❖ Liban & conspiration : massacres, négociations & nouvel ordre
Israël est aussi dangereux dans la défaite que dans la victoire, si ce n'est plus. Le Liban paie aujourd’hui le prix de l’échec stratégique d’Israël en Iran. Netanyahou reprend la doctrine Dahiya
Note de Zanzibar : Tout d’abord, il importe de rappeler un fait capital pour bien comprendre les tenants et les aboutissants :
Le Hezbollah est né suite à l’invasion israélienne du Liban en 1982 pendant la guerre du Liban. Il ne s’est révèle publiquement qu’en février 1985, se présentant alors comme un groupe de résistance contre l’occupation israélienne du Sud-Liban.
1- Liban & conspiration : massacres, négociations & nouvel ordre
Les massacres et les négociations se rejoignent alors que Beyrouth s’aligne sur la stratégie israélienne visant à isoler le Hezbollah et à affaiblir la position régionale de l’Iran.
Par Ramzy Baroud, le 9 avril 2026, Blog Personnel
La dernière guerre menée par Israël contre le Liban ne se limite pas à des frappes aériennes. Elle est renforcée politiquement de l’intérieur, Beyrouth s’alignant sur les efforts américano-israéliens visant à isoler le Hezbollah et à affaiblir la position de négociation de l’Iran.
Dans un article précédent (8 avril 2026), nous avons examiné les sept messages que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a cherché à faire passer à travers les massacres au Liban.
ndz : En voici la traduction avant de reprendre la suite de l’article initial.
Sept messages – Israël peut-il survivre à une défaite sans mettre la région à feu et à sang ?
Israël est aussi dangereux dans la défaite que dans la victoire. En effet, le Liban paie aujourd’hui le prix de l’échec stratégique d’Israël en Iran.
Dès l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran — négocié grâce à la médiation pakistanaise le 7 avril —, l’Iran a déclaré que le Liban était inclus dans cet accord. Le message était clair : la guerre ne pouvait être compartimentée, les fronts étaient liés.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’est empressé de le nier. Mais ce démenti a révélé plus qu’il n’a dissimulé. Le Liban et d’autres fronts de la résistance faisaient déjà partie intégrante de la proposition iranienne en dix points plus large – un cadre que l’administration Trump avait accepté comme base viable pour les négociations devant débuter vendredi.
Netanyahou s’est retrouvé politiquement et stratégiquement exposé.
L’Iran n’a jamais été simplement un champ de bataille de plus. Il était l’aboutissement d’une longue campagne de guerre perpétuelle menée par Netanyahou depuis des années — commençant par le génocide à Gaza, s’étendant au Liban, et s’étalant sur de multiples fronts chaque fois que sa survie politique exigeait une escalade.
Chaque guerre avait un but : faire taire la dissidence au sein de sa coalition, détourner l’attention de la chute de sa cote de popularité, échapper à toute responsabilité dans les procès pour corruption. La guerre est devenue la gouvernance.
Mais le pari iranien l’a fait capoter. Et l’échec, pour Netanyahou, n’est jamais une fin en soi. C’est un déclencheur. Sans victoire à revendiquer ni gains stratégiques à présenter, il s’est tourné – une fois de plus – vers le Liban.
La doctrine Dahiya revisitée
Mercredi, l’aviation israélienne a lancé l’un des bombardements les plus intenses jamais enregistrés au Liban ces dernières années.
Beyrouth. Le Sud-Liban. La vallée de la Bekaa. Le Mont-Liban. Et bien d’autres endroits encore. En l’espace de deux heures seulement, environ 150 frappes aériennes ont été menées, selon les médias libanais.
Le bilan ne cesse de s’alourdir. Des familles entières ensevelies sous les décombres. Des secouristes pris pour cible. Des funérailles frappées de plein fouet. Des infrastructures civiles réduites en poussière. Ce n’est pas véritablement une guerre. C’est une punition.
Mais ces attaques ne sont pas aléatoires. Elles suivent une doctrine — une doctrine qu’Israël a affinée et réutilisée chaque fois qu’il cherche à compenser un échec militaire.
Netanyahou réinstalle la doctrine Dahiya — une stratégie formulée pour la première fois après la guerre de 2006 contre le Liban.
La doctrine est simple et brutale : utiliser une force écrasante et disproportionnée contre les infrastructures civiles pour punir collectivement les populations soupçonnées de soutenir les mouvements de résistance.
Des quartiers entiers sont traités comme des cibles militaires. L’objectif n’est pas la précision, mais la dévastation. La logique est la coercition par la destruction.
Aujourd’hui, le Liban est à nouveau son laboratoire.
Sept messages
Cette escalade n’est pas du chaos. C’est de la communication.
—> Premièrement, Netanyahou affirme que la guerre et la paix relèvent de sa seule décision. Pas de celle de l’Iran. Pas de celle de Washington. Pas de celle de la région. Le message est clair : aucun accord ne le lie.
—> Deuxièmement, il cherche à réimposer la peur à travers le Moyen-Orient — à un moment où des millions de personnes célèbrent ce qu’elles considèrent comme une victoire décisive de l’Iran contre la puissance combinée des États-Unis, d’Israël et de leurs alliés.
—> Troisièmement, il cherche à fracturer le front de la résistance en suggérant que l’Iran a abandonné ses alliés. L’objectif est de semer la méfiance là où l’unité vient d’être renforcée.
—> Quatrièmement, il fournit des arguments à ses alliés politiques au Liban – ainsi qu’aux régimes arabes serviles – qui affirment que le Hezbollah a entraîné le Liban dans la catastrophe. Ce discours vise à intensifier la pression en faveur du désarmement.
—> Cinquièmement, il détourne l’attention de son propre échec. Tant ses partisans que ses détracteurs en Israël s’interrogent sur l’issue de la guerre avec l’Iran. Le Liban sert donc de diversion.
—> Sixièmement, il masque une réalité militaire : Israël n’a pas réussi à neutraliser les capacités du Hezbollah. Malgré des affirmations répétées, le Hezbollah reste opérationnel, résilient et capable de perturber les plans israéliens le long de la frontière. Prendre pour cible des civils n’est pas une force mais un aveu de limites.
—> Septièmement, Netanyahou augmente le coût avant un règlement inévitable. Il sait qu’il ne peut pas vaincre le Hezbollah de front. En infligeant un maximum de dégâts dès maintenant, il espère redessiner le terrain politique avant des négociations qu’il ne peut éviter.
Le fragile cessez-le-feu
Oui, la fin de la guerre au Liban faisait partie des conditions posées par l’Iran pour les pourparlers. Mais il y a des failles.
Washington peut – et le fera probablement – faire valoir que son accord ne s’applique qu’aux actions des États-Unis, et non à Israël, qu’il présente comme agissant de manière indépendante.
Dans le même temps, la proposition de l’Iran constituait la base d’un cessez-le-feu temporaire – et non un cadre définitif pour un règlement permanent.
Cette ambiguïté n’est pas fortuite. C’est l’espace dans lequel Israël opère désormais.
Les massacres perpétrés par Israël suffiront-ils pour que l’Iran déclare que le camp américano-israélien a violé le cessez-le-feu ?
Ou les négociations se poursuivront-elles, malgré le bain de sang au Liban ?
La réponse déterminera la prochaine phase de la guerre. Mais une leçon est déjà claire.
Depuis le début du génocide à Gaza, une tendance s’est dessinée : chaque fois que Netanyahou recourt à l’escalade pour tenter de reprendre l’initiative, ses adversaires ripostent de la même manière — et souvent avec un impact stratégique plus important.
Par conséquent, son escalade ne lui a pas apporté la victoire. Au contraire, elle n’a fait qu’aggraver l’enlisement d’Israël.
Le Liban est peut-être en proie aux flammes aujourd’hui, mais la guerre est loin d’être décidée. Netanyahou croit peut-être qu’il est en train de redessiner le champ de bataille.
L’histoire suggère le contraire, car l’autre camp a toujours ses cartes en main — et cette fois-ci, du moins pour l’instant, Washington n’intervient pas pour faire pencher la balance.
Car eux aussi ont été contraints de prendre du recul. Et c’est cela, plus que tout, qui rend ce moment si dangereux.
Ces messages visaient à redéfinir la dynamique régionale, à affirmer la dissuasion et à imposer de nouvelles réalités politiques sur le terrain.
Ces massacres ont déjà fait des centaines de morts et plus d’un millier de blessés parmi les Libanais, sans compter les destructions massives des infrastructures civiles, selon les chiffres de la défense civile libanaise.
L’ampleur et l’intensité des violences n’étaient toutefois pas fortuites. Elles visaient à créer un sentiment d’urgence, de peur et, in fine, à imposer la soumission.
À l’époque, nous avions fait valoir que les actions d’Israël s’inscrivaient dans une tentative plus large d’imposer un nouvel ordre régional par le sang. Depuis lors, de nouveaux développements ont confirmé que cette escalade militaire était coordonnée avec des manœuvres politiques parallèles — plus précisément, une tentative visant à dissocier le volet des négociations entre l’Iran et les États-Unis au Pakistan de la guerre contre le Liban.
Cette manoeuvre de dissociation n’est pas un détail technique. Elle est au cœur de la lutte géopolitique actuelle.
Alors que les bombes israéliennes continuent de pleuvoir sur le Liban, Netanyahou a annoncé avoir donné instruction à son gouvernement d’entamer des négociations directes avec le Liban “dès que possible”, soulignant que ces pourparlers porteraient sur le désarmement du Hezbollah et l’établissement de “relations pacifiques”.
Ce revirement ne s’est pas produit dans le vide. Il a suivi l’une des vagues d’attaques israéliennes les plus meurtrières contre le Liban depuis des années, et il est survenu à un moment où l’Iran avait explicitement lié sa participation aux pourparlers d’Islamabad à un cessez-le-feu au Liban.
En d’autres termes, Israël a intensifié ses opérations militaires tout en ouvrant parallèlement une voie politique destinée à contourner les conditions posées par Téhéran.
Ce qui rend cette stratégie particulièrement déterminante, cependant, ce n’est pas seulement le rôle d’Israël, mais la réaction de Beyrouth.
Dès le début de la guerre menée par Israël contre le Liban, le gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam a pris des mesures qui s’alignent étroitement sur les objectifs américains et israéliens.
Plutôt que de présenter le conflit principalement comme une agression israélienne, les principaux responsables libanais ont insisté sur la nécessité de freiner la résistance, soulevant à plusieurs reprises la question des armes du Hezbollah et la nécessité de placer toutes les armes sous le contrôle de l’État.
Cette position n’est pas neutre. Elle reflète un choix politique. Plus important encore, elle crée le cadre même qu’Israël cherche à imposer : un cadre dans lequel la question centrale n’est plus l’occupation, l’agression ou les massacres de civils, mais plutôt le “problème” de la résistance elle-même.
La volonté du gouvernement libanais de s’engager dans des négociations directes avec Israël – ce qui a toujours été évité en dehors du cadre étroit des contacts indirects ou médiatisés – constitue un dangereux précédent.
Même si elle est présentée comme conditionnelle ou tactique, une telle initiative constitue une reconnaissance politique implicite d’Israël à un moment où des civils libanais sont encore ensevelis sous les décombres des frappes israéliennes.
Cette contradiction n’échappe pas aux acteurs nationaux.
Selon Al Mayadeen, des personnalités proches du Hezbollah ont vivement critiqué l’orientation prise par le gouvernement, certaines la qualifiant même de trahison de la pire espèce. Ces critiques traduisent une crainte profonde de voir le Liban entraîné sur une voie politique qui finirait par délégitimer la résistance et redessiner l’équilibre des pouvoirs au sein du pays.
Cette inquiétude est renforcée par la succession même des événements. Le Liban n’a pas encore reçu de date officielle de la part des États-Unis pour entamer les négociations, selon le correspondant d’Al Mayadeen à Beyrouth. Les responsables libanais ont insisté sur le fait qu’un cessez-le-feu doit précéder toute discussion, mais Israël a clairement montré que son objectif est précisément le contraire : user des négociations comme outil pour imposer de nouvelles réalités, notamment le désarmement du Hezbollah.
Dans le même temps, l’Iran a clairement affiché sa position. Sa délégation a subordonné sa participation aux pourparlers d’Islamabad à la condition que tout cessez-le-feu soit lié à l’arrêt complet des opérations israéliennes au Liban. Les responsables iraniens sont allés plus loin, soulignant qu’aucun accord à long terme n’est possible sans la fin totale de l’agression israélienne.
Il en résulte un choc direct entre les visions politiques. D’un côté, l’Iran tente d’intégrer le Liban dans un règlement régional plus large qui préserve le rôle de la résistance en tant qu’acteur central. De l’autre, les États-Unis, Israël et leurs alliés régionaux s’efforcent de fragmenter ce cadre — en isolant le Liban, en écartant le Hezbollah et en réaffirmant un ordre dirigé par les États-Unis.
Dans ce contexte, le comportement du gouvernement libanais ne peut être considéré comme indépendant.
L’establishment politique de Beyrouth opère depuis longtemps dans un système façonné par des pressions extérieures, en particulier de la part de Washington et de ses alliés régionaux. Le moment présent ne fait pas exception. La poussée vers les négociations, l’accent mis sur le désarmement et la définition politique du conflit reflètent tous un alignement plus large avec le camp pro-américain.
Ce camp est confronté à un dilemme stratégique. Son incapacité à imposer un résultat décisif à l’Iran, que ce soit militairement ou économiquement, a déjà modifié l’équilibre des pouvoirs. La crise du détroit d’Ormuz, la résilience de l’État iranien et l’échec à neutraliser le Hezbollah ont tous mis en lumière les limites de l’influence américaine.
Permettre au Liban d’être inclus dans un cadre de négociation mené par l’Iran renforcerait ce revirement.
Cela marginaliserait effectivement les acteurs pro-occidentaux à Beyrouth et ouvrirait la porte à un nouvel arrangement régional dans lequel l’Iran exercerait un pouvoir considérable. Pour Washington, Tel-Aviv et leurs alliés, c’est un résultat inacceptable.
Ainsi, la stratégie actuelle est de bombarder le Liban, puis se précipiter dans les négociations avec le gouvernement libanais lui-même.
Cette double approche n’est pas contradictoire, elle est délibérée. Les massacres créent de la pression. Les négociations créent une voie politique alternative — excluant l’Iran et recadrant le conflit autour du désarmement et de la normalisation.
Plus important encore, Israël et certains segments de l’establishment politique libanais partagent un objectif commun : l’affaiblissement, et in fine la défaite du Hezbollah. Les discussions directes ne sont que la première étape.
Dans le scénario idéal envisagé par les États-Unis et Israël, ce processus évoluerait vers un consensus international - peut-être par l’intermédiaire des Nations unies - qui délégitimerait formellement le Hezbollah et, par extension, toutes les formes de résistance armée. Un tel changement ne remodèlerait pas seulement le Liban sur le plan intérieur, mais frapperait également au cœur de l’axe plus large de la résistance.
Mais de tels scénarios se déroulent rarement comme prévu.
Le principal obstacle reste la détermination de l’Iran à lier le Liban à un accord plus large. Tant que ce lien persistera, les efforts pour isoler le Liban se heurteront à une résistance déterminée — non seulement de la part de Téhéran, mais aussi des acteurs au sein même du Liban.
L’issue de cette lutte ne se limitera pas au Liban.
Elle déterminera si la région se dirige vers un ordre fragmenté dominé par des États soutenus par les États-Unis, ou vers un nouvel équilibre dans lequel les mouvements de résistance et leurs alliés conservent un rôle décisif.
Le Dr Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef du Palestine Chronicle. Il est l’auteur de huit ouvrages. Son dernier livre, “Before the Flood”, a été publié par Seven Stories Press. Parmi ses autres ouvrages, on peut citer “Our Vision for Liberation”, “My Father was a Freedom Fighter” et “The Last Earth”. Baroud est chercheur senior non résident au Center for Islam and Global Affairs (CIGA). Son site web est www.ramzybaroud.net.
📰 Lien de l’article original :
Pour aller plus loin …
Vous voulez comprendre la guerre à Gaza ? Regardez le siège de Beyrouth en 1982
La guerre & le blocus de Gaza que mène Israël ont attiré l’attention sur une tactique similaire employée lors du siège de la capitale libanaise Beyrouth en 1982.
Par Nader Durgham, le 22 novembre 2023, Middle East Eye
Dans un contexte de bombardements intensifs, de chasses à l’homme et de pénuries alimentaires, Ghassan Jnaynati (19 ans) et ses amis avaient créé leur propre boulangerie pour permettre aux gens de préparer de la nourriture avec ce qu’il leur restait.
Le siège de Beyrouth par Israël en 1982 a impliqué la coupure de l’accès à la nourriture, l’eau, l’électricité et aux moyens de transport de la moitié ouest de la ville – une situation qui n’est pas sans rappeler ce qui se passe actuellement à Gaza.
Se remémorant son expérience, Ghassan Jnaynati pense cependant que la situation à Gaza est trop grave pour ressembler entièrement à ce qui s’est passé à Beyrouth il y a 41 ans.
“Il n’y a aucune comparaison entre ce qui se passe actuellement à Gaza et ce qui s’est passé en 1982”, estime-t-il.
Néanmoins, les experts jugent utiles d’observer ce qui s’est passé à Beyrouth pour avoir un aperçu potentiel de l’avenir de Gaza au vu des circonstances qui ont conduit à ces situations dans les deux villes.
Dans les années 1980, alors que le Liban était au milieu de quinze années d’une guerre civile, Israël, aidé par ses alliés des milices libanaises de droite, a envahi le pays, atteignant la capitale libanaise et assiégeant sa moitié occidentale.
En dehors de la Palestine, Beyrouth a été la première et la seule capitale arabe à être occupée et assiégée par Israël.

ndz : Lire ou relire cet article intitulé “Témoignage de Sabra & Chatila” proposé sur ce blog en septembre 2022.
“Les Palestiniens en Palestine”
Selon les Israéliens, l’objectif initial était d’éliminer du Liban les groupes armés palestiniens opérant contre Israël, à savoir l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui était en quelque sorte le Hamas de son époque.
“Israël a fixé certains objectifs pour cette opération : l’élimination du Hamas”, déclare l’historien Wassim Mroue à Middle East Eye. “[Cela] nous rappelle les objectifs qu’Israël s’était fixés en 1982, à savoir l’élimination de l’OLP et son expulsion de Beyrouth.”
Les responsables israéliens ont, à plusieurs reprises, défini différents objectifs pour leur guerre en cours à Gaza, allant du démantèlement complet du Hamas à l’évacuation de ses dirigeants vers d’autres pays.
Leur guerre actuelle a commencé après qu’une attaque menée par le Hamas contre le sud d’Israël a tué environ 1 200 Israéliens.
Les frappes aériennes d’Israël et l’invasion terrestre qui a suivi ont tué plus de 14 000 Palestiniens, dont 5 840 enfants, et détruit une grande partie de la moitié nord de la région palestinienne assiégée. (pour rappel, cet article date de novembre 2023)
Alors que l’OLP s’est finalement rendue et a quitté Beyrouth, le contexte à Gaza ne produira pas nécessairement un résultat similaire.
“L’OLP était composée de Palestiniens au Liban”, ajoute l’historien. “Mais à Gaza, ce sont des Palestiniens en Palestine.”
Si Israël peut tenter d’assiéger Gaza afin de forcer le Hamas à se rendre, les événements suivants peuvent diverger de ce qui s’est passé avec l’OLP.
“Que signifie un renoncement du Hamas ?”, s’interroge Wassim Mroue. “Ils pourraient continuer à avoir du soutien.”
“Pas d’autre option”
Selon l’historien, le siège et les bombardements continus d’Israël au Liban ont constitué un moyen de pression pour forcer les habitants de Beyrouth à exiger le départ de l’OLP.
Alors que des véhicules blindés israéliens patrouillaient sur les routes environnantes de la ville, on voyait des enfants faire la queue pour obtenir de l’eau tandis que des tas d’ordures brûlées jonchaient les rues. Les adultes attendaient anxieusement les rations alimentaires de la Croix-Rouge, tandis que la fumée des bâtiments bombardés emplissait le ciel.
Si les civils ainsi que les dirigeants politiques et paramilitaires libanais étaient au départ divisés quant à l’expulsion des combattants palestiniens, Wissam Mroue explique que le blocus et les bombardements qui duraient depuis des semaines ont donné à beaucoup l’impression que leurs options étaient limitées.
“Il n’y avait aucun indice que l’équilibre des forces pouvait être modifié en faveur de l’OLP”, poursuit-il.
“L’Union soviétique n’est pas intervenue, la Syrie a eu un engagement limité avec l’armée israélienne mais a ensuite signé un cessez-le-feu, [et] les pays arabes n’ont rien fait de concret pour arrêter cette invasion.
Donc, pour beaucoup de Beyrouthins, il n’y avait pas d’autre solution que le départ de l’OLP.”
L’OLP a finalement accepté de quitter la ville en août de la même année, avec une force multinationale supervisant l’évacuation de la plupart des combattants du groupe. Israël a alors levé son blocus.
“Ne tirez pas, nous battons en retraite”
Contrairement à la situation actuelle à Gaza, les forces israéliennes, en raison d’un accord négocié par les États-Unis, sont restées à la périphérie de Beyrouth tout au long du siège.
Après le départ de l’OLP, l’armée israélienne espérait atteindre son deuxième objectif : installer un gouvernement ami au Liban et lui faire signer un accord de paix.
Ce n’est qu’après la suspension de ce plan, en raison de l’assassinat du président élu pro-israélien Bachir Gemayel, qu’Israël a décidé d’envahir la ville en bonne et due forme.
En raison de l’absence de combattants palestiniens et du démantèlement de la plupart des barricades, il était difficile pour les forces libanaises musulmanes et laïques de gauche d’empêcher l’avancée israélienne.
La résistance populaire qui a suivi l’occupation, cependant, a constitué un tout autre obstacle pour les Israéliens.
Ghassan Jnaynati, habitant de Beyrouth, raconte :
“[Les Israéliens] sont entrés dans les rues, y ont pénétré, et la nuit, les habitants de Beyrouth leur tiraient dessus, les effrayaient.”
Le jeune homme a fini par s’enfuir dans les montagnes, alors que les forces israéliennes détenaient des jeunes de chaque région de Beyrouth, dont beaucoup étaient des non-combattants.
Ghassan Jnaynati et Wissam Mroue mentionnent tous deux l’opération Wimpy – un Libanais, Khaled Alwan, avait abattu un soldat israélien dans un café de Beyrouth-Ouest – comme un tournant dans les attaques libanaises contre les soldats israéliens.
La presse locale affirmait qu’Alwan avait motivé les gens à prendre les armes contre leurs occupants, alors même que ces derniers se retiraient de la ville.
Le siège et l’occupation qui ont suivi ont tué des milliers de citoyens libanais et palestiniens, pour la plupart des civils. De nombreux facteurs, y compris la pression internationale, ont contribué au retrait final d’Israël de Beyrouth-Ouest à la fin du mois de septembre.
Une scène, cependant, reste ancrée dans l’esprit des habitants de Beyrouth : un soldat israélien, dans un char, criant dans un haut-parleur :
“Population de Beyrouth, ne tirez pas sur les forces israéliennes, nous battons en retraite.”
Wissam Mroue assure :
“Le fait qu’ils l’aient dit indique que l’une des principales raisons de leur départ était la résistance armée croissante.”
“Nous sommes capables d’y faire face”
Bien qu’il ait chassé l’OLP et affaibli de façon permanente son efficacité en tant que force militaire, Israël n’a jamais été en mesure d’éradiquer le mouvement. En fait, les combattants palestiniens ont poursuivi leurs opérations à bas niveau pendant des années après 1982.
Une autre conséquence inattendue de l’invasion du Liban par Israël a été la création du mouvement militant Hezbollah, soutenu par l’Iran, désormais considéré comme le groupe paramilitaire le plus puissant du monde arabe.
Israël s’est progressivement retiré de plusieurs régions du Liban et a quitté les zones occupées restantes du sud en 2000, sous la forte pression de la résistance locale dirigée par le Hezbollah.
“Il a subi des pressions dans le sud et est resté aux mains des Libanais”, indique à Middle East Eye Ibrahim Mneimneh, député libanais représentant les districts de Beyrouth qui étaient autrefois occupés.
Après son retrait, Israël a tenté, pour la deuxième fois, de vaincre ses nouveaux ennemis au Liban. Le pays a mené une guerre d’un mois contre le Hezbollah en 2006, qui s’est terminée par une impasse et l’échec des forces israéliennes à infliger un coup préjudiciable au groupe.
Actuellement, parallèlement à sa guerre à Gaza, Israël est confronté à des affrontements réguliers à la frontière avec le groupe militant libanais à sa frontière nord. Les affrontements transfrontaliers ont fait au moins 95 morts au Liban depuis le 7 octobre, la plupart des combattants du Hezbollah, mais aussi au moins 14 civils, selon un décompte de l’AFP.
Ces derniers jours, plusieurs responsables et journalistes israéliens ont menacé de bombarder Beyrouth si le Hezbollah tentait de les provoquer. Le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, est même allé jusqu’à dire qu’ils feraient à la capitale libanaise ce qu’ils font actuellement à Gaza.
Selon Ibrahim Mneimneh, en raison des événements de 1982, de nombreux habitants ne craignent pas les menaces israéliennes récurrentes contre la capitale.
“D’une certaine manière, il y a un rappel de la mémoire, du fait que nous sommes capables de faire face à cela”, avance-t-il. “Je ne pense pas qu’on imagine combien le traumatisme de 1982 est présent.”
Dans le même ordre d’idées, Wissam Mroue observe que les effectifs, l’arsenal et l’expérience de combat du Hezbollah rendent une invasion terrestre israélienne du Liban hautement improbable, car le groupe militant est beaucoup plus puissant que ne l’était l’OLP au début des années 1980.
Face aux craintes continues de guerre, le média Axios a cité des cadres de l’administration Biden affirmant que les responsables américains craignaient qu’Israël ne tente de provoquer le Hezbollah et le Liban dans une guerre plus large, ce qui obligerait les Américains à s’impliquer.
Réagissant à cela, Ibrahim Mneimneh déclare que la présence supplémentaire de forces militaires américaines et occidentales dans la région pourrait avoir encouragé Israël à provoquer un tel scénario.
“Personne ne sait à quoi la folie israélienne pourrait mener”, conclut-il.










