleur impensable fait rage en Palestine, menaçant la stabilité régionale, et ce avec le soutien total et inconditionnel des États-Unis et de l'Union européenne.
Par Thomas Fazi, le 31 mars 2025, Blog Personnel
Ce qui se passe à Gaza ne restera pas cantonné à Gaza. C'est le symptôme d'un profond malaise bien plus général qui ronge la civilisation occidentale.
La rupture du cessez-le-feu dans la bande de Gaza par Israël coïncide avec une centralisation sans précédent du pouvoir au sein de l'État juif, sous l'impulsion du gouvernement Netanyahou.
Le fait que rien de tout cela ne fasse la une des journaux tant en Europe qu'aux États-Unis est en soi révélateur d'une crise qui n'est pas seulement démocratique, mais civilisationnelle, dans laquelle l'Occident tout entier est en train de sombrer ( semble-t-il sans s'en rendre compte).
Cette inconscience est due au fait que ces événements s'inscrivent dans un contexte mondial plus large dans lequel l'Occident lui-même connaît une dérive illibérale et a progressivement démantelé tous les aspects du droit international qu'il défendait autrefois.
Aujourd'hui, par exemple, les États-Unis évoquent ouvertement la possibilité d'annexer des territoires ou des États souverains comme le Groenland et le Canada.
Et, paradoxalement, les alliés européens accusent Washington non pas de ces prétentions grotesques, mais de déloyauté pour avoir voulu négocier la fin du conflit en Ukraine, qui a causé d'énormes dommages à l'Europe et pourrait en causer bien davantage s'il se poursuivait.
Ce qui se passe à Gaza
Dans la nuit du 18 mars, Israël a rompu le cessez-le-feu par un bombardement féroce qui a tué plus de 400 Palestiniens en quelques heures. Le lendemain, le bilan dépassait les 700 Palestiniens tués.
Ces chiffres, largement ignorés par la presse occidentale, ont envoyé un message sans équivoque à la population de Gaza.
Même pendant les jours les plus violents des opérations militaires israéliennes qui ont précédé le dernier cessez-le-feu, le bilan quotidien n'a pas dépassé 250 morts - un bilan stupéfiant à tous points de vue.
Selon la défense civile palestinienne, parmi les plus de 400 victimes du premier jour, on comptait plus de 170 enfants et plus de 80 femmes. En d'autres termes, l'écrasante majorité des victimes étaient non seulement des civils, mais de surcroît des femmes et des enfants.
En un mot, la violation du cessez-le-feu par Israël a entraîné un massacre aveugle et sans précédent de victimes sans défense - une caractéristique de l'ensemble du "conflit" de Gaza qui prend aujourd'hui des dimensions de plus en plus effroyables.
Depuis le 7 octobre 2023, Israël a tué au moins 17 400 enfants, dont 15 600 ont été identifiés. Beaucoup d'autres sont encore ensevelis sous les décombres.
Même parmi les quelques cibles affiliées au Hamas qui ont été touchées, Israël a principalement visé des membres de l'administration civile de Gaza, autrement dit des non-combattants.
Selon des sources israéliennes, l'objectif de ces actions est de détruire la structure administrative qui permet au Hamas de gouverner Gaza.
Le Hamas a notamment déploré la perte d'Isam Da'alis (coordinateur du gouvernement), de Mahmoud Hatteh (vice-ministre de la justice), d'Ahmad Abu Watfeh (vice-ministre de l'intérieur) et d'Ismail Barhoum (chef des finances), ce dernier ayant été tué lors du bombardement par Israël de l'hôpital Nasser de Khan Younis, où il était hospitalisé.
Selon les conventions de Genève, toutes les parties à un conflit armé doivent respecter des principes fondamentaux tels que la distinction entre les cibles militaires et civiles et la proportionnalité.
Malgré toutes les preuves, des pays en particulier le Royaume-Uni et les États-Unis ont conclu qu'il n'était pas possible d'affirmer avec certitude qu'Israël avait violé le principe de proportionnalité.
En mai dernier, un rapport du département d'État demandé par le président de l'époque, Joe Biden, pour évaluer si Israël utilisait les armes fournies par les États-Unis "conformément au droit humanitaire international", a estimé ne pas pouvoir parvenir à une conclusion en raison d'un manque de transparence de la part d'Israël concernant ses processus de prise de décision.
De même, une lettre du ministre britannique des affaires étrangères, David Lammy, datant de janvier, indiquait qu'une évaluation était impossible en raison de "l'opacité et de la contestation de l'information à Gaza".
Au cours de la dernière phase du cessez-le-feu, Lammy s'est montré plus critique à l'égard de Tel-Aviv, déclarant que le blocus de l'aide israélienne à la bande de Gaza constituait une violation du droit international.
Il a toutefois été rapidement contredit par un porte-parole du gouvernement. Le Royaume-Uni continue d'entretenir des liens extrêmement étroits avec l'industrie de l'armement et les dirigeants militaires israéliens.
La base britannique d'Akrotiri, à Chypre, a été largement utilisée pour envoyer des forces spéciales américaines et des armes à Israël pendant le conflit. Après la rupture du cessez-le-feu par Tel-Aviv, les avions espions britanniques ont repris leurs vols quotidiens au-dessus de Gaza.
Déportation ou extermination
Le gouvernement Netanyahou a rompu le cessez-le-feu en accusant le Hamas de refuser de libérer les otages. En réalité, l'accord de trêve avait été structuré (en trois phases) de telle sorte qu'il était clair dès le départ qu'il échouerait probablement.
Malgré les accusations de Tel Aviv, c'est le gouvernement israélien qui a refusé (ndr : lien non fonctionnel) de mettre en œuvre - ou même de négocier - le début de la deuxième phase.
Au lieu de cela, il a cherché à prolonger la première phase pour obtenir la libération du plus grand nombre possible d'otages israéliens sans s'engager à mettre fin au conflit.
Par le passé, le premier ministre Benjamin Netanyahou a déclaré à plusieurs reprises qu'Israël ne mettrait pas fin à la guerre tant que le Hamas ne serait pas détruit.
Le ministre de la défense, Israël Katz, a clarifié sans équivoque les deux options qui s'offrent aux Palestiniens de Gaza. Après la première journée de bombardements intensifs, il a déclaré qu'il ne s'agissait que de la "première étape".
S'adressant à une population dévastée par la faim et la destruction, Katz a déclaré que si les otages étaient libérés et le Hamas expulsé, "d'autres options" s'offriraient aux Palestiniens de Gaza, y compris "la réinstallation dans d'autres endroits du monde pour ceux qui le souhaitent".
"L'alternative est la destruction et la dévastation totales", a conclu le ministre. En d'autres termes : la déportation ou l'extermination.
Dix jours plus tôt, durant le cessez-le-feu, le ministre des Finances Bezalel Smotrich - de retour de Washington - avait déclaré que le plan de Trump visant à expulser les Palestiniens de Gaza "prenait forme".
Selon le Washington Post, l'armée israélienne prépare une nouvelle opération terrestre dans la bande de Gaza qui pourrait durer des mois.
Les forces de Tel-Aviv ont déjà repris le contrôle du corridor de Netzarim dans le centre-nord de l'enclave et ont attaqué la ville de Rafah dans le sud.
Le quotidien rapporte que les chefs militaires israéliens prévoient des tactiques encore plus agressives, notamment le contrôle direct de l'aide humanitaire, la classification des dirigeants civils du Hamas comme cibles légitimes et la relocalisation de la population dans des "bulles humanitaires".
Tous ceux qui refuseront d'évacuer seront traités comme des combattants et éliminés, soit militairement, soit par des tactiques de siège telles que celles déjà employées dans le nord de la bande de Gaza avant la trêve.
Cette nouvelle campagne, encore plus violente, serait rendue possible par le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et par un alignement plus fort entre le gouvernement et la nouvelle direction de la défense. Le ministre Katz et le nouveau chef de l'armée Eyal Zamir sont tous deux totalement dévoués à Netanyahou.
Leurs prédécesseurs - le ministre de la défense Yoav Gallant et le chef d'état-major Herzi Halevi - s'étaient opposés à l'idée d'une occupation militaire complète de Gaza, qui impliquerait de gérer à la fois la population et l'aide humanitaire.
La prise de pouvoir de Netanyahou
La décision de Netanyahou de reprendre les opérations militaires à Gaza découle également de besoins politiques nationaux spécifiques.
En relançant les bombardements, il s'est assuré la loyauté du ministre Smotrich, qui avait menacé de quitter le gouvernement si Israël passait à la deuxième phase du cessez-le-feu.
Le premier ministre a également réussi à ramener au gouvernement l'autre parti d'extrême droite, Otzma Yehudit, et son leader Itamar Ben-Gvir, qui a retrouvé son poste de ministre de la sécurité nationale, malgré l'opposition de la procureure générale Gali Baharav-Miara.
Le gouvernement détient désormais 68 des 120 sièges de la Knesset, le parlement israélien, ce qui lui a permis de faire passer la loi budgétaire avant la date limite du 31 mars sans craindre le chantage des partis ultra-orthodoxes qui réclament l'exemption du service militaire.
La reprise des opérations militaires a également offert à Netanyahou une distraction fort commode, lui permettant de limoger le chef du Shin Bet, Ronen Bar, sans résistance excessive, à la suite d'un conflit prolongé et intense entre les deux hommes.
L'enquête interne du Shin Bet sur les attentats du 7 octobre 2023 a mis en évidence le financement qatari de Gaza - 30 millions de dollars par mois - comme un facteur clé ayant permis au Hamas de préparer l'attaque. Ce financement avait été publiquement soutenu par Netanyahou.
Le Shin Bet enquêterait également sur des liens présumés entre de hauts collaborateurs de Netanyahou et le Qatar, en particulier sur les efforts déployés pour améliorer l'image de la monarchie du Golfe à l'approche de la Coupe du monde de football prévue à Doha en 2022.
En outre, l'agence de renseignement a commencé à enquêter sur l'infiltration d'extrémistes kahanistes dans les rangs de la police sous la supervision de Ben-Gvir.
Naturellement, une grande partie de l'opinion publique israélienne accuse le Shin Bet et Ronen Bar d'être responsables des échecs du 7 octobre. Pourtant, nombreux sont ceux qui pensent que Netanyahou a limogé Ronen Bar pour des raisons personnelles.
La procureure générale Baharav-Miara a contesté la décision de licencier Ronen Bar. Une bataille sans merci s'est engagée entre elle et le premier ministre, qui veut également la démettre de ses fonctions.
Sous le couvert de la guerre, le gouvernement a également achevé le processus législatif de la réforme judiciaire qui avait déjà plongé Israël dans une crise politique sans précédent - bien avant l'attaque du Hamas d'octobre 2023.
La loi de réforme octroie aux dirigeants politiques - en particulier au gouvernement - un pouvoir nettement plus important dans la sélection des juges et des membres de la Cour suprême, au détriment du pouvoir judiciaire et de l'ordre des avocats.
Légèrement modifiée pour apaiser l'opposition, la réforme a finalement été approuvée par le parlement malgré le boycott des partis d'opposition.
Face à l'impuissance de l'opposition et à la régression des manifestations de rue, le seul obstacle à une consolidation sans précédent du pouvoir personnel de Netanyahou est la procureure générale.
Soutien inconditionnel de l'Occident
Dans sa lutte acharnée pour sa survie politique, Netanyahou a établi à plusieurs reprises des parallèles intéressés avec le président américain Donald Trump.
À son retour de sa visite à la Maison-Blanche le 11 février, Netanyahou a prononcé un discours devant son cabinet, que les initiés ont surnommé le "discours de loyauté", au cours duquel il aurait déclaré :
Regardez Trump. Il a fait trois choses en Amérique : il s'est entouré de personnes qui lui sont loyales, et à lui seul ; il a renvoyé toutes les personnes qui ne lui sont pas loyales ; et il est en train d'éliminer l'"État profond" de manière méthodique et approfondie.
On pense ainsi que Netanyahou a lancé sa propre purge politique.
Entre-temps, l'administration Trump a donné son feu vert à la reprise des opérations militaires à Gaza, rejetant la responsabilité de l'effondrement du cessez-le-feu sur le Hamas.
L'administration "soutient pleinement" Israël, Tsahal et les actions entreprises ces derniers jours, a déclaré Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison Blanche.
L'Union européenne a offert un soutien plus discret, "déplorant" la rupture de la trêve tout en condamnant le "refus" du Hamas de libérer les otages.
Dans la pratique, cependant, l'UE n'a rien fait pour freiner les actions d'Israël, comme en témoigne la visite en Israël de la responsable de la politique étrangère de l'UE, Kaja Kallas, le 24 mars.
Au cours de sa visite, Kallas a réitéré sa "ferme condamnation" de la violence du Hamas, tout en notant simplement que "la rupture du cessez-le-feu a causé une perte effroyable de vies humaines".
Bien qu'elle ait appelé à une reprise des négociations, Kallas a réaffirmé la solidarité de l'UE avec Israël et a ajouté : "Nous sommes d'accord sur l'immense menace que représente l'Iran pour la région et la stabilité mondiale", notant en outre que "l'Iran est une menace qui soutient également la guerre menée par la Russie en Ukraine".
De même, ni Kallas ni aucun autre dirigeant européen n'a pris de mesures concrètes concernant la campagne militaire sauvage et injustifiée lancée par Israël en Cisjordanie à la fin du mois de janvier, juste après le début de la trêve dans la bande de Gaza.
D'autres signaux inquiétants proviennent également de la Maison Blanche.
Le secrétaire à la défense, Pete Hegseth, qui a révoqué les fonctionnaires du Pentagone chargés d'évaluer les risques pour les civils, a chargé des experts juridiques militaires d'assouplir les règles d'engagement de l'armée américaine.
Juste avant qu'Israël ne rompe le cessez-le-feu à Gaza, les forces américaines ont bombardé les rebelles houthis du Yémen, responsables du blocus de la mer Rouge (qui avait été interrompu pendant la trêve à Gaza), tuant plus de 50 personnes, dont de nombreux civils.
L'opération s'est accompagnée de menaces proférées par Trump à l'encontre du groupe yéménite : "L'ENFER VA VOUS TOMBER DESSUS COMME VOUS NE L'AVEZ JAMAIS CONNU AUPARAVANT !".
L'Occident a ainsi signalé que, au moins au Moyen-Orient, le recours disproportionné à la force ne lui pose aucun problème, même au prix d'innombrables victimes civiles, alors qu'il n'a que de vagues objectifs stratégiques.
Israël sait parfaitement qu'il a les coudées franches à Gaza et probablement aussi en Cisjordanie. La perspective est celle d'une catastrophe humanitaire aux proportions inimaginables, avec de nouveaux risques de déstabilisation régionale.
Ni les États-Unis ni l'Europe ne semblent disposés à soulever la moindre objection face à un scénario aussi terrifiant.
Selon toute vraisemblance, le reste du monde tirera ses propres conclusions d'une attitude occidentale aussi violente, dangereuse et erratique d'une part, et faible, contradictoire et inefficace d'autre part, pour obtenir des résultats significatifs.
Note de l'auteur : La production d'un journalisme de qualité exige des recherches constantes, dont la plupart ne sont pas rémunérées. Si vous appréciez mes écrits, n'hésitez pas à souscrire un abonnement payant si ce n'est déjà fait. Outre le sentiment de bien-être que vous éprouverez, vous aurez accès à des articles et des commentaires exclusifs.
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3- Les barbares israéliens exécutent à bout portant 15 membres du personnel médical palestiniens, décapitant l'un d'entre eux
Par Eva Karene Bartlett, le 1er avril 2025, Blog Personnel
Les forces israéliennes ont été accusées d'avoir exécuté des membres du personnel médical palestinien menottés avant de les enterrer dans une fosse commune sous leurs ambulances broyées à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.
Quinze travailleurs humanitaires ont disparu la semaine dernière après avoir répondu à un appel de détresse de civils attaqués par les forces israéliennes.
Il s'agit de huit secouristes du Croissant-Rouge palestinien (CRP), de six membres des équipes de recherche et de sauvetage de la défense civile palestinienne et d'un membre du personnel des Nations unies.
Selon Mahmoud Basal, porte-parole de la défense civile palestinienne à Gaza, ils ont été retrouvés ce week-end dans une fosse commune, chacun d'entre eux ayant reçu pas moins d'une vingtaine de balles.
Au moins l'un d'entre eux avait les jambes attachées, un autre était décapité et un troisième avait le torse nu, a-t-il ajouté.
Le ministère palestinien de la santé a déclaré que certains des corps avaient été retrouvés les mains liées et avec des blessures à la tête et au thorax.
"Les forces d'occupation israéliennes ont brutalement exécuté les équipes de la défense civile", a déclaré Basal.
Il a ajouté que les travailleurs humanitaires avaient été enterrés dans une fosse commune, à deux ou trois mètres de profondeur, dans "un effort visant à dissimuler le crime".
"Cette fosse était située à quelques mètres de leurs véhicules, ce qui indique que les forces d'occupation [israéliennes] en ont sorti les victimes, les ont exécutées, puis ont jeté leurs corps dans la fosse", a-t-il précisé.
"Cette scène témoigne de l'un des massacres les plus sauvages dont Gaza ait été témoin dans l'histoire moderne".
Jonathan Whittall, chef du bureau des affaires humanitaires des Nations unies en Palestine, a déclaré que la fosse commune avait été repérée par la lumière d'urgence de l'une des ambulances broyées.
Selon le Comité international de la Croix-Rouge, il s'agit de l'attaque la plus meurtrière perpétrée à l'encontre de travailleurs de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dans le monde depuis 2017.
Ils portaient leur uniforme lorsqu'ils ont été tués
Dans une série de posts sur Twitter X, Whittall a expliqué les faits.
Le 23 mars, dix secouristes du Croissant-Rouge palestinien et six secouristes de la défense civile ont été appelés et envoyés dans la zone de Rafah où les forces israéliennes avaient progressé, pour recueillir les blessés.
Les forces israéliennes ont alors frappé les cinq ambulances, le camion de pompiers ainsi qu'un véhicule des Nations unies arrivé plus tard. Le contact avec eux a ensuite été perdu.
Dans un premier communiqué, l'armée israélienne a déclaré avoir frappé les véhicules parce qu'ils étaient utilisés par le Hamas et le Djihad islamique palestinien.
Les deux groupes nient utiliser les ambulances à des fins militaires.
Après cinq jours de tentatives de coordination avec l'armée israélienne pour atteindre la zone, les équipes de l'ONU ont enfin reçu l'autorisation, a indiqué Whittall.
Les équipes de l'ONU "ont croisé des centaines de civils fuyant sous les tirs" et "ont vu une femme atteinte d'une balle à l'arrière de la tête", a-t-il ajouté.
"Lorsqu'un jeune homme a tenté de la secourir, il a lui aussi été abattu. Nous avons pu récupérer son corps à l'aide de notre véhicule de l'ONU".
Six jours après avoir perdu le contact avec les premiers intervenants, les équipes de l'ONU ont trouvé les ambulances, le camion de pompiers et le véhicule des Nations Unies "broyés et partiellement enterrés".
"Après des heures de fouilles, nous avons retrouvé un corps, celui d'un employé de la protection civile sous son camion de pompiers", a rapporté Whittall.
Le corps retrouvé vendredi est celui d'Anwar Abdul Hamid Al-Attar, un responsable de mission humanitaire.
"Le premier jour de l'Aïd, nous sommes revenus et avons retrouvé les corps enfouis de huit membres du Croissant-Rouge palestinien, de six membres de la défense civile et d'un membre du personnel de l'ONU.
Ils ont été tués alors qu'ils portaient leurs uniformes. Au volant de leurs véhicules clairement identifiés. Portant leurs gants. En route pour sauver des vies. Cela n'aurait jamais dû se produire.
Les forces israéliennes ont tué au moins 105 membres de la défense civile, 27 secouristes du Croissant-Rouge palestinien, 284 employés d'agences des Nations unies et près de 1 400 agents du ministère de la santé depuis le début de la guerre menée contre Gaza en octobre 2023...", a poursuivi Whittall
*Note : En janvier 2009, j'ai travaillé bénévolement avec des médecins palestiniens du Croissant-Rouge palestinien, dans leurs ambulances, afin de documenter leur travail et de savoir qui étaient les victimes qu'ils secouraient. L'armée israélienne a tué l'un des médecins avec lesquels j'avais travaillé, en tirant une bombe à fléchettes directement sur son ambulance, le tuant. Un sniper israélien a tiré au moins 14 fois sur des médecins et une autre ambulance dans laquelle je me trouvais, ciblant d'abord les médecins palestiniens en uniforme, pendant le cessez-le-feu, tirant une balle dans la jambe d'un médecin et faisant feu sur notre ambulance (vidéo).
Les ambulances ne transportaient AUCUN résistant palestinien, il n'y avait AUCUNE arme dans les ambulances. Israël invoque ces faits pour justifier l'injustifiable : le massacre de médecins. [Voir mon fil de discussion sur X d'octobre 2023 (après quoi Youtube a supprimé toute ma chaîne)].
Le personnel médical palestinien pris pour cible par Israël, depuis un an
Ali Khalil, 47 ans, est médecin au Croissant-Rouge palestinien (CRP) et dans des hôpitaux privés de Gaza depuis plus de 20 ans. Il a été témoin de certaines des pires atrocités commises par l'armée israélienne. Pendant la guerre menée par Israël contre Gaza l'hiver dernier, Khalil a travaillé dans la région nord de Gaza, s'aventurant à plusieurs reprises dans des zones à haut risque bombardées par les chars, les hélicoptères et les avions de guerre israéliens afin de secourir les blessés et de récupérer les morts.
Au cours des 23 jours d'invasion, les avions de guerre, les drones, les navires de guerre, les chars et les tireurs d'élite de l'armée israélienne ont rendu des zones entières interdites et impossibles à atteindre pour les ambulances et les véhicules de secours et de lutte contre les incendies de la défense civile. Dans le nord, Ezbet Abed Rabbo et Attatra, respectivement à l'est et au nord-ouest de Jabaliya, font partie des quartiers occupés par l'armée israélienne.
Grâce au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les secouristes palestiniens ont parfois pu se coordonner avec l'armée israélienne pour accéder aux zones que celle-ci contrôlait.
"Nous attendions cinq heures, parfois même plus de 30 heures, la coordination des Israéliens pour entrer dans la zone afin de récupérer des blessés ou des martyrs", raconte Khalil. "La plupart du temps, nous ne l'obtenions pas".
Même la coordination n'a pas permis de garantir l'accès ou la sécurité.
"Le 9 janvier, nous sommes allés chercher des blessés et des martyrs. Il y avait trois ambulances et une jeep du CICR devant. Nous avons bénéficié d'une coordination par l'intermédiaire du CICR", explique Khalil.
Marwan Hammouda, 33 ans, infirmier du Croissant-Rouge palestinien depuis dix ans, a également participé à cet appel.
"Nous nous rendions dans la région en voiture et parlions avec les Israéliens au téléphone. Ils nous indiquaient la direction à prendre, la route à emprunter. Lorsque nous sommes arrivés près des blessés, les soldats israéliens ont commencé à tirer. Je leur ai dit : "Nous avons une coordination" et ils nous ont dit d'attendre. Puis ils ont recommencé à nous tirer dessus".
Selon le Centre palestinien pour les droits de l'homme (PCHR), le même jour, le 9 janvier, des soldats israéliens ont tiré sur un convoi de 11 ambulances précédé d'un véhicule du CICR clairement identifié dans le centre de Gaza, blessant un membre du personnel du CICR et endommageant le véhicule.
Ce n'est pas la seule fois où les urgentistes ont essuyé des tirs. Au cours de l'invasion, les forces israéliennes ont tué 23 secouristes, dont quatre en une seule journée. Cinquante-sept autres ont été blessés. Au moins 16 ambulances ont été endommagées et au moins neuf complètement détruites.
Bien que les conventions de Genève stipulent explicitement que "le personnel médical chargé de la recherche, de la collecte, du transport ou du traitement des blessés doit être protégé et respecté en toutes circonstances", cela n'a pas été le cas pendant toute la durée de l'invasion israélienne. En effet, comme en témoignent les blessés et le personnel d'urgence, les forces israéliennes ont pris pour cible le personnel médical et l'ont empêché d'atteindre les blessés.
"Si nous ne pouvons même pas accéder aux zones coordonnées par le CICR, comment sommes-nous censés pouvoir venir au secours des victimes ?", interroge Khalil.
En l'absence de coordination, de nombreuses ambulances n'ont pas osé risquer les tirs et les bombardements israéliens, ce qui signifie que des centaines d'appels sont restés sans réponse, selon le PCHR. Privées de soins médicaux, de nombreuses victimes ont succombé à leurs blessures.
Il a fallu des jours avant que les ambulances puissent atteindre les corps d'au moins cinq membres de la famille Abu Halima tués lorsque des tirs israéliens, notamment au phosphore blanc, ont frappé leur maison. En outre, deux jeunes cousins, Matar et Muhammad, ont été abattus par des soldats israéliens alors qu'ils tentaient de conduire un chariot tiré par un tracteur et transportant les blessés et les martyrs.
Les ambulances qui tentaient de répondre aux appels ont essuyé des tirs de mitrailleuses et d'autres bombardements. Ali Khalil reste traumatisé par ce que lui et d'autres secouristes ont finalement découvert des jours plus tard.
"J'ai ramené le corps brûlé et dévoré du bébé Shahed".
Le corps du nourrisson que Khalil a ramené, brûlé par le phosphore blanc, laissé dans le chariot du tracteur, avait été partiellement dévoré par des chiens errants.
"Ce jour restera gravé dans ma mémoire jusqu'à la fin de mes jours. Je ne pourrai jamais m'en remettre".
Khalil fait partie des nombreux vétérans de la médecine qui estiment qu'une aide psychologique est nécessaire pour tous les travailleurs des services d'urgence, en raison du stress et des traumatismes endurés dans le cadre de leur travail.
Ahmed Abu Foul, 26 ans, travaille comme infirmier et coordinateur de tous les volontaires du Croissant-Rouge palestinien dans le nord de Gaza. Il assure également les fonctions d'infirmier et de coordinateur de la défense civile, les services d'incendie et de secours de Gaza. Il est depuis peu père d'une petite fille.
Abu Foul a échappé de peu à la mort à de nombreuses reprises dans l'exercice de ses fonctions, et son corps porte les cicatrices des blessures causées par les balles, les éclats d'obus et les fléchettes (bombes à fléchettes) tirées par les Israéliens. Au cours de la seule dernière invasion, Abu Foul a été pris pour cible à deux reprises par des tireurs d'élite, se trouvait à l'école al-Fakhoura de l'ONU lors du bombardement le 6 janvier et se trouvait dans un bâtiment bombardé alors que les secouristes tentaient d'évacuer les victimes. Lors de ce dernier incident, le collègue d'Abu Foul a été tué et Abu Foul lacéré par des éclats d'obus à la jambe et à la tête.
Malgré ses nombreux risques de mort évitée de justesse, Abu Foul garde une attitude joyeuse et convaincante, et continue de travailler à plein temps pour la défense civile et le Croissant-Rouge palestinien. Il admet cependant que les douleurs psychologiques et physiques n'ont pas diminué depuis les dernières attaques israéliennes.
"Ma jambe gauche ne fonctionne plus. Lorsque je marche trop, la douleur devient insupportable et ma jambe ne me soutient plus. Elle porte encore des éclats d'obus et les nerfs ont été gravement endommagés par les éclats".
C'est la même jambe qui a été touchée en mai 2008, alors qu'Abu Foul était en mission pour le Croissant-Rouge palestinien. Juste au-dessus du bandage de maintien qui entoure son mollet, un creux dans sa jambe au-dessus de la rotule témoigne de la perforation infligée par la balle.
"Un médecin a dit qu'il pouvait retirer les éclats d'obus et réparer les nerfs, mais qu'il voulait l'ouvrir du pied jusqu'à la cuisse", explique-t-il à propos de sa récente blessure.
"J'ai aussi des douleurs à la tête, surtout quand il fait chaud. Il y a encore des éclats d'obus, bien que les médecins en aient déjà retiré trois fragments."
Il endure ces deux blessures en attendant que des spécialistes et des moyens soient disponibles en dehors de Gaza pour retirer tous les éclats d'obus.
"C'est trop dangereux ici ; nous n'avons ni les moyens ni l'équipement médical pour localiser les éclats d'obus avant de les retirer".
Outre la douleur physique omniprésente éprouvée par Abu Foul, ce sont les souvenirs des blessés, des martyrs et de la perte de ses collègues qui le perturbent toujours le plus.
"J'étais avec le docteur Issa Saleh, descendant les escaliers du sixième étage d'un immeuble d'habitation à Jabaliya, évacuant un martyr, lorsque les Israéliens ont à nouveau bombardé le bâtiment. Ils savaient que des médecins se trouvaient à l'intérieur. Ils pouvaient voir nos uniformes et les ambulances à l'extérieur. Le Dr Saleh a été touché par le missile".
Dans son témoignage au Centre al-Mezan pour les droits de l'homme, Abu Foul décrit comment il a cru avoir été mortellement blessé.
"J'ai mis ma main à l'arrière de ma tête et j'ai trouvé du sang et du cerveau. J'ai alors vu que le Dr Issa avait été décapité et j'ai réalisé que c'était sa tête qui avait heurté la mienne et que son cerveau avait été projeté à l'arrière de ma tête".
Quelques jours auparavant, Abu Foul et d'autres médecins avaient essuyé des tirs israéliens nourris (ndr : vidéo supprimée par YouTube) pendant plusieurs minutes alors qu'ils tentaient d'atteindre les blessés.
Le stress et les pertes considérables se sont manifestés dans la vie quotidienne d'Abu Foul.
"J'ai l'impression que plus rien ne m'intéresse. Quand je suis en colère, je me mets à taper et à jeter des objets. Je me sens très nerveux et je crie beaucoup désormais", a-t-il confié à al-Mezan (ndr : lien erreur 404).
Pourtant, Abu Foul prend son rôle de sauveteur d'urgence au sérieux et ne se laisse pas décourager dans son travail, malgré l'impact sur sa vie personnelle. Il continue aujourd'hui à rechercher des équipements de remplacement et prie les délégations en visite à Gaza d'apporter tout type d'équipement d'urgence.
"Dix des seize camions de pompiers sont en état de marche. Nous avons besoin de lances à incendie, de projecteurs pour les camions, de projecteurs portatifs pour les recherches dans l'obscurité, d'agents chimiques d'extinction, de scies électriques pour découper les débris..."
La liste est longue et semble impossible à réunir alors que le siège israélien sur Gaza est plus strict que jamais.
L'appel du devoir
Chaque invasion est plus éprouvante que la précédente, dit Marwan Hammouda. Comme ses collègues, Hammouda n'a pas peur de la mort et, comme eux, il a déjà été blessé dans l'exercice de ses fonctions, la dernière fois étant une balle dans le pied gauche lorsque l'ambulance qu'il conduisait a été prise pour cible par les tirs israéliens à Jabaliya.
Depuis l'invasion israélienne, Hammouda a développé un trouble de la thyroïde, que les médecins considèrent comme une conséquence du stress post-traumatique.
"Vous avez vu la dernière guerre. Il n'y avait aucun endroit sûr, ni les maisons, ni les écoles, ni les jardins d'enfants, ni les bâtiments des médias. Et pas d'ambulances."
"Alors, est-ce que je veux mourir dans ma maison ou dans mon travail, au moins en aidant les personnes blessées ?", interroge Hammouda. "Les Israéliens n'ont aucun respect pour le droit international. Et je ne crois absolument pas que les choses vont changer parce que les politiciens américains ne tiennent que de beaux discours", ajoute-t-il.
Hammouda est cynique quant à la qualité de vie à Gaza et, comme de nombreux Palestiniens, il est prêt à affronter le prochain assaut israélien à tout moment.
"La guerre est un commerce, Israël en tire profit. Bien sûr, il y aura une autre offensive".
"Mes enfants se sont habitués à l'idée que je pouvais mourir à tout moment dans le cadre de notre travail", explique ce père de six enfants. "Pendant les attaques israéliennes, je ne les voyais que cinq à dix minutes par jour. Parfois, je ne les voyais pas du tout parce que je passais mon temps à bord des ambulances".
Hassan al-Attal, 35 ans, père de trois enfants, a été abattu par un tireur d'élite israélien alors qu'il transportait un corps du carrefour de Zimmo, à l'est de Jabaliya, vers l'ambulance hurlante et gyrophare en marche.
Depuis que les chars israéliens ont envahi le territoire après la première semaine de bombardements aériens, les habitants blessés et pris au piège d'Ezbet Abed Rabbo - l'une des zones les plus durement touchées par les attaques israéliennes - ont réclamé des ambulances pour évacuer les blessés et les morts. Dans presque tous les cas, les secouristes n'ont pu répondre à ces appels, entravés par les tirs et les bombardements de l'armée israélienne.
Médecin depuis dix ans, Attal a été à maintes reprises la cible de tirs et d'agressions israéliens dans le cadre de son travail.
Sa blessure par balle lors de la mission du 7 janvier à 13h30 s'est produite pendant la période déclarée par Israël de "cessez-le-feu humanitaire", au cours de laquelle les civils ont été informés qu'ils pouvaient marcher en toute sécurité dans les rues pour acheter des denrées alimentaires ou quitter leur domicile.
Après avoir transporté le cadavre sur quelques mètres seulement, Attal et Jamal Said, 21 ans, le volontaire qui l'accompagnait, ont été la cible de tirs de snipers israéliens.
"Nous avons essuyé des tirs nourris, une vingtaine de coups de feu. J'ai reçu une balle dans la cuisse gauche", raconte Attal.
Hazem Graith, 35 ans, père de quatre enfants et infirmier au sein du Croissant-Rouge palestinien depuis 1999, a travaillé dans le nord de Gaza pendant les attaques israéliennes.
Comme la plupart des médecins, Hazem Graith a choisi cette profession par devoir envers sa communauté : "Parce que j'aime aider les autres", dit-il.
Graith a lui aussi essuyé des tirs israéliens à de nombreuses reprises. Toutefois, il n'hésite pas à souligner que si les attaques israéliennes contre les sauveteurs lors de l'invasion de l'hiver dernier ont été les plus sauvages et les plus nombreuses à ce jour, il ne s'agissait pas d'incidents isolés. Elles s'inscrivent au contraire dans le cadre d'une politique israélienne plus large qui consiste à refuser l'accès du personnel d'urgence aux blessés et qui remonte au début de la deuxième intifada palestinienne, en septembre 2000.
Selon les statistiques du ministère de la santé de l'Autorité palestinienne et du Croissant-Rouge palestinien, depuis le début de la seconde intifada en septembre 2000, les forces d'occupation israéliennes ont tué au moins 56 secouristes, dont des ambulanciers, des chauffeurs, des médecins et des volontaires - soit une moyenne d'un secouriste tous les deux mois - et en ont blessé au moins 500 autres.
Depuis 2000, au moins 144 membres des équipes médicales d'urgence ont été arrêtés dans l'exercice de leurs fonctions, dont 64 entre septembre 2000 et août 2002.
Parmi eux, 49 ont été battus, 15 torturés, six utilisés comme boucliers humains et six ont dû être hospitalisés.
Khaled Abu Sada, 43 ans, un autre infirmier de longue date, n'oubliera jamais l'attaque israélienne qui a sauvagement martyrisé son collègue Arafa Abd al-Dayem.
Le 4 janvier, vers 10 heures du matin, les médecins Sada, Abd al-Dayem et Ala Sarhan, 23 ans, volontaire du Croissant-Rouge palestinien, ont répondu à l'appel de civils pris pour cible par des tirs de chars israéliens à Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza.
Alors qu'ils amenaient les blessés et les martyrs dans l'ambulance, l'équipe médicale a été visée par une bombe à fléchettes tirée par un char israélien. Les fléchettes, qui mesurent à peine deux pouces de long (5 centimètres) et ont la forme d'une fléchette, sont conçues pour transpercer n'importe quoi et se briser à l'impact, afin de causer un maximum de dégâts. Arafa Abd al-Dayem, 35 ans, père de quatre enfants et infirmier volontaire depuis huit ans, a été déchiqueté par ces fléchettes.
Abu Sada a témoigné :
"Je suis venu ici et j'ai trouvé Arafa agenouillé, les mains en l'air, en train de prier Dieu. Ils ont trouvé son corps criblé de ces pointes. Le type qui avait été amené à l'ambulance était déchiqueté. Il lui manquait la tête et les deux jambes".
Arafa Abd al-Dayem a subi un choc et est décédé environ une heure après l'attaque, tandis qu'Ala Sarhan est resté paralysé à cause des blessures subies lors des faits.
Ashraf al-Khatib est médecin depuis 11 ans. Pendant les attaques israéliennes, il travaillait à la station du Croissant-Rouge palestinien de Rafah.
"Le 15 janvier, nous avons reçu un appel d'un homme nous disant que son frère était mort après avoir été blessé par de multiples tirs israéliens. Ahmed et Ibrahim Thabet ne savaient pas que l'armée israélienne se trouvait à proximité lorsqu'ils circulaient à moto dans un quartier de l'est de Rafah".
Appelé à 11 heures, al-Khatib a tenté d'obtenir une coordination israélienne via le CICR pour atteindre le blessé.
"Nous avons essayé pendant des heures. Ibrahim n'arrêtait pas de nous appeler, il pleurait, il était paniqué. Nous lui avons expliqué que nous ne pouvions atteindre la zone à cause de l'armée israélienne. Nous lui avons expliqué comment stopper son hémorragie à la poitrine et à la jambe jusqu'à ce que nous arrivions".
Incapables d'attendre plus longtemps, al-Khatib et ses collègues ont pris la décision de prendre le risque de se passer de la coordination israélienne.
"Je leur ai dit que nous risquions la mort. Mais nous avons accepté d'y aller."
Deux ambulances ont atteint la zone et ont sorti les morts et les blessés.
"Des tireurs d'élite nous visaient, des lasers sur nos fronts et nos poitrines", raconte-t-il.
Après avoir atteint les frères Thabet, les médecins ont vu d'autres victimes.
"C'était une zone très fréquentée. Les gens ignoraient qu'il y avait des snipers israéliens à proximité".
Mais en raison de la reprise des tirs israéliens, les ambulances d'al-Khatib ont été contraintes de battre en retraite, laissant les victimes derrière elles.
Al-Khatib se souvient d'un autre cas bien connu à Gaza, celui de la famille Shurrab à Rafah.
"Nous avons reçu un appel de Muhammad Shurrab nous disant que ses fils et lui avaient été expulsés de leur maison par des soldats israéliens, puis qu'on leur avait tiré dessus. Ils étaient tous vivants mais blessés", explique-t-il.
La famille a attendu, coincée entre un char israélien et leur maison, perdant beaucoup de sang à cause de leurs blessures.
"Nous sommes partis, mais lorsque nous avons essayé de les rejoindre, les soldats israéliens nous ont tiré dessus, nous nous sommes donc repliés et avons essayé de nous coordonner. Shurrab appelait de temps en temps ; je lui disais d'être patient pendant que nous essayions. C'était l'hiver, alors en plus de leurs blessures, ils étaient gelés".
Al-Khatib raconte la saga qui a duré toute la nuit.
"Plus tard, le père a appelé pour dire que l'un de ses fils était mort. Nous avons appelé la chaîne de télévision Al-Jazira pour rapporter que les Israéliens nous empêchaient d'atteindre Shurrab. Al-Jazira a pris son numéro de portable et l'a interviewé en direct. À ce moment-là, son deuxième fils avait succombé à ses blessures. Douze heures plus tard, les Israéliens nous ont finalement permis de joindre la zone, mais ses deux fils étaient morts".
Al-Khatib affirme qu'il s'agit là du pire défi auquel il a été confronté en tant qu'infirmier.
"Je savais qu'ils étaient blessés, mais il n'y avait aucun moyen de les atteindre, et les enfants sont morts. L'armée israélienne jouait véritablement avec nous", explique-t-il.
Muhammad, qui a refusé de donner son nom de famille, 30 ans, infirmier et ambulancier bénévole à la station du Croissant-Rouge palestinien de Tel al-Hawa, faisait partie de l'équipe envoyée pour récupérer les blessés du quartier Samouni à Zaytoun, dans l'est de la bande de Gaza, alors que les attaques faisaient toujours rage.
"Lorsque nous sommes arrivés, nous avons vu deux chars et un bulldozer entre les arbres. Les chars ont pointé leurs canons sur l'ambulance et les Israéliens nous ont dit de continuer à avancer. Nous avons parcouru environ 500 mètres. Soudain, 20 ou 30 soldats sont apparus à pied et ont encerclé l'ambulance en pointant leurs armes sur nous. Ils m'ont sommé de sortir lentement de l'ambulance. C'est ce que j'ai fait. Ils m'ont dit d'enlever mes vêtements. Je l'ai fait, tout en leur disant que nous étions venus pour évacuer des blessés".
Ils ont ordonné à son collègue Rami, infirmier volontaire, de sortir et de se déshabiller.
"Ils nous ont forcés à nous allonger sur le sol."
Pendant 30 minutes, raconte Muhammad, ils sont restés allongés sur le sol froid, en sous-vêtements, des soldats assis sur leur dos, fusils braqués sur eux.
"Finalement, après ces quelque 30 minutes, ils nous ont laissés partir. Mais ils ne nous ont pas permis de récupérer les blessés ou les enfants."
"Pourquoi tirer sur les ambulances ?"
Dans toute la bande de Gaza, pendant et avant la dernière invasion israélienne, les récits de détention, d'attaque, de blocage et de bombardement des stations des secouristes et de la défense civile abondent. Malgré l'ampleur de l'agression, la dernière guerre israélienne menée contre Gaza n'a nullement constitué un précédent pour les secouristes, mais plutôt la poursuite d'une politique israélienne profondément ancrée et en violation du droit international.
En avril 2009, la journaliste Amira Hass a rapporté avoir trouvé une note à Gaza ordonnant aux soldats "d'ouvrir le feu également en cas d'opération de secours". Amira Hass rapporte que la note a été trouvée dans une maison occupée par les forces israéliennes pendant la guerre contre Gaza. Un porte-parole militaire, écrit-elle, a nié que la note représente la politique officielle de l'armée israélienne. Mais les faits sur le terrain et les corps dans les cimetières mènent à une conclusion différente.
Bien qu'un an se soit écoulé depuis l'invasion israélienne, les blessures psychologiques sont encore béantes dans toute la bande de Gaza. Pour les secouristes, la perspective de la prochaine offensive israélienne n'est que trop réelle et trop routinière.
"Rien n'est interdit ici, il n'y a pas de droit international en ce qui concerne Israël. Même si les conventions de Genève stipulent que nous avons le droit de rejoindre les blessés, Israël ne tient pas compte du droit international", déclare l'infirmier Hazem Graith.
Comme Hammouda, Graith parle avec ironie de la justification israélienne de ces attaques.
"Pourquoi tirer sur les ambulances ? Pourquoi les détruire ? Pourquoi tuer des médecins ? Les Israéliens disent que nous sommes des militants ou que nous transportons des militants, c'est la raison qu'ils donnent pour cibler les médecins. Des mensonges, rien que des mensonges. Dans nos ambulances, il n'y a jamais que des blessés ou des martyrs".
Si la destruction des ambulances est un obstacle majeur au travail des médecins, Graith demande plus qu'une simple aide.
"Nous ne demandons pas à la communauté internationale de nous fournir de nouvelles ambulances. Nous voulons que vous voyiez ce que fait Israël et que vous fassiez pression pour qu'Israël cesse de tirer sur les ambulances" ....
Eva Karene Bartlett est journaliste en Syrie (15 fois de 2014 à 2021, chaque année, parfois pendant des mois). Elle a vécu et fait des reportages en Palestine (3 ans à Gaza, 8 mois en Cisjordanie), au Venezuela, au Donbass (depuis 2019). https://ingaza.wordpress.com/about-me/
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Journalistes
4a- Le dernier article de Hossam Shabat
Déposé quelques heures avant d'être tué par une frappe aérienne israélienne, le journaliste Hossam Shabat fait état de la reprise de la campagne de terre brûlée menée par Israël dans sa ville natale de Beit Hanoun.
Par Drop Site News, le 24 mars 2025
Hossam Shabat est mort. La rage et le désespoir m'envahissent au moment où j'écris ces mots. L'armée israélienne a bombardé sa voiture ce matin alors qu'il circulait à Beit Lahia. Mon écran est envahi de vidéos montrant son corps gisant dans la rue, transporté à l'hôpital, pleuré par ses collègues et ses proches. C'est le genre de scènes tragiques que Hossam lui-même documentait si souvent pour le monde entier. Il était un journaliste exemplaire : courageux, infatigable et dévoué à rendre compte de l'histoire des Palestiniens de Gaza.
Hossam était l'un des rares reporters à être resté dans le nord de Gaza pendant la guerre génocidaire d'Israël. Sa capacité à couvrir l'une des campagnes militaires les plus barbares de l'histoire récente a presque dépassé l'entendement. Il a été témoin de morts et de souffrances indicibles presque quotidiennement pendant dix-sept mois. Il a été déplacé plus de vingt fois. Il a souvent souffert de la faim. Il a enterré de nombreux confrères journalistes. En novembre, il a été blessé lors d'une frappe aérienne israélienne. Je ne parviens toujours pas à croire que je parle de lui au passé. Israël efface le présent.
Lorsque j'ai contacté Hossam en novembre pour lui demander d'écrire pour Drop Site News, il s'est montré enthousiaste. "Je vous remercie, habibi. Que Dieu vous garde. Je suis très heureux d'avoir cette opportunité", a-t-il écrit. "Il y a tellement d'idées, de scènes, d'histoires".
Sa première dépêche pour Drop Site était un compte rendu saisissant d'une campagne vicieuse d'expulsion massive menée par l'armée israélienne à Beit Lahia, qui a forcé des milliers de familles palestiniennes à fuir l'un des derniers abris de la ville assiégée :
Certains blessés sont tombés sur la route sans espoir d'être soignés. "Je marchais avec ma sœur dans la rue", raconte Rahaf, 16 ans. Avec sa sœur, elle est la seule survivante de sa famille d'une précédente frappe aérienne qui a tué 70 personnes. "Soudain, ma sœur est tombée à cause du bombardement. J'ai vu du sang couler de son corps, mais je n'ai rien pu faire. Je l'ai laissée dans la rue et personne n'a pu la sortir de là. Je hurlais, mais personne ne m'entendait".
Son écriture était lyrique et saisissante. Je me suis efforcé de traduire et d'éditer ses textes, de leur rendre justice, de transmettre son usage émotif de l'arabe en quelque chose de compréhensible en anglais. Au cours du va-et-vient éditorial typique de la finalisation d'un article, je revenais souvent vers lui pour obtenir des éclaircissements et poser des questions, lui demandant des détails supplémentaires et des citations directes. Il a toujours répondu rapidement, malgré les circonstances extraordinairement difficiles dans lesquelles il se trouvait.
En janvier, Hossam a rédigé un article sur les trois jours qui se sont écoulés entre l'annonce de l'accord de "cessez-le-feu" et sa mise en œuvre, période au cours de laquelle Israël a intensifié sa campagne de bombardements sur la bande de Gaza :
Ils ont pris pour cible l'école al-Falah ; ils ont bombardé tout un quartier résidentiel de Jabaliya ; ils ont tué des familles, comme la famille Alloush, dont les corps n'ont pas encore été retrouvés et gisent encore sous et sur les décombres. Les enfants que j'ai vus cette nuit-là semblaient heureux, mais ils n'étaient plus en vie, leurs visages étaient figés dans un contraste mêlant sourire et sang.
Début décembre, en préambule à l'un de ses articles, je lui ai demandé de confirmer son âge. "Hahaha. Je suis jeune. 24 ans", a-t-il écrit. Puis, quelques instants plus tard, il a précisé : "En fait, je n'ai pas encore 24 ans. J'ai 23 ans". Je lui ai dit qu'il n'était jeune que par l'âge, mais qu'il était vieux par l'expérience (cela sonne mieux en arabe). Il a répondu : "Je suis vraiment épuisé. Je jure que je n'ai plus de force. Je ne trouve pas d'endroit où dormir. J'ai été déplacé 20 fois". Il a poursuivi : "Sais-tu que je suis le seul membre de ma famille à rester dans le nord ?". Le mois dernier, pendant le "cessez-le-feu", il a pu retrouver sa mère pour la première fois en 492 jours.
En octobre, l'armée israélienne a inscrit Hossam et cinq autres journalistes palestiniens sur une liste de cibles à abattre. À l'époque, il a déclaré se sentir "traqué". Il a appelé les gens à s'exprimer en utilisant le hashtag #ProtectTheJournalists : "Je supplie tout le monde de partager la réalité des journalistes afin de faire prendre conscience des véritables plans de l'occupation israélienne visant à cibler les journalistes afin d'imposer un black-out médiatique. Diffusez le hashtag et parlez de nous !".
En décembre, après que l'armée israélienne a tué cinq journalistes lors d'une frappe aérienne sur leur véhicule, j'ai envoyé un message pour prendre de ses nouvelles.
"Notre travail se résume à mourir", m'a-t-il répondu. "Je déteste le monde entier. Personne ne fait quoi que ce soit. Je jure que j'en suis venu à détester ce métier". À propos de ses collègues survivants, il a écrit : "Nous avons commencé à nous dire les uns aux autres : "Nos familles nous considèrent comme des martyrs"".
Lorsqu'Israël a repris ses bombardements sur la terre brûlée la semaine dernière, je lui ai envoyé un nouveau message pour prendre de ses nouvelles. Il m'a répondu par un seul mot : "La mort".
Pendant tout ce temps, Hossam m'envoyait des messages pour me donner des idées d'articles ou simplement pour me faire part de ce qui se passait dans le nord du pays. Dans ses textos et ses notes vocales, il parvenait souvent à rester chaleureux et drôle, une sorte de rébellion face à la mort qui l'entourait.
Après l'entrée en vigueur du "cessez-le-feu", il est retourné dans sa ville natale de Beit Hanoun, à la limite nord-est de Gaza. Il n'y avait pratiquement plus aucune structure debout, mais il était déterminé à rester et à documenter la destruction.
Il m'a envoyé un message tard dans la nuit de dimanche à lundi, quelques heures avant d'être tué. Il avait été contraint de quitter sa ville natale de Beit Hanoun le jour de l'assaut israélien renouvelé la semaine dernière et avait été déplacé de force une fois de plus, cette fois à Jabaliya. Nous avions convenu qu'il écrirait un article sur l'attaque de la semaine dernière et sur ce dont il avait été témoin.
"Habibi", a-t-il écrit. "Tu me manques". Je lui ai demandé quelle était la situation à Jabaliya. "Difficile", a-t-il répondu.
Il a envoyé son article, je l'ai lu et j'ai envoyé mes questions complémentaires. Il n'a répondu qu'à une seule avant de se déconnecter. Je lui ai envoyé un nouveau message dès mon réveil ce matin. Je ne savais pas encore qu'il avait été tué.
Ce que vous allez lire est le dernier article de Hossam. Je l'ai traduit dans les larmes.
- Sharif Abdel Kouddous
Rapport de la ligne de front de la guerre d'anéantissement d'Israël
Article de Hossam Shabat
Beit Hanoun, Gaza - La nuit était sombre et dangereusement silencieuse. Tout le monde s'est endormi dans un sommeil lourd d'anxiété. Mais la tranquillité a été rapidement brisée par des cris assourdissants. Alors que les bombes se sont mises à pleuvoir, les gémissements des voisins ont annoncé les premiers instants de la reprise de la campagne militaire israélienne. Beit Hanoun fut alors plongée dans la panique et la terreur. Les cris de détresse se sont élevés au milieu du fracas des obus dans une scène reflétant l'ampleur du désastre qui engloutissait la ville. Ce n'était que le début. Le massacre de familles entières n'a pas tardé à suivre. Des colonnes de fumée se sont élevées de tous côtés. Les bombardements n'ont pas cessé un seul instant, noyant tout sous une tempête de feu et de souffrance.
L'attaque israélienne se poursuit. L'occupation exerce sa brutalité par des bombardements sans précédent, laissant derrière elle des scènes effroyables de destruction et d'effusion de sang. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, le nombre de martyrs au cours des six derniers jours a dépassé les 700, témoignant de l'ampleur de ces indicibles souffrances humaines. L'OCHA rapporte également que Gaza souffre d'une grave pénurie de médicaments et d'aide médicale, aggravant ainsi une situation déjà désastreuse.
Au cours des six premiers jours de cette nouvelle opération militaire, le nord de Gaza a été le théâtre de quatre massacres sanglants. Le massacre le plus marquant a été celui de la famille Moubarak, qui a eu lieu alors que la famille se réunissait dans le deuil pour présenter ses condoléances au Dr Salim Moubarak. En un instant, leur deuil collectif s'est transformé en une mer de sang et de fragments de corps. Toute la famille a été tuée : Salim, sa femme, ses enfants, ses parents. Personne n'a survécu. Un témoin oculaire a résumé la situation en termes clairs : "Ils ont tous été tués". Les victimes ne se trouvaient pas sur un champ de bataille, mais dans une maison en deuil. Un crime dans tous les sens du terme.
Ce massacre a été loin d'être le seul - il a été suivi d'attaques successives contre d'autres familles, dont la famille Abu Nasr, puis la famille Abu Halim - rappelant les bombardements vicieux du tout début de la guerre, après le 7 octobre. L'agression se poursuit, implacable, visant sans distinction des civils innocents, ne laissant derrière elle que destruction et mort.
À mon arrivée sur les lieux, je n'étais pas prêt à affronter l'horreur qui s'offrait à mes yeux. Les rues étaient jonchées de morts. Sous chaque pierre se trouvait un martyr. Des dizaines de personnes criaient à l'aide sous les décombres de leurs maisons, mais personne ne répondait. Les hurlements résonnaient tandis que tout le monde restait impuissant. Mes larmes ne cessaient de couler. Les scènes étaient plus que ce qu'un être humain pouvait supporter. Les ambulances étaient bourrées de cadavres, leurs corps et leurs membres empilés et entremêlés les uns aux autres. On ne pouvait plus différencier les enfants des hommes, les blessés des morts.
À l'hôpital Al-Andalus, la scène fut encore plus douloureuse. Les martyrs s'entassaient dans l'hôpital. Les mères faisaient des adieux silencieux à leurs enfants. Le personnel médical travaillait dans des conditions épouvantables, s'efforçant de soigner au mieux les blessés avec les moyens les plus élémentaires. Une situation intenable, alors qu'un nombre considérable de morts et de blessés sont amenés à un rythme effrayant.
L'agression israélienne se poursuit. Massacre après massacre, ne laissant dans son sillage que les cris des mères et les rêves des enfants réduits en cendres. Il n'y a aucune justification à cela. Tout est pulvérisé : la vie d'innocents, leur dignité et leur espoir d'un avenir meilleur.
* Traduction de l'arabe à l'anglais par Sharif Abdel Kouddous. Cet article est publié sous Creative Commons et peut être librement traduit et republié, avec mention de Drop Site News.
Vidéo postée sur le compte Twitter X de Hossam Shabat
Voici Hossam lors de l'Aïd de l'année dernière. Il débordait de joie et d'enthousiasme. Il nous a raconté avoir passé les derniers jours du Ramadan à préparer une fête dans une école voisine pour enfants déplacés. Il était convaincu que, malgré tout cela, les enfants méritaient de célébrer l'Aïd. Il leur a apporté bonheur et espoir dans un monde plongé dans l'obscurité.
En ce jour de l'Aïd, Hossam n'est plus parmi nous. L'école a été bombardée par les forces d'occupation, et beaucoup de ces enfants sont morts.
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4b - Le génocide israélien a tué plus de journalistes que les deux guerres mondiales réunies
Au moins 232 journalistes ont été tués dans le cadre du génocide, selon un nouveau rapport de Costs of War.

Par Sharon Zhang, le 1er avril 2025, Truthout
Selon un nouveau rapport, le nombre de journalistes tués dans le génocide israélien à Gaza dépasse celui des sept dernières grandes guerres menées par les États-Unis, marquant ainsi le "pire conflit de l'histoire" pour les reporters.
À la fin du mois de mars, au moins 232 journalistes avaient été tués dans le génocide perpétré à Gaza, la grande majorité d'entre eux étant des Palestiniens, selon un nouveau rapport du projet Costs of War du Watson Institute for International and Public Affairs de l'université Brown. Selon le Syndicat des journalistes palestiniens, en janvier, près de 380 journalistes avaient été blessés dans les violences.
Il s'agit du plus grand nombre de journalistes tués dans une guerre américaine depuis la guerre de Sécession, selon le syndicat, et il dépasse en fait le nombre combiné de journalistes tués dans la guerre de Sécession, la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Corée, la guerre du Viêt Nam (y compris les attaques américaines contre le Cambodge et le Laos), les guerres de Yougoslavie, la guerre d'Afghanistan et la guerre d'Ukraine en cours.
Au cours du seul premier mois du génocide israélien, au moins 37 journalistes ont été tués, selon le Comité pour la protection des journalistes, signant ainsi le mois le plus meurtrier jamais enregistré pour les journalistes dans le monde.
Le rapport, rédigé par le journaliste Nick Turse, dresse le bilan des décès de journalistes sur la base des comptes d'Al Jazeera et du Comité pour la protection des journalistes. Le bilan calculé par Turse est bien plus élevé que celui, souvent cité, du Comité pour la protection des journalistes.
Comme l'indique le rapport, le Syndicat des journalistes palestiniens a déclaré que le nombre de journalistes tués il y a un an représentait environ 10 % de la communauté des journalistes de Gaza, équivalant à l'assassinat de 8 500 journalistes aux États-Unis. Ce bilan serait encore plus élevé si la profession de journaliste aux États-Unis n'avait pas été vidée de sa substance au cours des dernières décennies.
On ne sait pas exactement combien de ces meurtres visaient délibérément des journalistes, mais il est clair qu'Israël a "déclenché une guerre implacable contre la presse", peut-on lire dans l'analyse. Reporters Sans Frontières a recensé au moins 35 cas où il existe des preuves suffisantes de ciblage direct - bien que les groupes de défense de la liberté de la presse et les experts aient répété à maintes reprises l'évidence qu'Israël entreprend un effort concerté pour massacrer ceux qui documentent le génocide.
Parmi les personnes directement visées par les forces israéliennes figure le journaliste Hossam Shabat, âgé de 23 ans, qu'Israël a tué lors d'une frappe aérienne la semaine dernière. Le jeune reporter s'était fait connaître tout au long du génocide pour sa couverture implacable du nord de Gaza face à l'assaut et au siège intenses d'Israël sur la région. Israël a reconnu son assassinat, affirmant, sans aucune preuve, que Shabat était un terroriste.
Mardi, le jour même de la publication du rapport, le Comité de protection des journalistes palestiniens a annoncé qu'Israël avait pris pour cible et tué un autre journaliste, Mohammed Saleh Al-Bardawil, reporter à la radio Al-Aqsa, tuant également sa femme et ses trois enfants.
Non seulement Israël a pris pour cible et tué des journalistes, mais il a également déployé tous les efforts possibles pour saper la libre circulation de l'information, en détruisant le système de communication à Gaza, en intimidant et en réprimant massivement la presse.
Le ciblage des journalistes par Israël constitue une escalade de l'érosion du journalisme partout dans le monde.
"Dans le monde entier, les aspects économiques de l'industrie, la violence de la guerre et les campagnes de censure coordonnées menacent de transformer un nombre croissant de zones de conflit en cimetières de l'information, Gaza en étant l'exemple le plus extrême", indique le rapport.
Sharon Zhang est rédactrice à Truthout et couvre la politique, le climat et le travail. Avant de rejoindre Truthout, Sharon a écrit des articles pour Pacific Standard, The New Republic, etc. Elle est titulaire d'un master en études environnementales. Retrouvez-la sur Twitter et Bluesky.
Cet article est sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0), et vous êtes libre de le partager et de le republier selon les termes de la licence. Nous avons besoin de votre aide pour devenir moins dépendants du trafic de Facebook et Txitter X. Suivez-nous sur Bluesky dès aujourd'hui !
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4c- Gaza, cimetière du jounalisme
Gaza, le génocide et la guerre contre les témoins.
Note : Cet article s'appuie sur les conclusions du rapport de Nick Turse de mars 2025, "The Reporting Graveyard", publié par le projet "Costs of War" du Watson Institute for International and Public Affairs de l'université de Brown, et y répond. Le rapport documente méticuleusement le ciblage et l'assassinat de plus de 232 journalistes à Gaza, exposant le silence systémique des travailleurs des médias palestiniens dans le cadre du génocide en cours.
Par Marginalia Subversiva, le 1er avril 2025, Substack
Le génocide à Gaza ne vise pas seulement les corps, il vise aussi les archives de ces corps. Depuis octobre 2023, plus de 232 journalistes et professionnels des médias palestiniens ont été tués. Gaza est devenue, selon les mots de Nick Turse, un "cimetière du journalisme". Mais soyons clairs : cette expression, bien qu'exacte, sous-estime l'ampleur et l'intention de la violence. Gaza n'est pas seulement un cimetière. C'est une scène de crime, soumise à un siège et à un effacement.
Il ne s'agit pas d'une simple censure. C'est une campagne d'extermination contre la souveraineté narrative.
Et cette campagne porte un nom : l'aléthocide.
Comme le définit l'universitaire Marc Owen Jones dans Third World Quarterly (2025), l'aléthocide est le ciblage délibéré et l'anéantissement de la vérité - par la censure, la propagande et la destruction des preuves. Ce n'est pas un sous-produit du génocide. C'est son essence même. Les assassinats de journalistes à Gaza ne sont pas des dommages collatéraux, ils sont au cœur même de la stratégie. Tuer les témoins. Brûler les archives. Rédéfinir le crime en "légitime défense".
Ce n'est pas une guerre. Ce n'est pas un champ de bataille. C'est une zone d'extermination des témoins. Le régime d'occupation israélien, armé jusqu'aux dents et blindé par le financement, la surveillance et l'impunité diplomatique des États-Unis, ne se contente pas de massacrer des civils. Il s'attaque méthodiquement à ceux qui documentent le massacre.
Nous assistons à la fusion violente de l'anéantissement militaire et de l'effacement épistémique.
C'est un aléthocide : la destruction génocidaire de la vérité, de la mémoire et du droit de raconter sa propre survie.
Les journalistes de Gaza ne sont pas pris entre deux feux, ils sont les cibles. Israël a interdit à tous les journalistes étrangers d'entrer à Gaza. Israël a délibérément assassiné des reporters locaux, les a qualifiés de "terroristes" ou de "combattants" et a rasé tous les principaux bâtiments des organes de presse dans la bande de Gaza. Il ne s'agit pas d'"accidents". Il s'agit d'éliminations stratégiques des archives.
Et dans cette stratégie, l'aléthocide va de pair avec la propagande du voyeurisme génocidaire - le système qui consiste à présenter l'atrocité comme un spectacle, tout en effaçant la voix de l'opprimé. Les médias occidentaux rediffuseront les bombardements, zoomeront sur les corps et exploiteront la douleur des Palestiniens pour faire les gros titres, tout en excluant, en mettant en doute ou en diffamant carrément les reporters qui vivent et meurent pour documenter ces atrocités.
Hossam Shabat était l'un de ces témoins
Âgé de 23 ans seulement, Hossam a été assassiné le 24 mars 2025 lors d'une frappe aérienne israélienne. Il n'était pas seulement un journaliste, il était un combattant de la résistance avec un objectif. Un diseur de vérité. Un enfant qui a grandi sous le blocus, sous la surveillance des drones, sous des campagnes de bombardements sans fin.
À 7 ans, il a vu les chars arriver - 1 400 personnes ont été massacrées.
À 10 ans, le feu pleuvait du ciel.
À 11 ans : nouvelle invasion - 2 200 morts.
À 19 heures : encore des bombes.
À 21 ans : début de cet holocauste.
À 23 ans, ils l'ont assassiné.
Hossam a vécu le génocide. Et il en est mort. Non pas à cause d'une "tragique erreur de calcul", mais pour avoir osé documenter le crime. Son nom n'a jamais fait la une des journaux occidentaux. Son visage n'a jamais été mis à l'honneur par les prix de la liberté de la presse. Mais Hossam a compté. Hossam compte. Hossam est un martyr parmi des centaines d'autres, mais sa voix résonne au-delà de la mort. Il a été réduit au silence pour que l'État puisse parler plus fort.
C'est la logique de l'aléthocide : tuer le corps, brûler les archives et donc la mémoire, effacer le témoin.
Et pourtant, Hossam a continué à rapporter malgré l'enfer, témoignant avec rien d'autre qu'un stylo, un téléphone et la volonté de survivre. Et en refusant d'être réduit au silence, il est devenu une menace pour l'empire.
Hossam était un nom. Mais il était aussi tous les autres. Chaque journaliste palestinien tué à Gaza endosse deux rôles insupportables : celui de survivant et celui d'historien. Certains étaient en direct à l'antenne lorsque leurs maisons ont été bombardées. Certains ont perdu leurs enfants, leurs frères et sœurs, leurs conjoints et ont continué à rendre compte de la réalité. Certains ont été assassinés après qu'Israël les a qualifiés d'"affiliés" au Hamas, souvent sur la base de simples posts sur les réseaux sociaux ou d'une propagande pixellisée.
Ce n'est pas seulement de la censure. C'est une campagne d'extermination contre la souveraineté narrative.
Pendant que ce génocide se déroule, plus de 70 médias occidentaux ont signé une lettre mièvrement polie demandant au régime israélien d'envisager de les laisser entrer à Gaza, tout en évangélisant constamment sa propagande, en ignorant le nettoyage ethnique en Cisjordanie et en régurgitant des mensonges sur la résistance qualifiée de "terrorisme". Ils osent déplorer la mort de la "vérité" tout en refusant de nommer les assassins de journalistes.
Ces mêmes médias qui glorifient les reporters ukrainiens remettent en question l'humanité des reporters palestiniens. Ils publient des tribunes libres justifiant le génocide. Ils réduisent au silence les voix palestiniennes. Et lorsqu'ils présentent "les deux côtés", ils choisissent de faire entendre les voix des colons qui appellent au nettoyage ethnique tandis que les Palestiniens saignent hors champ.
C'est la propagande du voyeurisme génocidaire : le regard du monde est capté, mais informé de manière fallacieuse, manipulé jusqu'à l'apathie par un déluge de désinformation, de langage aseptisé et d'inversion narrative. L'aléthocide en est le moteur, la propagande du voyeurisme génocidaire, l'objectif.
Ils accomplissent de concert ce que les bombes ne peuvent réaliser à elles seules : effacer les traces du crime alors que celui-ci se poursuit.
Ce n'est pas nouveau. Le régime sioniste a une longue tradition de répression et de réduction au silence des journalistes. De l'assassinat de Shireen Abu Akleh, abattue d'une balle dans la tête alors qu'elle effectuait un reportage équipée d'un gilet pare-balles, à la frappe aérienne qui a détruit le siège d'Al Jazeera à Gaza, le message a toujours été le même : tuez le témoin et personne n'aura à rendre de comptes.
La question demeure donc : allez-vous les laisser faire encore longtemps ?
Traiterez-vous Hossam et tous les autres comme des hashtags et du comptage de cadavres ou vous souviendrez-vous que le journalisme est une forme de résistance ? Que chaque journaliste palestinien assassiné faisait partie d'une tradition de vérité que les médias occidentaux ont déserté depuis bien longtemps ?
Car si nous laissons faire, nous ne sommes pas seulement les témoins de la mort du journalisme à Gaza. Nous assistons à la mort du journalisme, point final.
Hossam méritait de vieillir. La famille de Wael Dahdouh aussi. Tout comme Samer Abu Daqqa et les enfants aux côtés des journalistes lorsque les bombes sont tombées. Ils n'étaient pas des "professionnels des médias". Ils étaient les archivistes de l'atrocité, les gardiens de la mémoire du génocide.
Leur assassinat est une injonction : taisez-vous ou mourez.
Mais voici notre message en retour :
Nous n'oublierons pas. Nous ne nous tairons pas. Et nous ne pardonnerons pas.
L'aléthocide se nourrit de l'effacement. C'est pourquoi nous nommons les morts.
Le voyeurisme du génocide se nourrit du spectacle. C'est pourquoi nous exigeons de la substance.
Et le journalisme - le vrai journalisme - lui, se nourrit de vérité. C'est pourquoi nous continuons à écrire.
Gaza n'est pas seulement le lieu où le journalisme meurt. C'est là que le journalisme renaît, dans le sang, la bravoure et la vérité absolue.
Références
Jones, M. O. (2025). Evidencing Alethocide : Israel's War on Truth in Gaza (Preuve de l'aléthocide : La guerre d'Israël contre la vérité à Gaza). Third World Quarterly, 1–18. https://doi.org/10.1080/01436597.2025.2462791
Turse, N. (2025). The Reporting Graveyard : Israel's War on Journalists in Gaza (Le cimetière du journalisme : La guerre d'Israël contre les journalistes à Gaza). Projet sur les coûts de la guerre. Costs of War Project, Watson Institute for International and Public Affairs, Brown University. https://watson.brown.edu/costsofwar/papers/2025/reporting-graveyard
leGaïe, S. (2025). Genocide Voyeurism Propaganda : How Genocidal Regimes Use Public Brutality as a Weapon (La propagande du voyeurisme génocidaire : comment les régimes génocidaires utilisent la brutalité publique comme une arme). Marginalia Subversiva.
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5- Nous n'avancerons pas d'un pouce vers votre Armageddon
Ce qui suit est une version légèrement modifiée du discours du musicien Roger Waters à l'occasion du 75ème anniversaire de la conférence de Yalta.
Nous sommes tous engagés dans une bataille existentielle pour l'âme de la race humaine. Quel chemin allons-nous emprunter ?

Par Roger Waters, le 28 mars 2025, Peoples Dispatch
Je vous remercie de m'avoir invité à prendre la parole aujourd'hui à l'occasion de cet anniversaire historique. Le mois dernier, je me suis exprimé devant le Conseil de sécurité des Nations unies à l'occasion du dixième anniversaire de la signature des accords de Minsk II. Les personnes intéressées peuvent visionner ce discours sur UNTV. Ce jour-là, je m'en suis tenu à l'ordre du jour, à savoir l'Ukraine, la Crimée, le Donbass et la guerre en Ukraine, mais j'ai fait mention du Secteur droit, de Stepan Bandera et de la place du suprématisme blanc dans la politique ukrainienne, sans toutefois digresser. Mais aujourd'hui, n'étant pas limité par le protocole, je vais, avec votre permission, m'écarter du sujet comme je l'entends.
Chaque matin, lorsque je me réveille, que ma poitrine se serre et que les larmes coulent, je me ressaisis et me prépare à la lutte : Que puis-je faire aujourd'hui ? Pourquoi me préparer chaque jour au combat ? Parce que nous livrons quotidiennement une bataille existentielle pour l'âme de la race humaine.
Si nous vivons en Occident, notre gouvernement aide et encourage le génocide perpétré par l'État voyou d'Israël à l'encontre du peuple autochtone de Palestine, en temps réel, sous nos yeux. Cela ressemble à un cauchemar, mais ce n'en est pas un ; c'est on ne peut plus réel.
Nous nous pinçons d'incrédulité. Tout cela ne peut être réel. Si nous avons des enfants, ils nous tirent les vers du nez : "Maman, papa, arrêtez-les ! Hé, maman, papa, pourquoi personne ne les fait arrêter ? Papa ! Papa ! Et les Nations Unies, Papa ? Et le droit international ? Pppa ! Et les Conventions de Genève ? Papa, Papa, ils tuent les enfants Papa ! Papa, ils les enterrent sous les décombres. Il faut les obliger à arrêter".
Et puis je respire. Pourquoi pensez-vous que je suis ici à Yalta ? C'est une bonne question, n'est-ce pas ? Qu'en est-il du droit international, qu'en est-il des Nations unies ?
Nous sommes ici aujourd'hui pour marquer le quatre-vingtième anniversaire d'une rencontre entre trois hommes, Joseph Staline, Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt, qui se sont rencontrés ici en mars 1945 pour le partage de ce qui restait de l'Europe après la Seconde Guerre mondiale. Ils y sont parvenus sans trop de difficultés, mais ils ont également discuté de la possibilité de remplacer la Société des Nations, qui n'avait pas réussi à empêcher la Seconde Guerre mondiale, en créant un nouveau forum international capable de réussir là où la Société des Nations avait échoué. Bonne idée, resserrer un peu les règles et l'appeler les Nations unies ; cela sonne bien.
C'est ce qu'ils ont fait. La Charte des Nations unies a été rédigée et signée à San Francisco cet été-là et, surprise, nos trois amis du sommet de Yalta, rejoints par la France et la Chine, les deux autres vainqueurs présumés de la Seconde Guerre mondiale, ont tous été nommés membres permanents du conseil le plus important des nouvelles Nations unies, le Conseil de sécurité.
Qu'est-ce que le Conseil de sécurité ? Pourquoi est-il important ? Le Conseil de sécurité était et est toujours important parce que sa principale responsabilité est, je cite, « le maintien de la paix et de la sécurité internationales, y compris la détermination des menaces contre la paix, la prise de mesures pour la rétablir et l'établissement d'opérations de maintien de la paix ».
C'est une bonne chose. Ça a l'air génial ; est-ce que ça a fonctionné ? Eh bien, il y avait juste un petit problème.
Ah ha ! Poursuivons.
Staline, Churchill et Roosevelt avaient convenu à Yalta que non seulement ils devaient être représentés en permanence au Conseil de sécurité, mais qu'ils devaient également disposer individuellement du pouvoir de VETO pour toute résolution du Conseil de sécurité. Bien entendu, la France et la Chine ont répondu "Moi aussi, moi aussi". Les cinq grands ont été très clairs vis-à-vis des petites nations. Soit nous avons une Charte des Nations unies avec un droit de veto, soit nous n'avons pas de Charte des Nations unies du tout.
Ce n'était pas très démocratique, n'est-ce pas ?
Eh bien, non, mais les principes fondateurs des Nations unies semblaient plutôt bons, alors tous les petits pays ont accepté. Voici les principes fondateurs.
1. Maintenir la paix et la sécurité internationales.
2. Protéger les droits de l'homme.
3. Fournir une aide humanitaire.
4. Respecter le droit international.
Et l'ont-ils fait ? Eh bien, ils ont un peu répondu au numéro 3, mais le reste était trop difficile, paralysés qu'ils étaient et sont encore par le droit de veto des cinq grands au sein du Conseil de sécurité.
Je ne doute pas qu'ils aient fait de leur mieux, quoi qu'il en soit, après la guerre, l'Allemagne a été dûment découpée en quatre zones occupées par les forces militaires des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de l'URSS, mais l'histoire ne s'arrête pas là. Trois ans et demi plus tard, le 10 décembre 1948, les Nations unies naissantes se sont à nouveau réunies à Paris et ont, entre autres, signé la Déclaration universelle des droits de l'homme. Cette déclaration, partiellement rédigée, me dit-on, par Eleanor Roosevelt, l'épouse de FDR, en est le fruit d'une réflexion féminine. Merci, mesdames. Les trente articles ont ensuite été inscrits dans le droit international, du moins c'est ce que l'on nous a fait croire. C'était une grande affaire à l'époque, le rêve de droits de l'homme égaux pour tous nos frères et sœurs partout dans le monde, indépendamment de leur religion, de leur appartenance ethnique ou de leur nationalité, était une grande affaire. Pensez-y. Son adoption aurait probablement sonné le glas de toutes les guerres et aurait définitivement écarté la menace d'un nouveau génocide. Quelle bonne façon de se souvenir et de condamner universellement la toute récente tentative de génocide des Juifs d'Europe par les nazis. Nos dirigeants, la main sur le cœur, ont fait une promesse solennelle : "Plus jamais ça". Mais lorsqu'ils ont fait cette promesse, et je déteste avoir à vous le dire, certains d'entre eux avaient leurs doigts croisés dans le dos, certains d'entre eux mentaient. Certains d'entre eux ont juré de soutenir et de défendre les droits de l'homme universels, mais ne le pensaient pas vraiment. Certains d'entre eux étaient en fait des ethno-suprémacistes, comme l'étaient les nazis, des individus convaincus que certains devraient avoir plus de droits humains que d'autres. Ils défendent les droits de l'homme, mais seulement pour une poignée d'élus. Le petit nombre qu'ils sélectionnent.
Permettez-moi de vous donner un aperçu fugace, revenez avec moi en Palestine en 2007. J'étais dans une jeep de l'UNWRA avec une femme charmante du nom d'Allegra Pacheco qui travaillait pour l'ONU. Nous nous dirigions vers le nord du territoire occupé en direction de Jénine sur une autoroute flambant neuve lorsque j'ai fait la remarque suivante : "Au moins, ils ont de belles routes". "Oui", m'a répondu Allegra, "Elles sont réservées aux Juifs". .... "Ne soyez pas stupide, c'est ridicule". "Oui, mais c'est vrai que si vous vivez ici, vous devez être juif pour avoir le droit d'emprunter la route".
Ce que je veux dire, c'est que les Israéliens ne considèrent pas cela comme une contradiction. Pour eux, le génocide était répréhensible pendant la Seconde Guerre mondiale en Europe, en Allemagne ou, disons, à Varsovie en Pologne, mais il est acceptable aujourd'hui au Moyen-Orient, à Gaza, parce que les bottes ont changé de pied.
La déclaration des droits de l'homme universels n'était donc qu'une mascarade, une sorte de bal masqué pour célébrer le partage du butin de guerre. Désolé d'être le porteur de mauvaises nouvelles, désolé de gâcher la fête.
La plupart d'entre vous sont trop jeunes pour s'en souvenir, je suis moi-même presque trop jeune pour m'en souvenir, mais je sais lire et j'ai lu l'histoire.
Quoi qu'il en soit, nous avons tous porté consciencieusement nos masques au bal. Nous avons déclaré notre attachement à toutes les bonnes vaches sacrées. Nous avons tous déclaré, la main sur le cœur, que nous nous préoccupions des droits de l'homme, de la liberté, de la démocratie et de la primauté du droit international, et pourtant ? Aujourd'hui, l'autre pied porte la botte, et donc ?
Il y a trente-cinq ans, en 1990, j'ai écrit une chanson intitulée Too Much Rope pour un album intitulé Amused to Death. Voici quelques lignes de cette chanson :
Il n'est pas nécessaire d'être juif
Pour désapprouver le meurtre
Les larmes nous brûlent les yeux
Musulman ou chrétien, mollah ou pape
Prédicateur ou poète, qui a écrit
Donnez trop de corde à n'importe quelle espèce
Et ils finiront par tout foutre en l'air.
Je vais faire une avance rapide de soixante-dix-neuf ans, de mars 1945 au 18 avril de l'année dernière. Ce jour-là, le Conseil de sécurité des Nations unies s'est réuni pour voter sur un projet de résolution présenté par l'Algérie, recommandant que l'État de Palestine soit admis comme membre à part entière des Nations unies. Le projet de résolution n'a pas été adopté en raison du VETO des États-Unis. Il y a donc eu douze votes pour la résolution, deux abstentions, le Royaume-Uni et la Suisse, et le coup fatal du VETO américain.
Pourquoi les États-Unis ont-ils exercé leur droit de veto pour bloquer cette résolution ? Bonne question, alors qu'ils ne cessent de parler de paix en Terre sainte depuis des années, la fameuse solution à deux États. Pourtant, les États-Unis ont utilisé leur droit de veto 45 fois depuis 1972 pour soutenir l'État d'Israël dans tous ses actes. Y compris, et c'est essentiel, l'occupation permanente par Israël des terres palestiniennes et le génocide de son peuple.
Pourquoi ? Bonne question.
C'est peut-être la raison pour laquelle je suis ici aujourd'hui pour tenter de faire la lumière sur le "pourquoi" de cette situation.
Je pense que cela a quelque chose à voir avec un attachement impie aux tendances ethno/suprémacistes que j'ai mentionnées plus tôt, à la destinée manifeste et aux textes sacrés.
Je reviendrai sur tout cela, mais il pourrait aussi s'agir d'une bonne vieille cupidité ?
Il est intéressant de noter que Donald Trump, l'actuel président des États-Unis d'Amérique, a récemment déclaré son intérêt pour le nettoyage ethnique de Gaza et son développement en tant qu'attraction touristique haut de gamme, une station balnéaire avec des terrains de golf et, si je me souviens bien, une statue géante en or à son effigie. Un joli petit revenu pour Jared Kushner, son gendre, à n'en pas douter. Sans parler des trillions de mètres cubes de gaz naturel juste au large qui appartiennent de droit aux populations autochtones.
En 1964, dans son célèbre discours Ballot or the Bullet, le frère Malcolm X a dit ceci :
Je ne suis pas ici ce soir pour parler de ma religion. Je ne suis pas ici pour essayer de vous faire changer votre religion. Je ne suis pas ici pour discuter de nos divergences, parce qu'il est temps pour nous d'oublier nos différences et de nous rendre compte qu'il vaut mieux d'abord comprendre que nous avons le même problème, un problème commun, un problème qui vous mènera en enfer, que vous soyez baptiste, ou méthodiste, ou musulman, ou nationaliste.
Frère Malcolm n'a pas dit "ou un juif" ce soir-là, alors je l'ajoute pour lui, "ou un juif". Ce que je veux dire, c'est qu'en termes de droits de l'homme, notre religion ne devrait pas avoir d'importance ou, comme l'a dit Malcolm, être laissée dans le placard.
Revenons à Frère Malcolm :
Que vous soyez instruit ou analphabète, que vous viviez sur un boulevard ou dans une ruelle, vous comme moi allons connaître l'enfer. Nous sommes tous dans le même bateau et nous allons tous subir l'enfer que nous réserve le même homme. Il se trouve que c'est un homme blanc. Nous avons tous souffert ici, dans ce pays, de l'oppression politique aux mains de l'homme blanc, de l'exploitation économique aux mains de l'homme blanc et de la dégradation sociale aux mains de l'homme blanc.
En parlant ainsi, nous ne sommes pas anti-blancs, mais nous sommes anti-exploitation, anti-avilissement, anti-oppression. Et si l'homme blanc ne veut pas que nous nous opposions à lui, qu'il cesse de nous opprimer, de nous exploiter et de nous avilir. Que nous soyons chrétiens, musulmans, nationalistes, agnostiques ou athées, nous devons d'abord apprendre à oublier nos différences. Si nous avons des différences, laissons-les au placard ; lorsque nous en sortirons, n'ayons rien à nous mettre sous la dent jusqu'à ce que nous ayons fini de batailler avec l'homme.
Laissons notre religion au placard.
Merci, frère Malcolm.
Au fait, pour "homme blanc", veuillez lire "homme européen".
À l'époque, avant que le lobby israélien ne me considère comme une cause perdue, ils essayaient de me calmer en disant des choses comme, "Vous attraperez plus d'abeilles avec du miel qu'avec du vinaigre", et "Ne préférez-vous pas être considéré comme Martin Luther King plutôt que comme Malcolm X, Roger ?".
Oui, je peux sourire maintenant.
Peut-être que le représentant américain utilise toujours son droit de veto pour soutenir Israël parce que les États-Unis sont toujours une colonie européenne dans l'âme. Lorsque les Pères pèlerins ont débarqué à Plymouth Rock, lorsque Mr Christophe Colomb a navigué en mer sans boussole, lorsque les Portugais ont débarqué au Brésil, ils l'ont tous fait, poussés par la destinée manifeste, ils avaient tous la providence divine et la bénédiction de l'église de leur côté. La terre abondante de l'Ouest, le Nouveau Monde de l'autre côté de l'océan, était leur Sion. C'est ce qu'ils ont dit. Alors, avec Dieu de leur côté, ils ont tout conquis, ils ont menti aux populations autochtones, signé des traités qu'ils n'avaient pas l'intention de respecter, pillé, violé, toutes ces bonnes vieilles foutaises de fiers-à-bras. Le génocide des peuples autochtones en Terre sainte n'est qu'une répétition du génocide des peuples autochtones dans le Nouveau Monde. L'homme blanc de frère Malcolm est toujours ce même bon vieux gars européen.
Alors, merci, frère Malcolm et merci, frère Martin Luther King ; vous tenez tous les deux une place très chère dans mon cœur, et frère King, je partage le rêve. Un noble rêve, et nous sommes ici aujourd'hui pour nous y accrocher. Nous nous y accrochons du mieux que nous pouvons ici à Yalta, et partout dans le monde, y compris en Europe, des millions de nos frères et sœurs descendent chaque jour dans la rue pour protester contre le génocide de nos frères et sœurs en Palestine. Des étudiants courent le risque d'être tabassés par des policiers militarisés alors qu'ils exercent leur droit au premier amendement pour protester sur les campus universitaires aux États-Unis ; oui, merci, Mahmoud Khalil, vous êtes l'un de ces millions de personnes, nous faisons tous partie du même chœur. Nous chantons d'une seule voix. La question fondamentale est la suivante : "Pouvons-nous hausser le ton et le volume des voix de la foule à un niveau tel que nous puissions influer sur le comportement de nos gouvernements, parce que pour l'instant, nos gouvernements se comportent vraiment abominablement, ancrés qu'ils sont dans leurs racines européennes racistes et suprématistes blanches, et ils se mettent en travers de notre chemin, entre nous et la progression vers notre objectif, vers le Saint Graal, vers le progrès de la mise en œuvre de la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée il y a tant d'années".
Je crois donc que nous avons établi clairement la nécessité de ne rien laisser à la discrétion de nos dirigeants. En parlant de dirigeants, une grande partie de notre attention se porte sur la nouvelle administration à Washington, DC. Dans quelle direction Donald Trump va-t-il s'engager ? Ses actes sont plus éloquents que ses paroles, ses actes nous montrent qu'il se contrefiche éperdument des droits de quiconque, sauf des siens. Il est au moins clair et honnête à ce sujet. Ses agissements sont plus éloquents que ses paroles, son plan est évident : il s'agit de s'enrichir et d'enrichir sa famille proche, puis Elon Musk, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg et le reste des oligarques, tous ces 0,0001 % d'entre nous. Et c'est ce qu'il fera. Et le reste d'entre nous ? ... Bienvenue aux 99,9999 %.
Nous sommes à la croisée des chemins.
Nous sommes tous engagés dans une bataille existentielle pour l'âme de la race humaine.
Quel chemin devons-nous emprunter ?
Pouvons-nous nous accrocher au rêve ?
Comment expliquer que le crime innommable de génocide est innommable quel que soit le pied qui porte la botte.
Y a-t-il une raison pour que le crime de génocide soit innommable ?
Et si le crime innommable de génocide s'avérait être le talon d'Achille du sionisme parce qu'il nous invite à contempler, tel Narcisse, notre propre reflet dans l'eau ? Et si, à travers la surface de l'eau, nous voyions notre propre reflet innommable ? Et si nous, colonisateurs européens, devions affronter notre propre histoire de génocide en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique et en Australasie ? Les colonies de l'empire, qu'elles soient anglaises, espagnoles, hollandaises, portugaises ou françaises, n'ont jamais eu de quoi être fières. Pendant des centaines d'années, nous, Européens, avons commis l'innommable au nom de Dieu. Le reste n'était que du théâtre. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Toutes les belles paroles prononcées dans les déclarations d'indépendance ; toutes les constitutions écrites en gros caractères sur un beau parchemin. La prétention à la liberté, aux libertés, à la démocratie - tout cela n'était que du cinéma. Regarde dans l'eau, Narcisse ; tout l'artefact d'Hollywood ne peut dissimuler les profondeurs de la dépravation qui constitue notre histoire commune. Quelle est cette chose que les Américains, en particulier, mais aussi tous les hommes blancs, redoutent tant ? Nous craignons tous d'être exposés pour ce que nous sommes vraiment. En d'autres termes, nous craignons la lumière aveuglante de la vérité. La vérité, c'est que les gouvernements occidentaux, en soutenant le bain de sang psychotique d'Israël, ne font pas que justifier les crimes horribles commis par ce pays, ils se défendent également, se tenant, comme ils le font, perchés de manière précaire, sur un terrain très instable, rongés par la honte, en défense d'un passé impérial indéfendable.
D'accord, je pourrais aussi bien être pendu pour avoir été un mouton ou un agneau. L'Ancien Testament de la Bible. Sans l'Ancien Testament et ses récits d'un peuple victime miséricordieusement secouru par un Dieu vengeur et assoiffé de sang, nous, Européens, n'aurions rien eu pour donner un sens faux et plus élevé à notre propre passé colonial barbare. Ainsi, si nous sommes suffisamment nombreux à regarder le reflet dans l'eau et à voir à travers le talon d'Achille, nous constaterons la vérité. Dieu ne donne pas à Israël la permission de poursuivre ses massacres, c'est nous qui la lui donnons. Combien d'entre nous doivent se regarder mutuellement dans les yeux et y reconnaître notre humanité partagée, avant de pouvoir se tenir épaule contre épaule, bras dessus bras dessous, face à Trump et Netanyahou et Starmer, et, armés d'amour et de vérité, nous, le chœur, trouverons la force de dire, stop.
C'est la fin de votre route,
Nous ne sommes pas des lemmings
Nous sommes des êtres humains
Nous ne bougerons pas d'un seul pouce
Vers votre Armageddon.
Aujourd'hui, au carrefour
Nous avons rencontré un enfant seul
Nous ne resterons pas à l'écart
Et laisser passer vos bulldozers ?
Non, nous ne resterons pas à l'écart,
Ici, nous nous tenons
Avec Rachel Corrie
Et Shireen Abu Akleh
Et Marielle Franco
Et tous les autres
Et étreignons cet enfant
Et ensemble, nous ramènerons cet enfant chez lui ?
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6- La Palestine au-delà de la logique coloniale du droit international
La colonisation de la Palestine n'est pas une anomalie dans l'ordre mondial libéral, mais sa mise en accusation la plus flagrante. Elle met en évidence l'hypocrisie d'un système international qui décrie le colonialisme tout en l'institutionnalisant et en le légitimant.

Par Mjriam Abu Samra & Sara Troian, le 2 avril 2025, Mondoweiss
Le concept d'exceptionnalisme est fréquemment invoqué pour expliquer la "question palestinienne" au sein du système international. La Palestine est présentée comme une anomalie : un projet anachronique de colonisation, qui subit l'apartheid, l'occupation et des pratiques génocidaires dans un monde post-colonial. Par conséquent, la violence, les pratiques illégales et l'impunité d'Israël sont considérées comme des déviations au sein d'un système international par ailleurs fondé sur des valeurs partagées, des institutions impartiales et un cadre normatif universel.
Ce récit est dangereusement trompeur. Il masque l'enracinement du colonialisme dans l'ordre mondial moderne. Loin d'être un cas isolé, la Palestine met en évidence les fondements coloniaux des relations internationales. La perpétration du colonialisme par Israël n'est pas une aberration dans un monde juste et équitable ; c'est au contraire la manifestation la plus flagrante d'un ordre mondial conçu et structuré pour soutenir, protéger et légitimer la dynamique du pouvoir (néo)colonial.
L'architecture coloniale du droit international
Le droit international est apparu pour sanctionner l'esclavage de millions d'Africains, la conquête coloniale du soi-disant "Nouveau Monde" et l'assujettissement de ses peuples indigènes sur les plans économique, culturel et politique. Pendant plus de cinq siècles, elle a orchestré l'histoire de l'exploitation et de la dépossession de l'Europe, servant de médiateur à des ambitions impériales concurrentes et légitimant l'expansion territoriale. Les travaux de Francisco De Vitoria et d'Hugo Grotius, considérés comme les pères du droit international, en sont l'illustration. Leur concept de "droit naturel" a établi une norme de civilisation basée sur les modes de vie européens comme référence pour promouvoir la conquête territoriale et l'oppression des non-Européens. Selon cette norme, les soi-disant "civilisés" avaient le droit de conquérir, tandis que les "non-civilisés" devaient être réduits en esclavage, exploités, subjugués et génocidés. Toute forme de résistance de la part des "non civilisés" est devenue synonyme de sauvagerie et de terrorisme. La norme de la civilisation consistait essentiellement dans le pouvoir institutionnalisé de coloniser.
Au fur et à mesure de son évolution, le droit international s'est adapté aux caractéristiques des nouvelles formes de colonialisme. L'ordre mondial qui a émergé des cendres de la Seconde Guerre mondiale restait régi par les superpuissances et leurs intérêts. Toutefois, il était présenté comme un système juste et équitable sous la façade d'une légalité universelle garantie par des institutions superparties, dirigées par les Nations unies.
La consécration du système des territoires sous tutelle dans la Charte des Nations unies et les épistémologies eurocentriques sous-tendant la codification des traités internationaux, tels que la Déclaration universelle des droits de l'homme ou la Convention sur le génocide, entre autres, révèlent cette continuité. L'ancienne norme de civilisation a été "reconditionnée" et traduite en de nouvelles dichotomies plus acceptables, telles que démocratique vs non démocratique, développé vs sous-développé, et libéral vs non libéral. Les idéaux européens de démocratie, de développement et de libéralisme économique sont devenus la nouvelle justification du contrôle et de l'exploitation d'autres régions et d'autres peuples. Le système de veto du Conseil de sécurité des Nations unies est l'aveu le plus ostentatoire de l'engagement renouvelé du système de l'après-Seconde Guerre mondiale en faveur de l'hégémonie des superpuissances.
La vague de décolonisation des années 1950 à 1970 n'a apporté qu'une indépendance nominale, les anciennes colonies restant prisonnières de nouvelles formes de domination. L'indépendance politique a masqué l'asservissement économique durable exercé par les institutions financières, les accords commerciaux inéquitables et les multinationales qui extraient les richesses, renforcé par les programmes d'ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale. L'ancien président du Ghana et théoricien politique Kwame Nkrumah a dénoncé cette période comme la transition du colonialisme classique au néocolonialisme. Cette subordination économique a été légitimée par des récits idéologiques qui ont présenté le développement capitaliste comme équivalant aux normes universelles en matière de droits de l'homme, dissimulant ainsi son programme d'exploitation.
Le droit international et les institutions internationales ont, par essence, annoncé une émancipation symbolique, à défaut d'une libération matérielle du colonialisme.
Le "droit à la lutte armée" : ami ou ennemi ?
Les lois de la guerre, en particulier les conventions de Genève de 1949 et leurs protocoles additionnels de 1977, reflètent cette contradiction. La prétention de réglementer la lutte anticoloniale dans les mêmes cadres juridiques que ceux qui régissent les conflits entre États reproduit et renforce un déséquilibre de pouvoir inhérent au lieu de l'atténuer.
Cette approche, bien qu'ostensiblement universelle dans son application, impose une symétrie juridique formelle entre les colonisateurs et les colonisés, entre une puissance occupante et ceux qui résistent à la domination. Ces normes ne tiennent aucunement compte des inégalités structurelles et des dynamiques de pouvoir qui définissent les relations coloniales. En traitant la résistance des colonisés comme soumise aux mêmes contraintes juridiques que les armées d'État, ces cadres juridiques occultent les conditions matérielles et historiques de l'oppression.
En outre, ces normes juridiques ont souvent pour effet de délégitimer et de criminaliser la résistance tout en préservant la domination structurelle du colonisateur. Ainsi, le principe de distinction, qui vise à protéger les civils, ne tient pas suffisamment compte de la manière dont les régimes coloniaux brouillent les frontières entre les cibles militaires et civiles, ni de la violence inhérente à l'occupation elle-même. De même, l'interdiction de certaines méthodes de guerre restreint de manière disproportionnée ceux qui résistent au régime colonial, en limitant leurs moyens d'autodéfense tout en laissant intactes les capacités militaires supérieures et avancées du colonisateur.
Ce cadre juridique ne sert donc pas d'arbitre neutre de la justice, mais de mécanisme renforçant les dynamiques de pouvoir qu'il prétend réguler. En réglementant la portée et les acteurs de la violence dans un cadre de fausse équivalence, ces normes offrent aux puissances coloniales la possibilité de dépeindre les peuples colonisés comme incapables d'adhérer à des principes juridiques clés. Ce faisant, elles rendent les guerres de libération anticoloniales impossibles à mener dans le cadre du droit international.
La guerre du droit international contre la Palestine
La question de la Palestine incarne cette essence hégémonique du droit international. L'idéologie coloniale sioniste a émergé et continue d'opérer dans le cadre politique et économique de l'histoire impériale européenne, ancrée dans l'ordre international en tant que tel.
La résolution 181 de l'Assemblée générale des Nations unies a partitionné la Palestine, légitimé la dépossession des terres et ancré le colonialisme de peuplement dans le droit international. Bien que juridiquement imparfaite, puisqu'outrepassant l'autorité de l'Assemblée générale des Nations unies et n'étant pas contraignante, la résolution est devenue la base de la légitimation incontestable d'Israël et de l'héritage colonial du système international. L'histoire moderne de la Palestine reflète donc cette dialectique entre les systèmes de domination légalisés au niveau international et la résistance au cadre colonial qui les sous-tend.
Le cadre d'Oslo a maintenu cette dichotomie, en enracinant davantage le colonialisme sioniste sous le couvert de "négociations de paix". Il s'agit d'une démarche politique visant à cristalliser le colonialisme de peuplement et à pacifier la résistance palestinienne, en promouvant l'ambition paradoxale de légitimer le sionisme par l'acceptation des colonisés/palestiniens eux-mêmes. Grâce à cette stratégie et au récit de l'"approche pragmatique", la communauté internationale présente le colonialisme de peuplement comme une "solution juste et équitable" qui éradique les droits et les aspirations à la libération, à la justice et au retour de la population autochtone. Dans ce cadre, le contrôle et l'oppression coloniaux sont encore renforcés par la dépendance économique et politique néolibérale qui normalise la violence et la domination sous le couvert de la construction de l'État. Il formalise la relation coloniale en créant une classe de colonisés de connivence - l'Autorité palestinienne (AP) - et en l'habilitant à jouer le rôle de gardien intermédiaire du pouvoir colonial. Cela renforce en fin de compte l'architecture israélienne de la violence coloniale. La campagne d'expulsion et de destruction massive menée par Israël dans le nord de la Cisjordanie - la plus importante depuis 1967 - conjointement avec l'Autorité palestinienne, témoigne cruellement de cette réalité.
Si le projet d'Etat palestinien est remis au goût du jour à chaque fois que la puissance coloniale est remise en cause dans son essence et que la mobilisation décoloniale resurgit en mettant en évidence les limites et les incohérences à long terme du système international, ce n'est pas un hasard. La campagne pour la reconnaissance de l'État de Palestine est la suite généalogique de la partition de la Palestine. L'actualité l'atteste : face à un génocide en direct, la seule stratégie reproposée au niveau international est, paradoxalement, la référence à des "solutions légitimes" et à des "cadres juridiques" ne remettant aucunement en cause les fondements coloniaux de la dépossession palestinienne, mais la considérant comme un fait accompli. Il s'agit d'une trajectoire stratégique déguisée en un effort pour mettre en œuvre des mécanismes de responsabilité et de justice à travers l'intervention d'institutions internationales qui, plutôt que d'être des "super-parties", sont des vecteurs de l'hégémonie coloniale.
Les mandats d'arrêt de la CPI à l'encontre de Netanyahou et de Gallant sont emblématiques à cet égard - ils avaient été initialement demandés pour Ismail Haniyeh et Yahya Sinwar, Mohammad Deif s'ils n'avaient pas été tués par la même autorité coloniale contre laquelle ils luttaient avant que les mandats ne soient ratifiés. Alors que le monde a acclamé cette décision (qui n'est nullement appliquée) comme historique, elle a contribué à aplanir et à normaliser les relations de pouvoir asymétriques entre colonisés et colonisateurs, en mettant les dirigeants de la résistance anticoloniale sur le même plan que les autorités de l'État qui ordonnent et mettent en œuvre les massacres coloniaux visant à éradiquer et à éliminer un peuple tout entier. Cette approche "bipartisane" et l'insistance sur l'"objectivité" deviennent la règle qui soumet toute tentative de dénoncer et de renverser les relations de pouvoir déséquilibrées.
Les fondements coloniaux du droit international ont neutralisé la relation colonisé-colonisateur et l'ont noyée dans un cycle d'antagonisme favorisant toujours le colonisateur le plus puissant, qui non seulement tient l'épée sous la gorge, mais détient également le pouvoir sur le récit.
Démanteler la maison du maître
La colonisation de la Palestine n'est pas une anomalie dans cet ordre mondial, mais sa mise en accusation la plus flagrante. Elle met en évidence l'hypocrisie d'un système international qui décrie le colonialisme de manière rhétorique tout en l'institutionnalisant et en le légitimant dans la pratique. Les cadres du droit international et de la gouvernance, conçus par et pour les puissances coloniales, ont toujours donné la priorité à la préservation des hiérarchies de pouvoir sous couvert de légalité et de justice. Ils présentent le colonialisme de peuplement comme un fondement légitime des relations internationales.
Depuis le 7 octobre 2023, la perception de l'universalité du système international a été fondamentalement remise en question, exposant ses contradictions inhérentes. L'évolution du discours et des mécanismes du droit international a révélé ses limites et l'alignement persistant sur la domination coloniale et ses corollaires : le privilège racial, l'inégalité systémique et l'accumulation de capital. Ce moment appelle à une réévaluation critique des cadres conceptuels et pratiques qui sous-tendent la justice et la libération. L'affirmation d'Audre Lorde selon laquelle "les outils du maître ne démantèleront jamais la maison du maître. Ils peuvent nous permettre temporairement de le battre à son propre jeu, mais ils ne nous permettront jamais d'apporter un véritable changement" souligne la nécessité de réimaginer ces paradigmes. La voie à suivre exige une profonde transformation structurelle, s'attaquant et démantelant les systèmes enracinés de droit international et de gouvernance qui entretiennent l'oppression. À leur place, il est nécessaire de cultiver des paradigmes alternatifs enracinés dans l'égalité authentique, la lutte commune et la justice décoloniale. La lutte palestinienne pour la libération est un exemple de ce défi plus large, qui oblige à confronter les fondements coloniaux de l'ordre mondial et à envisager un monde où la justice transcende la rhétorique pour devenir une réalité équitable et vécue par tous.
Mjriam Abu Samra est titulaire d'une bourse postdoctorale Marie Curie au département de philosophie et de patrimoine culturel de l'université de Venise Ca' Foscari, en Italie, et au département d'anthropologie de l'université de Davis, aux États-Unis. Elle a été coordinatrice et chercheuse principale au Renaissance Strategic Center-ARDD à Amman, en Jordanie.
Sara Troian est titulaire d'une bourse de doctorat Hume au département de droit et de criminologie de l'université de Maynooth. Ses recherches doctorales portent sur les tensions entre le droit international, le colonialisme et la libération en Palestine. Outre ses travaux universitaires, elle a travaillé comme chercheuse au Renaissance Strategic Center de l'ONG Arab Renaissance, basée en Jordanie, sur la démocratie et le développement.
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7- Dostoïevski & l'"enfer sur terre" : Une lecture de la réalité de notre peuple
Par Marwan Emil Tubasi, ancien ambassadeur de Palestine en Grèce, le 2 avril 2025, Defend Democracy Press
Il y a quelques jours, j'ai lu une histoire que m'a envoyée mon frère Ghassan, passionné de romans et de littérature humaniste, écrite par Fiodor Dostoïevski en 1849 sur le mur de sa cellule de prison alors qu'il était condamné à mort sous la Russie tsariste avant la révolution. Cette nouvelle témoigne du génie de la pensée humaniste de ce grand romancier. À travers le dialogue entre le diable et le prêtre, Dostoïevski révèle que l'"enfer" n'est pas seulement une menace dans l'au-delà, mais une réalité quotidienne vécue par les pauvres et les opprimés sur terre. Cette histoire nous renvoie à la réalité de nos peuples aujourd'hui, en particulier à la réalité palestinienne, où les habitants de la région vivent diverses formes d'"enfer terrestre".
Dans notre Orient arabe - rebaptisé "Moyen-Orient" pour faciliter l'intégration de la colonie israélienne - des millions de personnes souffrent de la pauvreté, de la faim, de l'oppression, de la discrimination et des guerres imposées par des régimes autoritaires. Ces régimes, motivés par les intérêts personnels de leurs gouvernants, renforcent le pouvoir d'un seul dirigeant et manquent à la fois de volonté politique et d'intégrité morale pour faire face à l'occupation coloniale, qui continue de s'étendre dans notre région avec le soutien d'un ordre international injuste visant à imposer ce qu'ils appellent le "Nouveau Moyen-Orient".
Tout comme Dostoïevski soulignait la souffrance des ouvriers et des paysans opprimés, nous trouvons dans notre région des peuples entiers endurant l'oppression sous des régimes qui exploitent la religion ou les slogans nationalistes pour justifier leur tyrannie.
La communauté internationale, avec ses puissances occidentales colonialistes, agit comme le contremaître portant un fouet dans l'histoire de Dostoïevski - soit en soutenant ces régimes, soit en contribuant à la perpétuation de l'injustice par diverses formes de dictature, de colonialisme, de guerre et d'occupation. Les réfugiés, les personnes déplacées et les opprimés d'aujourd'hui ressemblent à ceux que Dostoïevski décrivait dans les sombres cellules de prison, les usines et les fermes : ils vivent dans des conditions désastreuses, sans le moindre espoir d'un avenir meilleur.
En Palestine, l'"enfer terrestre" se réalise sous sa forme la plus extrême. L'occupation israélienne exacerbe les souffrances des Palestiniens par l'expansion des colonies, les déplacements forcés, l'annexion, la répression et les meurtres quotidiens, les blocus et le nettoyage ethnique. Les Palestiniens de Gaza vivent quotidiennement cet enfer terrestre en raison des crimes de guerre sans précédent commis par l'occupation, qui rendent leur terre inhabitable et les privent des nécessités élémentaires de la vie. Pendant ce temps, des dizaines de milliers de Palestiniens de Cisjordanie sont déplacés de force de leurs foyers, et dans toute la Palestine historique, les Palestiniens subissent une répression systématique, des destructions de maisons, la violence des colons, la discrimination raciale et des politiques d'apartheid. Même les réfugiés palestiniens de la diaspora - ceux qui ont été déplacés de force depuis la Nakba - sont confrontés à un sort qui n'est pas moins sévère que celui des personnages de la prison de Dostoïevski, subissant la malédiction de l'exil forcé.
D'autre part, au sein du mouvement national palestinien, nous manquons de plus en plus d'une vision politique claire, unifiée et globale pour démanteler les projets de l'occupation, qui sont conçus pour être perpétuels et empêcher l'arrivée de jours meilleurs après un enfer terrestre prolongé. Au lieu de cela, nous assistons à l'exploitation de la religion, à des slogans politiques creux et à la poursuite futile de promesses américaines fallacieuses - qu'elles soient économiques ou sécuritaires - sans prendre de mesures politiques tangibles pour parvenir à la liberté, à la justice et à la dignité dans le cadre de nos droits inaliénables.
L'histoire de Dostoïevski est porteuse d'un message clair : le véritable enfer ne se trouve pas dans un avenir lointain ou dans l'au-delà, mais dans l'injustice terrestre endurée ici et maintenant. Ce dont nos peuples arabes - et les Palestiniens en particulier - ont besoin, ce n'est pas de nouvelles menaces d'enfer terrestre ou de promesses d'espoir dans l'au-delà, mais de politiques qui restaurent la liberté et la dignité humaines sur cette terre - aujourd'hui, et non demain, comme l'a chanté un jour Fairuz.
En Palestine, cela nécessite de reconstruire et de clarifier le projet national palestinien contemporain en renforçant l'unité et le partenariat national, en se concentrant sur des stratégies de résistance politique rationnelles et efficaces qui restaurent le sens de la libération nationale démocratique. Cette approche doit préserver la résilience du peuple en tant que forme de résistance et travailler à mettre fin à l'occupation en premier lieu et à réaliser la justice et la dignité humaine, sans qu'aucune faction ne souhaite la défaite d'une autre, quels que soient les désaccords internes. Cela nécessite également un examen critique des expériences passées, y compris la phase post-Oslo, afin de comprendre comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle.
En ce qui concerne l'Orient arabe au sens large, la solution commence par des systèmes démocratiques qui respectent les droits de l'homme, s'éloignent des divisions sectaires et ethniques et rejettent les régimes imposés qui gouvernent sans élections ou consolident le pouvoir sous le prétexte de "fausses revendications religieuses" ou de "doctrines juridiques" qui justifient le statu quo. Nous avons besoin de plus que de simples élections démocratiques ; il nous faut une véritable culture de la citoyenneté et de la résistance populaire, consciente et rationnelle, qui défie les efforts visant à supprimer la prise de conscience ou à répandre une culture du défaitisme.
L'histoire de Dostoïevski n'est pas une simple fiction littéraire, mais le reflet d'une réalité vécue. Les peuples de l'Orient arabe, en particulier en Palestine, endurent l'enfer de l'hégémonie américaine, la brutalité de l'expansionnisme et du racisme sionistes, l'absence d'un projet arabe unifié et la persistance de la fragmentation politique et sociale, autant d'éléments qui aggravent les souffrances de nos peuples. À cela s'ajoutent l'absence de responsabilité, la montée en flèche du coût de la vie, le chômage et l'incapacité à protéger notre peuple - même l'existence de l'Autorité palestinienne, que l'on croyait être notre voie vers la création d'un État, est aujourd'hui remise en question. Tout cela se déroule dans un contexte de changements accélérés, ouvertement déclarés au monde par les dirigeants israéliens, qui ne laissent aucune place à la crédibilité de la solution à deux États, abandonnée au profit du projet du "Grand Israël".
Pour que les choses changent vraiment, il est nécessaire d'affronter cet enfer avec un engagement sincère et des positions courageuses donnant la priorité au bien public et à l'indépendance du processus décisionnel national. Il nécessite des politiques qui établissent la justice sociale, la démocratie, la participation et la dignité, conduisant à la véritable liberté et à l'indépendance nationale, plutôt que l'exploitation de la religion ou les batailles rhétoriques sur la victoire et la défaite qui ne servent qu'à aggraver notre oppression par la passivité et l'attente.
Le changement exige l'incarnation d'une patrie libre pour un peuple libre, comme l'a souvent souligné le défunt leader Yasser Arafat, tout en embrassant les principes de la Déclaration d'indépendance palestinienne, à savoir que le peuple est la source de l'autorité, que la religion est pour Dieu et que la patrie est pour tous, comme l'a proclamé un jour Saad Zaghloul. En outre, il faut être conscient qu'une culture de la résistance, si elle assimile le tueur et le tué, s'effondre dans le nihilisme, conduisant à la victoire du tueur, comme l'a écrit un jour le penseur martyr Hassan Hamdan, connu sous le nom de Mahdi Amel.
📰 https://www.defenddemocracy.press/dostoevsky-and-the-earthly-hell-a-reading-of-our-peoples-reality/
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S'opposer à l'holocauste de Gaza est juste le minimum requis pour ne pas être à chier en tant que personne
Par Caitlin Johnstone, le 4 avril 2025, Blog Personnel
S'opposer à l'holocauste de Gaza ne fait pas de vous une bonne personne. Ne pas s'y opposer fait de vous une mauvaise personne.
Ce n'est pas quelque chose que l'on fait pour se sentir bien dans sa peau, mais pour pouvoir vivre avec soi-même. Parce que, pour quiconque possède ne serait-ce que les éléments les plus élémentaires d'une conscience, l'alternative est tout simplement inacceptable.
Je vois parfois des gens décrire l'opposition aux actes menés par Israël à Gaza comme un "signal de vertu", mais le fait de s'opposer aux actes menés par Israël à Gaza n'a rien de vertueux. "La vertu" est définie comme "un comportement qui démontre des normes morales élevées". Ce n'est pas le cas ici. S'opposer à un génocide effectif en cours n'est que le plus strict minimum requis pour ne pas être un être humain de merde. Ce n'est pas plus "vertueux" que de secourir un enfant en train de se noyer dans votre piscine ; c'est simplement ce que l'on fait quand on n'est pas un véritable psychopathe.
Ceux qui parlent de "signal de vertu" ou accusent les manifestants anti-génocide de participer à une sorte de tendance à la mode sur les réseaux sociaux, avouent quelque chose de très révélateur sur ce qu'ils sont en tant qu'individus. Ils admettent leur incapacité à imaginer une quelconque raison pour laquelle un individu pourrait prendre position avec force contre un génocide en cours, à moins que cela ne lui apporte une certaine influence sociale. Ils admettent être de mauvaises personnes.
Ceux d'entre nous qui ont consacré leur temps à s'opposer au génocide de Gaza ne font rien de spécial, de noble ou d'exemplaire. Nous ne considérerons pas notre action avec fierté, mais nous pourrons simplement regarder notre vie à ce moment de l'histoire sans honte. Lorsque nos petits-enfants nous demanderont ce que nous avons fait au sujet de l'holocauste de Gaza, nous ne ressentirons pas la nécessité de mentir ou de baisser la tête. Voilà.
Le fait que ceux d'entre nous qui s'opposent agressivement à ce génocide représentent un si petit pourcentage de notre société ne dit pas de nous que nous sommes extraordinaires, il dit des choses terribles sur notre société. À quel point nos cœurs et nos esprits ont été empoisonnés par la propagande et l'égocentrisme du capitalisme. À quel point nos consciences ont été distordues et perverties. Combien d'entre nous n'ont pas réussi à mûrir en tant qu'individus au cours de leur passage sur cette planète.
Le fait que l'on ait permis à ce cauchemar de se poursuivre en dit long sur notre civilisation. Nos dirigeants sont capables de faciliter cette atrocité de masse implacable, mois après mois, tout en restant au pouvoir. Aujourd'hui, des enfants vont être assassinés de la manière la plus horrible qui soit, avec l'aide de la structure de pouvoir occidentale sous laquelle nous vivons, et pourtant, rares sont ceux qui s'y opposent parce qu'y penser est dérangeant, ou parce que nous préférons regarder la télévision, ou parce que nous soutenons l'un des partis politiques occidentaux qui ont contribué à rendre cela possible, ou parce que nous craignons que le fait de nous opposer publiquement à Israël ne compromette nos perspectives de carrière ou notre statut social, ou parce que nous craignons que la dissonance cognitive à laquelle nous serions confrontés si nous nous rendions vraiment compte de cette réalité ne nous écrase sous son poids.
Et tout ce que nous pouvons faire, c'est refuser de participer à cette folie. Non pas parce que nous sommes vertueux, mais parce que nous voulons pouvoir dormir la nuit. Parce que nous ne voulons pas devenir le genre de personnes qui restent vaguement conscientes qu'elles assistent au premier génocide de l'histoire retransmis en direct sans faire tout leur possible pour essayer d'y mettre un terme. Car nous voulons pouvoir nous retourner sur le passé et savoir que nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir.
Avant de s'immoler devant l'ambassade d'Israël l'année dernière pour protester contre l'holocauste de Gaza, un membre actif de l'armée de l'air américaine nommé Aaron Bushnell a écrit ce qui suit sur Facebook :
Beaucoup d'entre nous aiment se demander : "Que ferais-je si j'étais encore en vie à l'époque de l'esclavage ? Ou du temps de Jim Crow dans le Sud ? Ou de l'apartheid ? Que ferais-je si mon pays commettait un génocide ? La réponse est que c'est ce que vous êtes en train de faire. En ce moment même".
En disant cela, Bushnell ne jugeait personne en particulier. Il nous tendait simplement un miroir. Et ce que nous voyons lorsque nous nous regardons dans ce miroir ne peut être imputé à personne d'autre qu'à nous-mêmes.
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9- Israël : Une guerre civile à l'horizon ? Le conflit entre Ashkénazes et Sépharades & l'avenir d'Israël
Par Ramzy Baroud, le 2 avril 2025, Blog Personnel
Bien que les Ashkénazes soient en train de perdre la majeure partie de leur pouvoir politique, ils continuent à détenir la plupart des clés économiques, ce qui pourrait conduire à des grèves perturbatrices et à la désobéissance civile.
L'expression "guerre civile" est l'un des termes les plus utilisés par les hommes politiques israéliens aujourd'hui. Ce qui n'était au départ qu'un simple avertissement du président israélien Isaac Herzog est désormais une possibilité acceptée par une grande partie de la société politique israélienne.
"(Le Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahou est prêt à tout sacrifier pour sa propre survie, et nous sommes plus proches d'une guerre civile que les gens ne le réalisent", a déclaré l'ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert lors d'une interview accordée au New York Times le 24 mars.
L'hypothèse est que la guerre civile redoutée reflète la polarisation politique en Israël : deux groupes divisés par des opinions tranchées sur la guerre, le rôle du gouvernement, le système judiciaire, les allocations budgétaires et d'autres questions.
Toutefois, cette hypothèse n'est pas tout à fait exacte. Les nations peuvent être divisées par des lignes politiques, mais les manifestations de masse et les mesures de répression n'indiquent pas nécessairement qu'une guerre civile est imminente.
Dans le cas d'Israël, cependant, les références à la guerre civile découlent de son contexte historique et de sa composition socio-ethnique.
Un rapport important de la CIA, largement dissimulé, intitulé "Israël : The Sephardi-Ashkenazi Confrontation and Its Implications" (Israël : la confrontation entre Sépharades et Ashkénazes et ses implications) est presque prophétique dans sa capacité à détailler les scénarios futurs pour un pays dont les divisions socio-économiques et, par conséquent, politiques sont profondes.
Si le rapport a été préparé en 1982, il n'a été publié qu'en 2007. Il avait été rédigé à la suite des élections de 1981, au cours desquelles le Likoud, dirigé par Menachem Begin, avait remporté 48 sièges à la Knesset, et le parti travailliste de Shimon Peres 47.
Pendant des décennies, les Juifs ashkénazes (occidentaux) ont dominé tous les aspects du pouvoir en Israël. Cette domination est logique : Le sionisme était essentiellement une idéologie occidentale et tous les éléments de l'État - militaires (Haganah), parlementaires (Knesset), coloniaux (Agence juive) et économiques (Histadrout) - étaient largement composés de classes juives d'Europe occidentale.
Les Juifs sépharades et mizrahi, descendants d'Arabes du Moyen-Orient, sont arrivés en Israël peu après sa création sur les ruines de la Palestine historique. À cette époque, les Ashkénazes avaient déjà établi leur domination, contrôlant les institutions politiques et économiques israéliennes, parlant les langues prédominantes et prenant les principales décisions.
La victoire électorale de Begin en 1977, puis en 1981, a été une bataille difficile et ardue contre la domination ashkénaze. Le Likoud, une coalition de plusieurs factions de droite, avait été créé quatre ans plus tôt. En faisant appel à des groupes idéologiques et ethniques marginaux et en manipulant leurs griefs, le Likoud est parvenu à écarter du pouvoir le parti travailliste, dominé par les Ashkénazes.
Les élections de 1981 ont constitué la tentative désespérée des travaillistes de reprendre le pouvoir, et donc la domination de classe. Cette scission idéologique presque parfaite n'a fait que mettre en évidence la nouvelle règle qui allait régir Israël pendant de nombreuses élections - et décennies à venir - où la politique israélienne était dominée par des ordres ethniques : Est contre Ouest, fanatisme religieux contre extrémisme nationaliste, bien que souvent masqué comme « libéral », et ainsi de suite.
Depuis lors, Israël a géré ou, plus exactement, fabriqué des crises externes pour faire face à ses divisions internes. Ainsi, la guerre de 1982 contre le Liban a permis, du moins pendant un certain temps, de détourner l'attention de la dynamique sociale changeante d'Israël.
Bien que Begin et ses partisans aient remodelé la politique israélienne, la domination profondément enracinée des institutions ashkénazes a permis aux libéraux occidentaux de continuer à contrôler l'armée, la police, le Shin Bet et la plupart des autres secteurs. La résurgence politique séfarade s'est principalement concentrée sur le peuplement des colonies illégales d'Israël dans les territoires occupés ainsi que sur l'augmentation des privilèges et du financement des institutions religieuses.
Il a fallu près de deux décennies après la victoire de Begin en 1977 pour que le groupe sépharade étende son pouvoir et établisse sa domination sur les principales institutions militaires et politiques.
La coalition formée par Netanyahou en 1996 a marqué le début de son ascension en tant que premier ministre israélien comptant le plus grand nombre d'années en fonction et le début de la formation de coalitions avec des alliances séfarades et mizrahi.
Pour conserver ce nouveau pouvoir, le noyau politique du Likoud a dû changer, la représentation des Sépharades et des Mizrahi augmentant de manière exponentielle au sein du parti désormais dominant en Israël.
Bien qu'il soit exact d'affirmer que Netanyahou a géré la politique israélienne depuis lors en manipulant les griefs des groupes socio-économiques, religieux et ethniques défavorisés, le changement fondamental en Israël - prédit à juste titre dans le document de la CIA - était susceptible de se produire, sur la base de la dynamique propre du pays.
Netanyahou et ses alliés ont accéléré la transformation d'Israël. Pour marginaliser définitivement le pouvoir ashkénaze, ils devaient prendre le contrôle de toutes les institutions qui avaient été largement dominées par les Juifs européens, en commençant par modifier le système d'équilibre des pouvoirs qui existait en Israël depuis sa création.
La bataille en Israël a précédé le génocide israélien à Gaza. Elle a largement commencé lorsque Netanyahou s'est rebellé contre la Cour suprême et a tenté de renvoyer l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant en mars 2023. Les manifestations massives qui ont suivi en Israël ont mis en évidence le fossé qui se creusait.
La guerre menée contre Gaza a encore accentué ces divisions, Netanyahou et ses alliés se défaussant de tout blâme et profitant des événements du 7 octobre et de la guerre ratée qui s'en est suivie pour éliminer leurs rivaux politiques.
Une fois de plus, ils se sont tournés vers le pouvoir judiciaire, réorganisant le système pour s'assurer qu'Israël, tel qu'envisagé par les sionistes occidentaux, soit transformé en un ordre politique totalement différent.
Bien que les Ashkénazes soient en train de perdre la majeure partie de leur pouvoir politique, ils continuent à détenir la plupart des cartes économiques, ce qui pourrait conduire à des grèves perturbatrices et à la désobéissance civile.
Pour Netanyahou et ses partisans, un compromis n'est pas possible, car il ne ferait que marquer le retour du jeu d'équilibriste entamé au début des années 1980. Pour la base du pouvoir ashkénaze, la soumission signifierait la fin des David Ben-Gourion, Chaim Weizmann et autres, en somme la fin du sionisme lui-même.
Aucun compromis n'étant en vue, la guerre civile en Israël devient une possibilité réelle, voire imminente.
Ramzy Baroud est journaliste et rédacteur en chef de The Palestine Chronicle. Il est l'auteur de six livres. Son dernier ouvrage, coédité avec Ilan Pappé, s'intitule "Our Vision for Liberation : Engaged Palestinian Leaders and Intellectuals Speak out" (Notre vision de la libération : des dirigeants et des intellectuels palestiniens engagés s'expriment). Baroud est chercheur principal non résident au Center for Islam and Global Affairs (CIGA). Son site web est le suivant : www.ramzybaroud.net.
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Je suis incapable de commenter cet épouvantable cauchemar mais, surtout,le silence et l’inaction de la communauté internationale….