❖ L’apocalypse qui s’annonce
Lorsque les guerres atteignent ce stade, l’éventail des possibilités s’élargit considérablement. La possibilité imminente d’une frappe nucléaire sur l’Iran & la menace sur la mosquée Al-Aqsa sont là !
L’apocalypse qui s’annonce
Alors que le Moyen-Orient est en proie aux flammes et qu’Al-Aqsa est confrontée à une menace sans précédent, nous nous précipitons vers un point de basculement dangereux.
Par Palestine Will Be Free, le 14 mars 2026
Depuis le début du génocide perpétré dans la bande de Gaza, lorsque les Israéliens ont commencé à bombarder cette enclave assiégée avec une férocité stupéfiante, on pensait que cela ne pourrait certainement pas durer très longtemps. Les Israéliens avaient déjà pilonné Gaza auparavant - à plusieurs reprises - et avaient conclu des cessez-le-feu après quelques jours ou quelques semaines. De la même manière, un cessez-le-feu serait forcément conclu en quelques jours, ou au plus tard en quelques semaines - c’est ce que l’on croyait. Cela ne pouvait tout de même pas durer des mois, n’est-ce pas ? Cependant, dans une orgie de sang sans précédent, aucun cessez-le-feu significatif n’est jamais venu pour le peuple de Gaza, qui endure des souffrances terribles depuis si longtemps. Cela fait des années - des années à assister en direct à un génocide ! Nous sommes aujourd’hui en mars 2026, deux ans et demi après le début de la campagne d’extermination, et les Palestiniens de Gaza continuent encore aujourd’hui d’essayer d’échapper aux bombes, sans savoir s’ils seront encore là le lendemain matin.
Cette violence extrême et orgiastique, qui a commencé dans la minuscule enclave au bord de la Méditerranée, s’est propagée comme une traînée de poudre. Elle a englouti le Liban - qui continue de brûler à ce jour avec une intensité légèrement moindre qu’à Gaza - ainsi que la Syrie, l’Irak, le Yémen, le Qatar, l’Iran, Bahreïn, le Koweït, Oman, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et même les côtes de la Tunisie. Pire encore, tout porte à croire que cette violence ne fera que s’étendre davantage, engloutir d’autres pays et gagner en férocité.
La rhétorique israélienne le laisse entendre. Alors que l’Iran continue de brûler et de subir des pertes inimaginables en conséquences des bombardements illégaux et aveugles menés par Israël et les États-Unis, les dirigeants israéliens semblent avoir déjà jeté leur dévolu sur la Turquie, puis potentiellement sur le Pakistan.
Vers “le royaume”
Des commentateurs ont émis l’hypothèse que les coûts colossaux que l’Iran fait payer aux agresseurs en bombardant les bases américaines dans le golfe Persique et en bloquant le détroit d’Ormuz, provoquant ainsi une flambée des prix du pétrole, finiront par exercer une pression diplomatique mondiale et une pression des consommateurs nationaux sur les États-Unis pour qu’ils mettent fin à leur guerre illégale.
C’est certes une interprétation juste de la question si l’on considère le problème uniquement sous l’angle de l’économie et des relations internationales mais cela ne rend pas compte de toute la réalité. Israël, qui a toujours fondé sa légitimité sur la religion et les textes sacrés, ne voit pas les choses sous le même angle. Les dirigeants israéliens ne cherchent même pas à le cacher. Non seulement les soi-disant fous de la droite israélienne, tels que Ben-Gvir et Smotrich, mais même les soi-disant “figures de gauche” de la politique israélienne ont ouvertement déclaré leur allégeance à la légitimité biblique du vol des terres arabes pour établir le Grand Israël.
Dès le début de son génocide, Netanyahou a déclaré sans ambages que les Palestiniens étaient des Amalécites et qu’ils devaient donc être massacrés - hommes et femmes, enfants et nourrissons, bœufs et moutons, chameaux et ânes - comme le prescrit le verset biblique concernant le sort réservé aux Amalécites. L’année dernière, il est allé encore plus loin, déclarant à un journaliste israélien qu’il menait une “guerre spirituelle (religieuse)” pour la réalisation du “Grand Israël”.
Ces derniers jours, sa rhétorique génocidaire s’est intensifiée. Alors que les factions chiites du Moyen-Orient, en particulier en Iran, ont largement été le fléau de l’existence israélienne - refusant de se plier à la suprématie juive que de nombreux sionistes arabes du golfe Persique ont volontiers acceptée -, elles ont donc attiré la colère d’Israël. Depuis quelques semaines, Netanyahou agite le spectre d’un “axe sunnite” inexistant.
Il est allé encore plus loin la semaine dernière, qualifiant les deux sectes d’“extrémistes”, laissant entendre une guerre perpétuelle visant à éradiquer tous les adeptes de l’islam de la région :
L’islam extrémiste - tant sunnite que chiite - est une menace pour le monde entier ; nous ne pouvons donc pas supposer que le problème se résoudra de lui-même, et nous continuons à frapper nos ennemis encore et encore.
Dans quel but ? Netanyahou a lui-même apporté la réponse. Middle East Eye :
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré vendredi qu’Israël “atteindrait le royaume” et verrait “le retour du Messie”.
Un projet à long terme
Après deux ans et demi de carnage incessant, alimenté par une rhétorique génocidaire imprégnée de religion, on ne peut pas balayer cela d’un revers de main comme une folie marginale lorsque de telles déclarations sont prononcées par le chef de l’État israélien, dont l’existence repose entièrement sur la prétendue revendication biblique sur la Palestine et l’ensemble du Moyen-Orient.
Il existe une vieille vidéo datant de novembre 1990 dans laquelle on voit Netanyahou - alors nouveau membre de la Knesset et étoile montante de la politique israélienne - rencontrer le rabbin Menachem Mendel Schneerson, plus connu sous le nom de Rebbe de Loubavitch, une figure extrêmement influente.
Voici comment se déroule leur échange :
Schneerson : “Depuis notre dernière rencontre, beaucoup de choses ont évolué. Ce qui n’a pas changé, cependant, c’est que le Messie n’est toujours pas venu ; alors faites quelque chose pour hâter sa venue.”
Netanyahou : “Nous y travaillons, nous y travaillons.”
Schneerson : “Apparemment, ce n’est pas suffisant, puisque plusieurs heures se sont déjà écoulées aujourd’hui et qu’il n’est toujours pas là… mais il reste encore quelques heures avant la fin de la journée, alors continuez d’essayer aujourd’hui.”
Netanyahou : “Oui.”
La menace imminente qui pèse sur la mosquée Al-Aqsa
Ce discours sur le “retour du Messie” et l’avènement du “royaume” est directement tiré de l’eschatologie juive, selon laquelle la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l’islam, sera détruite pour permettre aux Juifs de construire à sa place ce qu’on appelle le Troisième Temple. Derrière cette quête impie, des chrétiens évangéliques de l’administration Trump, tels que Mike “pas de problème s’ils [Israël] prenaient tout” Huckabee et Paula White, ont misé tout leur espoir.
Les dangers qui pèsent sur la mosquée s’intensifient depuis des années. Bien que les marionnettes sionistes du royaume jordanien soient les gardiens officiels du site sacré, ce sont les Israéliens qui en ont le contrôle de facto. Ils décident combien de musulmans peuvent prier dans leur mosquée et à quels moments. Ils autorisent des juifs extrémistes à mener des rituels provocateurs à l’intérieur du complexe de la mosquée sous la protection totale de l’État, au grand dam des musulmans.
Cette année, le contrôle israélien sur la mosquée s’est encore intensifié. Pendant le mois sacré islamique du ramadan, les Israéliens ont complètement verrouillé la mosquée, empêchant toute prière d’y avoir lieu. Au cours des deux dernières semaines, aucune des cinq prières quotidiennes n’a pu avoir lieu, pas plus que les prières nocturnes du taraweeh du ramadan, ni l’itikaf - une prière spécifique au ramadan pour laquelle les fidèles restent à l’intérieur de la mosquée. Il est remarquable de constater que, alors que la mosquée a été fermée aux musulmans sous prétexte de problèmes de sécurité, Israël a autorisé les juifs à célébrer Pourim dans tout Jérusalem.
ndz : Voir aussi pour ceux que ça intéresse, cet article connexe intitulé “La menace de Netanyahou n’est plus seulement nucléaire - elle pourrait bien être pire”
“La nature du conflit”
Comme l’a souligné le Hamas vendredi, ces mesures extrêmes prises pendant le mois sacré constituent une première depuis 1967, ajoutant que ces décisions révèlent clairement “la nature du conflit”.
À l’occasion de la Journée internationale de Al-Quds*, la nature du conflit est clairement révélée, alors que la guerre et l’escalade dans la région coïncident avec une dangereuse escalade en Palestine, allant jusqu’à fermer la mosquée bénie d’Al-Aqsa aux fidèles pendant le mois du ramadan pour la première fois depuis 1967.
* événement annuel destiné à protester contre le contrôle israélien sur Jérusalem
Le contrôle juif sur la mosquée fonctionne désormais à plein régime.
Contrairement aux dirigeants arabes compromis des États du Golfe, les dirigeants des factions de la résistance à travers le Moyen-Orient sont restés vigilants face aux desseins israéliens concernant la mosquée et la région au sens large.
Dans son discours prononcé ce jeudi à l’occasion de la Journée de Al-Quds, le chef d’Ansarallah, Sayyed Abdul Malik Badr al-Din al-Houthi, n’a pas mâché ses mots lorsqu’il a exposé les plans israéliens pour Al-Aqsa.
“La menace sioniste juive cherche à détruire la mosquée Al-Aqsa et à établir le Grand Israël par l’occupation des pays de la région et le contrôle total sur ceux-ci”, a-t-il déclaré dans un discours d’une heure. “La menace sioniste juive vise l’islam, les musulmans et les lieux saints islamiques.”

Il a ajouté :
“Les objectifs sionistes sont ouvertement exprimés par les ennemis eux-mêmes dans des déclarations officielles concernant leur projet d’établir le Grand Israël et de redessiner le Moyen-Orient.
Le mouvement américain agressif contre notre nation islamique se rend complice de l’ennemi sioniste juif dans tous ses crimes.
La position américaine n’est pas simplement une position politique ; la position américaine est une position sioniste.
L’Occident, et en premier lieu l’Amérique, croit que le Christ reviendra après que les Juifs auront réussi à établir le Grand Israël et dans un cadre où ils seront en mesure de contrôler le monde.
L’élimination des musulmans et leur expulsion constituent un point central pour les sionistes dans la réalisation de leur ambition.
Le Coran accorde une attention considérable aux ennemis des musulmans, en particulier aux principaux ennemis qui sont les plus hostiles et les plus dangereux pour cette nation.”
Plus loin dans son discours, al-Houthi a insisté sur le même point que le Hamas avait soulevé dans sa déclaration :
“La nature du conflit avec les ennemis n’est pas simplement un conflit militaire ; ils mènent une vaste campagne pour induire la nation islamique en erreur à tous les niveaux.”
Ce sont les dirigeants des factions de la résistance qui combattent réellement ces forces agressives sur les champs de bataille à travers le Moyen-Orient. On peut sans risque accorder davantage de crédit à leurs paroles qu’à celles de quiconque. Et ils ont souligné à maintes reprises que ce à quoi nous assistons n’est “pas simplement un conflit militaire”.
Cette guerre d’extermination sur plusieurs fronts continue de s’intensifier. Jeudi, les États-Unis ont déployé des milliers de soldats supplémentaires dans la région. “Environ 2 500 marines américains se dirigent vers le Moyen-Orient, accompagnés d’un navire de guerre amphibie de la marine”, a rapporté PBS.
Trump avait initialement déclaré que l’opération iranienne ne durerait pas plus de quelques jours. Il n’a cessé de revoir ce délai, allant même jusqu’à laisser entendre qu’il pourrait s’agir d’une nouvelle guerre américaine de type “éternel”, comme on en voit souvent. Cette rhétorique, cependant, ne pétrifie pas l’Iran qui a continué d’attaquer les moyens navals et les bases américaines dans la région et a régulièrement frappé Israël par des tirs de missiles, ne montrant aucun signe d’épuisement de son arsenal ni de baisse du moral de son peuple, qui réclame vengeance pour les crimes commis contre lui par Israël et les États-Unis.
La presse grand public, et même les commentateurs des médias alternatifs, ont attribué le chaos actuel à l’incompétence de l’administration Trump et de ses acolytes. Cependant, cette analyse élude une fois de plus la “nature du conflit”. Aussi stupides que puissent être Trump, son cabinet et ses généraux, suggérer qu’ils n’avaient pas prévu que l’Iran fermerait le détroit d’Ormuz et attaquerait les bases américaines dans la région - menaces qu’il avait explicitement proférées à l’approche de la guerre illégale qui lui a été imposée - serait les sous-estimer. Quelques jours seulement avant l’attaque, l’Iran a mené des exercices militaires avec tir réel dans le détroit d’Ormuz, et le porte-parole de son ministère des Affaires étrangères a publié des photos de lui-même surplombant le détroit afin d’envoyer un message on ne peut plus clair aux agresseurs.
De même, il était facile de prévoir qu’une société profondément religieuse bouillerait de rage et réclamerait vengeance suite à l’assassinat injuste de son chef spirituel. Tout cela était prévisible et évident. Pourtant, l’attaque illégale israélo-américaine a eu lieu. Au lieu de remettre en question l’intelligence des acteurs à l’origine de ces manœuvres, il est plus sage d’examiner leurs motivations - tout comme le font toutes les factions de la résistance au Moyen-Orient.
Pas d’issue
Avec un président en exercice profondément compromis et remarquablement susceptible, des sbires pro-israéliens - dont son gendre Kushner*, que l’une des sources humaines confidentielles (CHS) du FBI a décrit comme “le véritable cerveau derrière l’organisation [de Trump] et sa présidence” - semblent dicter la politique étrangère américaine, une guerre sans soutien populaire qui pèse sur le portefeuille des contribuables américains, et alors que l’Iran continue d’infliger de lourdes pertes, les événements pourraient dégénérer rapidement - si ce n’est déjà fait.
* ndz : Au sujet de Kushner, lire ou relire cet excellent article intitulé “Le seigneur suprême non élu : Comment Jared Kushner a transformé la Maison Blanche en repaire des magouilles & tractations secrètes pour Israël”, proposé sur ce blog il y a un mois.
À mesure que la guerre s’étend à travers la région et que les coûts continuent de grimper, les calculs stratégiques des acteurs impliqués évoluent également. Lorsque les guerres atteignent ce stade - où aucune des deux parties ne peut remporter une victoire décisive par des moyens conventionnels et où les dirigeants politiques ont lié leur légitimité à une victoire totale -, l’éventail des possibilités commence à s’élargir considérablement. Ce qui était autrefois impensable devient progressivement discutable, et ce qui est discutable finit par devenir plausible, surtout lorsque les guerres sont menées pour un soi-disant objectif supérieur.
Ne voyant aucune issue, le largage d’armes nucléaires sur l’Iran ne semble pas hors du domaine du possible. Pour aggraver l’horreur, les Israéliens pourraient même détruire la mosquée Al-Aqsa, désormais vide, comme l’a suggéré un rabbin.
Le Dr Abdallah Marouf, universitaire palestinien et ancien responsable des médias et des relations publiques à Al-Aqsa, a tiré la sonnette d’alarme face à la menace imminente qui pèse sur cette mosquée historique.
“Je n’ai jamais été aussi certain qu’il existe un danger imminent et grave pour Al-Aqsa que je ne le suis ces jours-ci”, a-t-il déclaré lors d’une intervention dans un podcast publié vendredi. “Je travaille à la mosquée Al-Aqsa depuis plus de 28 ou 29 ans, et je n’ai jamais eu le sentiment qu’un danger aussi proche et imminent pesait sur l’existence même de la mosquée Al-Aqsa que celui que je ressens aujourd’hui. Cela n’a jamais été aussi imminent, cela n’a jamais été aussi clair pour nous : la mosquée Al-Aqsa court un grand danger d’être complètement perdue des mains des musulmans, comme c’est le cas aujourd’hui sous ce gouvernement, sous ces fanatiques qui dirigent actuellement Israël”.
Bien que cela puisse paraître invraisemblable, cela serait caractéristique des Israéliens au pouvoir, qui diffusent ouvertement de telles opinions et parlent de la fin des temps. Il ne faut pas grand-chose pour interpréter leur langage. Pour ceux qui sont convaincus de mener un combat qui décidera s’ils accèdent au salut ou à la damnation éternelle, le prix du pétrole et du gaz, ainsi que l’arrêt complet du transport maritime international, ne sont que des désagréments mineurs, ne méritant ni inquiétude ni attention. Dans leur raisonnement, ils ont construit leur escalier pour le paradis, tandis que le reste d’entre nous sera condamné à l’enfer lorsque le monde sera englouti par un champignon atomique. Nous ne vivons pas une époque normale, et nous n’avons pas affaire à des acteurs rationnels. Nous sommes face à l’abîme.
Malgré le carnage sans précédent qui se poursuit au Moyen-Orient, il n’y a pas de mobilisations de masse comme celles observées au cours des premiers mois du génocide de Gaza. Les gens semblent avoir été broyés par le flot incessant de violence dont ils ont été témoins pendant près de deux ans et demi en direct sur leurs téléphones, incapables d’endiguer la perte effroyable de vies innocentes malgré leurs efforts.
“En effet, le mensonge est voué à disparaître.”
Ce n’est pas le moment de désespérer. Les flammes qui ravagent le Moyen-Orient, les menaces qui pèsent sur Al-Aqsa et la possibilité imminente d’une frappe nucléaire sur l’Iran sont un avertissement : si nous ne faisons rien, l’apocalypse que provoquent les fous furieux au pouvoir – violeurs d’enfants, cannibales et génocidaires – n’épargnera personne. Notre avenir collectif est en jeu.
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