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♟ Gaza. L’escorte médiatique d’un génocide

Voilà 80 ans que R. Lemkin nous a légué le mot "génocide", mot dont nous aurions dû saisir la nécessité & qui offre le cadre juridique & politique nécessaire pour comprendre l'atrocité de notre époque

Zanzibar9CH
janv. 11, 2024
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SOMMAIRE :

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1 - Gaza. L’escorte médiatique d’un génocide - Alain Gresh & Sarra Grira

2 - Les journalistes doivent continuer à parler des génocides - Christopher Warren

3 - Reporters sans honte : La principale organisation de défense des droits des médias ignore les assassinats de journalistes à Gaza - Eva K. Bartlett

4 - Noms des 115 journalistes palestiniens tués par Israël lors du génocide à Gaza, lors de bombardements ou de tirs d'artillerie - Ramy Abdu

5 - Israël admet avoir délibérément ciblé les journalistes lors de la frappe qui a tué le fils du chef du bureau d'Al Jazeera - Andre Damon

6 - La couverture de la guerre de Gaza par le New York Times et d'autres grands journaux a largement favorisé Israël, selon une analyse - Adam Johnson & Othman Ali

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1- Gaza. L’escorte médiatique d’un génocide

"Depuis 90 jours, je ne comprends pas. Des milliers de personnes meurent et sont mutilées, submergées par un flot de violence qu’on ne peut qualifier de guerre, sauf par paresse. L’incroyable circonspection d’une grande partie de la presse européenne, y compris La Repubblica – aujourd’hui deux familles massacrées ne figurent qu’à la dernière ligne de la page 15", et évoque "l’escorte médiatique" qui rend ces massacres possibles".

Le chef du bureau d’Al Jazira à Gaza Wael Al-Dahdouh prie pendant les funérailles de son fils Hamza Wael Dahdouh, journaliste d’Al-Jazira tué lors d’une frappe aérienne israélienne à Rafah, le 7 janvier 2024 - AFP

Par Alain Gresh & Sarra Grira, le 8 janvier 2024, Orient XXI

"Depuis 90 jours, je ne comprends pas. Des milliers de personnes meurent et sont mutilées, submergées par un flot de violence qu’on ne peut qualifier de guerre, sauf par paresse". Dans sa lettre de démission après douze ans de bons et loyaux services, le journaliste Raffaele Oriani du supplément hebdomadaire du quotidien italien La Repubblica entend protester contre la manière dont son journal couvre la situation à Gaza. Il dénonce "l’incroyable circonspection d’une grande partie de la presse européenne, y compris La Repubblica – aujourd’hui deux familles massacrées ne figurent qu’à la dernière ligne de la page 15", et évoque "l’escorte médiatique" qui rend ces massacres possibles.

Il fut un temps où les médias occidentaux n’avaient pas ce type de pudeur. Personne n’avait de réticence à dénoncer l’invasion russe et il ne serait venu à l’idée de personne d’évoquer "l’opération spéciale russe", sinon par dérision. Aujourd’hui s’est imposée l’expression israélienne de "guerre Israël-Hamas", comme si deux parties égales s’affrontaient, ou que les victimes étaient principalement des soldats des Brigades d’Al-Qassam.

Les formules dans les journaux varient, mais le Hamas est presque toujours désigné comme "organisation terroriste" - rappelons que seuls l’Union européenne et les États-Unis le considèrent comme tel - ce qui exonère par avance Israël de tous ses crimes. Face au Mal absolu, tout n’est-il pas permis ? Un journaliste de CNN rapportait les consignes de sa rédaction :

Les mots "crime de guerre" et "génocide" sont tabous. Les bombardements israéliens à Gaza seront rapportés comme des "explosions" dont personne n’est responsable, jusqu’à ce que l’armée israélienne en accepte ou en nie la responsabilité. Les citations et les informations fournies par l’armée israélienne et les représentants du gouvernement ont tendance à être approuvées rapidement, tandis que celles provenant des Palestiniens ont tendance à être attentivement examinées et traitées précautionneusement (1).

"Selon le Hamas"

On sait la suspicion qui a accompagné les chiffres du nombre de morts donnés par le ministère de la santé à Gaza, jusqu’à aujourd’hui accompagnés de l’expression "selon le Hamas", alors qu’ils semblent inférieurs à la réalité. Le traitement réservé aux otages palestiniens, déshabillés, humiliés, torturés, est relativisé, la suspicion d’appartenir au Hamas justifiant l’état d’exception. En revanche, les fake news colportées après le 7 octobre sur les femmes éventrées, les bébés décapités ou brûlés dans des fours ont été reprises, car elles avaient été entérinées par des responsables israéliens. Une fois la supercherie révélée, aucune rédaction n’a cru nécessaire de faire son mea culpa pour avoir contribué à colporter la propagande israélienne. En France, le porte-parole de l’armée israélienne a micro ouvert sur les chaînes d’information, et quand un journaliste se décide de faire son métier et de l’interroger vraiment, il est rappelé à l’ordre par sa direction. Pendant ce temps, des propos d’un racisme éhonté, qui frisent l’incitation à la haine ou à la violence à l’encontre des critiques de l’armée israélienne sont à peine relevés. Sans parler de la suspicion qui frappe les journalistes racisé·es coupables de "communautarisme" quand ils offrent une autre vision.

Alors qu’Israël refuse l’entrée de journalistes étrangers à Gaza - sauf à ceux qu’ils choisissent d’"embarquer" dans un tour guidé, ce que de nombreux correspondants acceptent sans le moindre recul critique -, peu de protestations se sont élevées contre ce bannissement. La profession ne s’est guère mobilisée contre l’assassinat de 109 journalistes palestiniens, un nombre jamais atteint dans tout autre conflit récent. Si ces reporters avaient été européens, que n’aurait-on pas entendu ? Pire, dans son bilan annuel publié le 15 décembre 2023, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) parle de "17 journalistes [palestiniens] tués dans l’exercice de leur fonction", information reprise par plusieurs médias nationaux. La formulation choque par son indécence, surtout quand on sait que cibler volontairement les journalistes est une pratique courante de l’armée israélienne, à Gaza et en Cisjordanie, comme nous le rappelle l’assassinat de la journaliste Shirin Abou Akleh. Le dimanche 7 janvier, deux confrères palestiniens ont encore été tués après qu’un missile israélien a ciblé leur voiture, à l’ouest de Khan Younes. L’un des deux n’est autre que le fils de Wael Dahdouh, le chef du bureau d’Al-Jazira à Gaza. La moitié de sa famille a été décimée par l’armée israélienne, et son caméraman a été tué.

Or, on doit à ces journalistes palestiniens la plupart des images qui nous parviennent. Et bien que certains d’entre eux aient déjà travaillé comme "fixeurs" pour des journalistes français, ils restent a priori suspects parce que Palestiniens. Pendant ce temps, leurs confrères israéliens qui, à quelques exceptions près (+972, certains journalistes de Haaretz) reprennent les éléments de langage de l’armée sont accueillis avec révérence.

Le nettoyage ethnique, une option comme une autre

Ces derniers jours on a assisté à des débats surréalistes. Peut-on vraiment discuter, sereinement, calmement, "normalement" sur des plateaux de radio et de télévision des propositions de déplacement de la population palestinienne vers le Congo, le Rwanda ou l’Europe, sans marteler que ce sont des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ? Sans dire que ceux qui les profèrent, ici ou là-bas, devraient être inculpés d’apologie de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité ?

Selon les Nations unies, la bande de Gaza est devenue "un lieu de mort, inhabitable". Chaque jour s’accumulent les informations sur les morts (plus de 23 000), les blessés (plus de 58 000), les structures médicales bombardées, les exécutions sommaires, les tortures à grande échelle (3), les écoles et universités pulvérisées, les domiciles détruits. À tel point que l’on crée un nouveau terme, "domicide" pour désigner cette destruction systématique des habitations. Tous ces crimes font rarement l’objet d’enquêtes journalistiques. Pourtant le mémorandum soumis par l’Afrique du Sud le 29 décembre 2023 à la Cour internationale de justice de La Haye (4) suffirait aux médias à produire des dizaines de scoops. Ils contribueraient à donner aux victimes (pas seulement celles du 7 octobre) un visage, un nom, une identité. À contraindre Israël et les États-Unis qui les arment sans barguigner, à mettre aussi les autres pays occidentaux et en particulier la France devant leurs responsabilités, et pour cela il ne suffit pas de parachuter quelques vivres sur une population en train d’agoniser, ou d’exprimer sa "préoccupation" à la faveur d’un communiqué.

Pour la première fois, un génocide a lieu en direct, littéralement en live stream sur certaines chaînes d’information panarabes ou sur les réseaux sociaux, ce qui n’a été le cas ni pour le Rwanda ni pour Srebrenica. Face à cela, la facilité avec laquelle ce massacre quitte petit à petit la une des journaux et l’ouverture des journaux télévisés dans nos pays pour être relégué comme information secondaire est déconcertante. Pourtant, autant que les États signataires de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, les journalistes ont la responsabilité morale de se mobiliser pour arrêter ce crime en cours.

Pour ne pas se rendre complice de génocide, la France peut contribuer à l’arrêter : suspendre la coopération militaire avec Israël, prendre des sanctions contre les Français qui participent aux crimes à Gaza, suspendre le droit des colons d’entrer dans notre pays, voire suspendre l’importation de marchandises israéliennes, dont certaines viennent des colonies et sont donc commercialisées en contravention avec les décisions européennes.

Fin décembre, à la suite d’une attaque russe sur les villes ukrainiennes qui avait fait une trentaine de morts, le gouvernement américain condamnait "ces bombardements épouvantables", tandis que celui de Paris dénonçait "la stratégie de terreur russe". Le quotidien Le Monde titrait sur la "campagne de terreur russe". Combien de temps faudra-t-il pour qualifier de terrorisme la guerre israélienne contre Gaza ?

Alain Gresh est spécialiste du Proche-Orient, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont De quoi la Palestine est-elle le nom ? (Les Liens qui libèrent, 2010) et Un chant d’amour. Israël-Palestine, une histoire française, avec Hélène Aldeguer (La Découverte, 2017) et le directeur d’Orient XXI.

Sarra Grira est journaliste et rédactrice en chef d’Orient XXI.

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📰 https://orientxxi.info/magazine/gaza-l-escorte-mediatique-d-un-genocide,6983

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2- Les journalistes doivent continuer à parler des génocides

Les génocides sont loin d'être rares, mais c'est un terme que les journalistes semblent avoir du mal à appliquer aux événements mondiaux. Il faut le dire haut et fort, encore et encore.

Par Christopher Warren, le 10 janvier 2024, Crikey

Voilà 80 ans cette année que Raphael Lemkin nous a légué le mot "génocide". C'est un mot dont nous aurions dû comprendre la nécessité, car il offre le cadre juridique et politique nécessaire pour comprendre l'atrocité de notre époque.

Pourtant, aujourd'hui, dans le monde du journalisme, nous nous débattons encore avec ce mot, longtemps après que les travaux de Lemkin ont été intégrés - et définis juridiquement - dans l'une des conventions fondatrices des Nations unies, encore ébranlées par l'Holocauste. Pourtant, nous reculons devant la puissance du mot, ne sachant jamais vraiment comment intégrer l'idée dans le récit de ce qui se déroule aujourd'hui et de ce qui s'est produit dans un passé pas si lointain et qui continue à nous façonner.

C'est un mot, un concept, que nous devons utiliser avec prudence, sur la base d'observations et d'analyses journalistiques, et non d'une rhétorique vide, conscients du saut nécessaire de l'intention à l'action que la convention cherche à capturer. Mais c'est un mot que nous devons être prêts à prononcer ou apposer.

Nous sommes en partie dépassés. Le mot semble trop grave, trop confrontant, pour être apposé sur une histoire comme les autres. Mais ce n'est pas que le génocide soit rare. Il n'est que trop courant, un "fléau odieux" comme le décrit la Convention des Nations Unies pour la prévention et la répression du crime de génocide.

C'est en partie la lâcheté d'une fausse objectivité qui considère le mot comme trop politique, trop rhétorique, suggérant trop une prise de parti pour un usage journalistique quotidien (comme, par exemple, la direction de l'Australian Broadcasting Corporation (ABC) semble le penser).

Il s'agit aussi, en partie, d'un simple obstacle à l'accès : les génocides se produisent, en général, dans l'obscurité - et les journalistes couvrant ces massacres passent trop facilement du statut de témoins à celui de victimes, comme les au moins 79 journalistes et autres professionnels des médias déjà tués lors de la guerre entre Israël et Gaza. Il s'agit en partie d'une mauvaise pratique, les journalistes s'efforçant de trouver un moyen d'intégrer les morts massives, les atrocités à grande échelle, dans le cycle d'information quotidien qui détermine ce que nous rapportons comme "informations" et comment nous le faisons.

Le fait d'esquiver le mot témoigne d'un journalisme dégradé par l'acceptation, en haussant les épaules, du mantra "un mort est une tragédie, un million est une statistique", couplé à une hésitation quant à la patience du public pour un compte rendu quotidien des morts qui se succèdent. (Bien que l'on attribue généralement à Staline le mérite d'une realpolitik pure et dure, ce dicton est très probablement né d'une attaque en règle contre les médias modernes de la part du principal journaliste satirique de l'Allemagne de Weimar, Kurt Tucholsky, dans ses écrits permanents contre la guerre, le nationalisme allemand et la montée du nazisme).

Les journalistes doivent couper leurs reportages de l'impératif ennuyeux du cycle de l'information s'ils veulent lever le voile sur toutes les atrocités que les reportages quotidiens passent trop facilement sous silence.

C'est ainsi que les médias traditionnels ont manqué les moments décisifs de notre reconnaissance du concept - l'Holocauste (et le génocide arménien avant cela). Une recherche dans le précieux fonds Trove de la Bibliothèque nationale révèle que les reportages s'appuient sur des communiqués gouvernementaux largement limités (en grande partie britanniques).

Les échecs du journalisme dans le passé continuent à entacher les réputations aujourd'hui. L'année dernière, le Sydney Morning Herald s'est finalement excusé pour le soutien apporté par son journal aux assassins du massacre de Myall Lakes en 1838. Le New York Times ne sait toujours pas quoi faire du prix Pulitzer de 1932 décerné à son correspondant à Moscou, Walter Duranty, pour sa couverture largement dépourvue d'esprit critique de l'Holodomor en Ukraine.

Heureusement, de nombreux journalistes tentent d'emprunter de nouvelles voies dans le cadre du difficile travail de reportage sur les génocides et autres atrocités de masse.

En Israël et en Palestine, le collectif de journalistes de +972 Magazine et sa publication sœur Local Call se concentrent sur l'"occupation" de la guerre à Gaza, en s'appuyant sur des enquêtes approfondies pour rendre compte des atrocités perpétrées dans le cadre de ce qu'ils appellent sans détour la "seconde Nakba". Son dernier rapport s'intitule Inside Israel's Torture Camp for Gaza Detainees (L'intérieur du camp de torture israélien pour les détenus de Gaza)(ndr : traduit et proposé sur ce blog ici).

Les journalistes du Myanmar utilisent une stratégie "un pied dedans, un pied dehors", avec des reporters travaillant sous couverture à l'intérieur du pays, recueillant des informations sur les atrocités continues commises par les militaires putschistes, tandis que les nouvelles sont publiées à l'extérieur du pays, bien que dans l'indifférence tragique des médias mondiaux.

Ici, en Australie, dans son dernier livre Killing for Country, David Marr adapte le dispositif littéraire des mémoires familiales (en l'occurrence de la famille de son arrière-arrière-grand-père) pour raconter notre propre histoire, celle des meurtres brutaux d'indigènes par la "Native Police" dans l'Australie du 19ème siècle.

Le livre de Marr nous rappelle également que notre rejet très australien de l'accusation de génocide est anachronique, car il applique un concept du 20ème siècle à des meurtres perpétrés à une époque antérieure. Marr ne l'entend pas de cette oreille et déclare dans une postface intitulée Affaires de famille : "On m'a demandé comment j'avais pu supporter d'écrire ce livre. C'est un acte d'expiation, de pénitence par le récit".

La Convention des Nations Unies ne l'accepte pas non plus, "reconnaissant qu'à toutes les époques de l'histoire, le génocide a infligé de grandes pertes à l'humanité". (L'Australie a été l'un des premiers signataires de la convention, mais n'a pas intégré ce crime dans son droit interne).

Le journaliste du New Yorker David Grann a utilisé le format "true crime" pour écrire sur le génocide au Guatemala dans les années 1990 et sur la dépossession de la nation Osage dans l'Oklahoma des années 1920, démontrant la simple cupidité qui est trop souvent à l'origine d'atrocités meurtrières. (L'adaptation cinématographique de son livre Killers of the Flower Moon, réalisée par Martin Scorsese en 2017, est actuellement projetée dans les salles de cinéma).

En Chine, notre meilleur accès aux reportages sur les morts massives à grande échelle a été le travail des journalistes locaux, qui ont eu accès aux documents officiels et ont interviewé des responsables locaux pour relater l'histoire sous forme de livre, comme le reportage de Tan Hecheng sur la Révolution culturelle dans un seul comté de la province méridionale du Hunan dans The Killing Wind ou les détails de Yang Jisheng sur la famine et les morts du Grand Bond en avant dans Tombstone. Ces deux ouvrages (tout comme le livre ultérieur de Yang sur la révolution culturelle, The World Turned Upside Down) nous rappellent que les atrocités sont plus souvent le fait d'acteurs étatiques que de la spontanéité enragée d'un peuple.

Il en va de même pour l'autre massacre de masse de notre région, en Indonésie, en 1965, qui n'a pas été rapporté. Là, c'est en grande partie le travail de terrain de John Hughes, d'abord pour le Christian Science Monitor de Boston, puis dans son livre Indonesian Upheaval, grâce auquel on a pu se faire une idée de l'ampleur des massacres. Hughes a reçu le prix Pulitzer pour son travail.

Il est frustrant de constater que tant d'excellents travaux journalistiques se heurtent à l'indifférence du public et à sa réticence à se pencher sur les génocides de son (notre) propre passé national. Mais nous devons impérativement continuer à parler des génocides.

Christopher Warren est un journaliste et écrivain australien. Il a été secrétaire fédéral de la Media, Entertainment & Arts Alliance jusqu'en avril 2015 et ancien président de la Fédération internationale des journalistes.

📰 https://www.crikey.com.au/2024/01/10/gaza-israel-genocide-journalists/

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3- Reporters sans honte : La principale organisation de défense des droits des médias ignore les assassinats de journalistes à Gaza

Par Eva K Bartlett, le 7 janvier 2024, In Gaza & beyond

À la fin de l'année 2023, Reporters sans frontières (RSF), l'organisation internationale qui défend ostensiblement la liberté d'information, a publié son rapport annuel. Le document minimise massivement le ciblage généralisé et délibéré des journalistes palestiniens lors de la guerre entre Israël et Gaza.

L'annonce du rapport, intitulée Round-up : 45 journalistes tués dans l'exercice de leurs fonctions dans le monde - une régression malgré la tragédie de Gaza, exclut la plupart des journalistes palestiniens tués par Israël en 2023, en particulier au cours des derniers mois. Ce rapport affirme que 16 journalistes de moins ont été tués dans le monde en 2023 qu'en 2022, ne reflétant nullement la réalité.

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Le rapport affirme que (au 1er décembre 2023), seuls 13 journalistes palestiniens ont été tués alors qu'ils étaient en reportage, notant séparément que 56 journalistes ont perdu la vie à Gaza, "si nous incluons les journalistes tués dans des circonstances dont il n'a pas été prouvé qu'elles étaient liées à leurs fonctions".

D'autres sources estiment que le nombre total de journalistes palestiniens tués dans l'enclave est beaucoup plus élevé. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a indiqué le 1er décembre que 73 journalistes et professionnels des médias avaient été tués, citant le Syndicat des journalistes palestiniens (PJS).

Bien que les chiffres du Comité pour la protection des journalistes (CPJ) du 20 décembre 2023 soient inférieurs (au moins 61 journalistes palestiniens tués depuis le 7 octobre), le CPJ n'a pas ignoré des dizaines de journalistes palestiniens tués comme l'a fait RSF.

En fait, contrairement au ton guilleret de RSF qui affirme que "la situation des journalistes est bien meilleure que les années précédentes", le CPJ a souligné qu'au cours des dix premières semaines de la guerre d'Israël contre Gaza, "plus de journalistes ont été tués qu'il n'y en a jamais eu dans un seul pays au cours d'une année entière". Il a exprimé son inquiétude quant à "une tendance apparente à cibler les journalistes ainsi que leurs familles par l'armée israélienne".

Ce résumé est bien plus honnête et choquant que le rapport édulcoré de RSF.

Lien du tweet

La manière utilisée par RSF pour discerner les circonstances "dont il n'est pas prouvé qu'elles sont liées" aux fonctions des journalistes gazaouis tués n'est pas claire, pas plus que la question de savoir qui est "en reportage actif" alors que Gaza subit des bombardements israéliens incessants et de fréquentes coupures de réseau Internet. En fait, compte tenu des bombardements israéliens incessants (et des tirs isolés) dans toute la bande de Gaza, il serait pratiquement impossible de déterminer si les journalistes étaient en train de faire des reportages (y compris à partir de leur domicile) au moment de leur mort.

Cependant, dans la section méthodologique vers la fin de son rapport plus détaillé, RSF indique qu'il "enregistre la mort d'un journaliste dans son baromètre de la liberté de la presse lorsqu'il est tué dans l'exercice de ses fonctions ou en lien avec son statut de journaliste".

De nombreux journalistes palestiniens de Gaza ont reçu des menaces de mort de la part d'officiers de l'armée israélienne, précisément en raison de leur statut de journaliste. Et nombre d'entre eux ont ensuite été tués, ainsi que des membres de leur famille, lorsque des frappes aériennes israéliennes ont visé leur domicile ou leur lieu de refuge.

Nous avons également le précédent de guerres antérieures (en 2009, 2012, 2014 et 2021) au cours desquelles Israël a bombardé des bâtiments de médias gazaouis (dont un où je me trouvais en 2009) avec une sévérité variable, endommageant et détruisant finalement deux bâtiments de médias majeurs en 2021. L'objectif est clairement de stopper le flux de reportages en provenance de Gaza sous les bombes israéliennes, tout comme l'assassinat de journalistes.

Le 15 décembre, le Syndicat des journalistes palestiniens a critiqué le rapport de RSF, allant jusqu'à l'accuser de complicité avec les crimes de guerre perpétrés par Israël à l'encontre des journalistes palestiniens en les occultant.

C'est ce même PJS (Syndicat des journalistes palestiniens) dont les statistiques sont citées par l'OCHA de l'ONU, statistiques qui, selon le syndicat, sont "exactes et basées sur une documentation professionnelle et légale répondant aux normes les plus strictes en matière de documentation des crimes contre les journalistes". Cette base de données inclut les journalistes que les frappes aériennes israéliennes ont pris pour cible à leur domicile, tués précisément en raison de leur profession.

RSF a répondu qu'elle "ne disposait pas encore de preuves ou d'indications suffisantes" pour affirmer que plus de 14 journalistes de la bande de Gaza (au 23 décembre, date de sa réponse) "avaient été tués dans le cadre de leur travail ou à cause de celui-ci".

RSF a qualifié les accusations de la PJS d'"ineptes", se plaignant qu'elles "nuisent à l'image de notre organisation", et a exhorté la PSJ à ne pas "mettre en doute nos motivations" ou à ne pas "se quereller" sur des chiffres. "Se quereller sur les chiffres" est une objection plutôt cavalière de la part d'une organisation se déclarant préoccupée par le fait que les journalistes sont pris pour cible.

Au moins trois journalistes ont été abattus, au moins trois ont été tués par une frappe aérienne israélienne sur des médias dans le centre de la ville de Gaza, et beaucoup d'autres sont morts lors de frappes aériennes israéliennes sur des zones "sûres" - des zones situées au sud de Wadi Gaza, qu'Israël avait ordonné aux civils de fuir pour leur "sécurité". Malgré cet ordre, les bombardements israéliens se sont poursuivis dans toute la bande de Gaza, y compris jusqu'à Rafah au sud.

De nombreuses autres personnes - dans la ville de Gaza, ainsi qu'au nord et au sud de celle-ci - ont été tuées chez elles avec leur famille, dont un journaliste de Khan Younis, tué avec 11 membres de sa famille lorsqu'une frappe aérienne israélienne a visé sa maison le 2 novembre. Le 23 novembre, un journaliste a été tué lors d'une frappe aérienne israélienne sur sa maison dans le camp de réfugiés de Nuseirat, au centre de Gaza, avec 20 membres de sa famille.

The Cradle a rapporté que "l'armée israélienne a envoyé une lettre aux organes de presse traditionnels, Reuters et AFP". La lettre stipulait : "L'armée israélienne cible toutes les activités militaires du Hamas dans l'ensemble de la bande de Gaza. Dans ces circonstances, nous ne pouvons garantir la sécurité de vos employés".

Le 7 novembre, un bombardement israélien sur la maison d'un journaliste l'a tué, ainsi que 42 membres de sa famille. Comme beaucoup de ses confrères tués, il était journaliste pour Wafa news, un média géré par l'Autorité palestinienne. La plupart des autres journalistes assassinés travaillaient pour la chaîne de télévision Palestine TV, gérée par l'Autorité palestinienne, ou pour des médias indépendants : Palestine TV, dirigée par l'Autorité palestinienne, des agences de presse indépendantes, des programmes de télévision et de radio locaux, ainsi que des chaînes plus importantes comme Al Jazeera. D'autres travaillaient pour des médias et des radios affiliés au Hamas. D'autres encore travaillaient en free-lance.

Le 5 novembre, le PJS a rapporté qu'au moins 20 des journalistes tués (depuis le 7 octobre) "ont été intentionnellement visés par des frappes à leur domicile ou pendant leur travail de couverture des attaques israéliennes". Ce chiffre est déjà supérieur à celui de RSF, qui fait état de 13 journalistes tués sur leur lieu de travail ou en raison de leur travail, même si le rapport de RSF couvre une période de près d'un mois de plus.

Israël menace des journalistes et tue des membres de leur famille

De nombreux journalistes de Gaza déclarent être menacés par l'armée israélienne. Le CPJ s'est déclaré "profondément alarmé par le fait que des journalistes de Gaza signalent avoir reçu des menaces et que, par la suite, des membres de leur famille ont été tués".

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L'un de ces incidents fait suite à une menace proférée à l'encontre du reporter d'Al-Jazeera Arabic, Anas Al-Sharif. Le CPJ a noté qu'il avait reçu plusieurs appels téléphoniques d'officiers de l'armée israélienne lui demandant de cesser sa couverture et de quitter le nord de la bande de Gaza. En outre, il a reçu des commentaires vocaux sur WhatsApp révélant sa position. Son père, âgé de 90 ans, a été tué le 11 décembre par une frappe aérienne israélienne sur leur maison dans le camp de réfugiés de Jabalia.

Le 13 novembre, le CPJ a noté que "huit membres de la famille du photojournaliste Yasser Qudih ont été tués lorsque leur maison dans le sud de Gaza a été frappée par quatre missiles. Qudih a survécu à l'attaque".

Le 25 octobre, une frappe aérienne israélienne sur le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de Gaza, a tué l'épouse, le fils, la fille et le petit-fils du chef du bureau d'Al-Jazeera à Gaza, Wael Al Dahdouh.

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Le jeune et très populaire journaliste indépendant Motaz Azaiza a déclaré avoir reçu de multiples menaces provenant de numéros anonymes l'exhortant à cesser ses reportages, a rapporté le CPJ, notant qu'une autre correspondante d'Al-Jazeera, Youmna El-Sayed, a signalé que son mari avait reçu un appel téléphonique menaçant d'un homme qui s'est identifié comme un membre des FDI et qui a dit à la famille "partez ou mourez".

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Le parti pris de RSF : Pas seulement en Palestine

Alors que RSF n'a mentionné qu'à contrecœur, après coup, les journalistes palestiniens tués dans des "circonstances dont il n'a pas été prouvé qu'elles étaient liées à leurs fonctions", dans un rapport de 2021 sur la Syrie, elle a déclaré qu'"au moins 300 journalistes professionnels et non professionnels ont été tués alors qu'ils couvraient les bombardements d'artillerie et les frappes aériennes ou assassinés par les différentes parties au conflit" depuis 2011, ajoutant que "ce chiffre pourrait en réalité être encore plus élevé".

Il cite un rapport du Réseau syrien pour les droits de l'homme (SNHR) affirmant que ce nombre pourrait atteindre 700. Tout en approuvant ces chiffres, le RSF a également émis une mise en garde, quoique bien moins sévère que celle concernant les journalistes de Gaza : "La confirmation de ces estimations n'est pas possible à l'heure actuelle en raison de la difficulté d'accès à l'information".

En plus de rapporter des chiffres qu'elle ne peut confirmer, RSF cite un organisme n'étant ni impartial ni crédible. Comme l'indique un article d'investigation, le SNHR est "basé au Qatar... financé par des gouvernements étrangers et composé de hauts responsables de l'opposition", et "a ouvertement réclamé une intervention militaire occidentale".

En 2017, Stephen Lendman a écrit à propos de la tentative de RSF de mettre fin à un panel parrainé par le Club suisse de la presse auquel la journaliste britannique Vanessa Beeley devait participer. "Une organisation défendant la liberté d'information me demande de censurer une conférence de presse", avait alors déclaré le directeur exécutif du club, Guy Mettan. Il a refusé d'annuler l'événement.

Le bilan 2023 de RSF ne mentionne pas non plus les deux journalistes russes tués cette année, l'un par une attaque ukrainienne à la bombe à fragmentation, l'autre par une attaque de drone ukrainien (visant des journalistes).

Sputnik s'est penché sur la question et a rapporté que RSF "a refusé de donner des commentaires à Sputnik" en invoquant la "politique éditoriale".

La journaliste Christelle Neant a également noté l'omission flagrante des journalistes russes par RSF. Elle a écrit sur le financement de l'organisme par divers gouvernements, et plus particulièrement par des agences de changement de régime : l'Open Society Foundation, la Ford Foundation ou encore la National Endowment for Democracy, financée par le Congrès américain.

Les bailleurs de fonds notoires de RSF expliquent pourquoi l'organisation sélectionne ou gonfle ses rapports. L'organisation sans frontières a des limites qu'elle ne franchit pas. Elle rapporte un grain de vérité mais blanchit les crimes d'Israël et de Washington.

Notes complémentaires :

Le 19 décembre, le journaliste indépendant Adel Zorob a été tué lors d'une frappe aérienne israélienne sur sa maison à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, ainsi que 25 membres de sa famille.

Le 30 décembre, le journaliste Jabr Abu Hadrous est tombé en martyr avec plusieurs membres de sa famille après que l'IOF a bombardé sa maison dans le camp de Nusseirat, au centre de la bande de Gaza. Il est ainsi devenu le 106e journaliste de Gaza à tomber en martyr depuis le 7 octobre.

Le 7 janvier 2024, le journaliste Hamza Al Dahdouh (fils du chef du bureau d'Al-Jazeera à Gaza, Wael Al Dahdouh), a été tué par une frappe de drone israélienne avec le journaliste indépendant Mustafa Thuraya, selon Al-Jazeera Arabic. Ils se rendaient en voiture à une mission dans le sud de la bande de Gaza lorsque l'attaque a eu lieu.

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Liens connexes

–  J’ai vécu deux guerres entre Israël et Gaza. Celle-ci est la pire

– Black-Out médiatique sur les journalistes et civils arabes décapités en Syrie par des terroristes soutenus par l’Occident

Eva K. Bartlett est une journaliste indépendant ayant une vaste expérience en Syrie (15 voyages entre 2014 et 2021, certains mois) et également en Palestine occupée (elle a passé 8 mois en Cisjordanie et trois ans cumulés dans la bande de Gaza, à partir de fin 2008), jusqu'en juin 2010, et de retour en 2011 par intermittence jusqu'en mars 2013). Elle a également fait de nombreux reportages sur le Donbass et le Venezuela. 

En 2017, Eva a été présélectionnée pour le prestigieux prix Martha Gellhorn du journalisme. Le prix a été décerné à juste titre à l'étonnant journaliste, feu Robert Parry [voir son travail sur Consortium News].

En mars 2017, elle se voit décerner le "Prix international du journalisme pour le reportage international" décerné par le Club de presse des journalistes mexicains (fondé en 1951). Les co-récipiendaires comprenaient : John Pilger et l'analyste politique Thierry Meyssan.

Elle a également été la première récipiendaire du prix Serena Shim et s'est dite honorée de le partager depuis avec de nombreux excellents journalistes.

Pour en savoir plus sur Eva Bartlett : https://ingaza.wordpress.com/about-me/

📰 https://ingaza.wordpress.com/2024/01/09/reporters-without-shame-top-media-rights-organization-ignores-rampant-killings-of-gaza-journalists/

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4- Noms des 115 journalistes palestiniens tués par Israël lors du génocide à Gaza, lors de bombardements ou de tirs d'artillerie

Source Twitter X Ramy Abdu, professeur de droit et de finance. Président de l'Observatoire euro-méditerranéen des droits de l'homme. Défense de la liberté en Europe et dans la région MENA, le 11 janvier 2024.

  • 1. Mohammad Al-Salehi

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  • 18. Ali Nasman

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  • 20. Sameeh Al-Nadi

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  • 115. Fouad Abu Khamash

📰 https://x.com/RamAbdu/status/1745331912602759224?s=20

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5- Israël admet avoir délibérément ciblé les journalistes lors de la frappe qui a tué le fils du chef du bureau d'Al Jazeera

Le journaliste d'Al Jazeera Wael Dahdouh tenant la main de son fils Hamza, qui travaillait également pour Al Jazeera, tué lors d'une frappe aérienne israélienne ciblée à Rafah, dans la bande de Gaza, le dimanche 7 janvier 2024. Dahdouh a perdu sa femme et ses deux autres enfants ainsi qu’un petit-fils plus tôt dans la guerre et a failli périr dans un autre crime de guerre israélien - Photo AP/Hatem Ali

Par Andre Damon, le 8 janvier 2024, WSWS

Le nombre de journalistes tués par Israël à Gaza est passé à 109 dimanche avec une frappe de drone ciblée sur la voiture du journaliste d'Al Jazeera Hamza al-Dahdouh, le tuant ainsi que son collègue journaliste Mustafa Thuraya.

Hamza était le fils aîné du chef du bureau d'Al Jazeera à Gaza, Wael al-Dahdouh, et le cinquième membre de la famille d'al-Dahdouh à être tué dans une série de meurtres délibérés et ciblés perpétrés par le régime criminel israélien soutenu par les États-Unis.

"Hamza était tout pour moi, le fils aîné, il était l'âme de mon âme. Ce sont les larmes de la séparation et de la perte, les larmes de l’humanité", a déclaré Dahdouh à Al Jazeera dimanche.

Dans une déclaration publiée après des heures de silence face aux questions des journalistes, l'armée israélienne a confirmé qu'elle avait délibérément ciblé le véhicule des journalistes, qualifiant les hommes assassinés de "suspects".

La déclaration disait :

Un avion militaire israélien a identifié et frappé un terroriste pilotant un avion qui représentait une menace pour les troupes. Nous avons connaissance d'informations selon lesquelles, au cours de l'attaque, deux autres suspects qui se trouvaient dans le même véhicule que les terroristes ont également été touchés.

Le troisième homme dans la voiture était Hazem Rajab, un photojournaliste dont les responsabilités incluent l'exploitation de drones photographiques. Le groupe de journalistes était en réalité visé pour avoir exercé leurs obligations professionnelles dans ce qu’Israël a officiellement désigné comme "zone de sécurité" pour les civils.

S'exprimant dimanche au Qatar, il a été demandé au secrétaire d'État américain Antony Blinken si les États-Unis condamnaient le ciblage des journalistes par Israël.

Blinken a refusé de condamner le meurtre de Hamza et la pratique israélienne consistant à tuer délibérément des journalistes, versant plutôt des larmes de crocodile sur la "tragédie" de sa mort.

"Je suis profondément, profondément désolé pour la perte presque inimaginable subie par vos collègues. Je suis moi-même parent. Je ne peux même commencer à imaginer l’horreur qu’il a vécue non pas une, mais deux fois. C’est une tragédie inimaginable", a-t-il déclaré.

Blinken est un facilitateur et un partisan clé de la politique israélienne de massacre de journalistes. Les États-Unis n’ont jamais condamné cette pratique et maintiennent leur position selon laquelle il n’y a pas de "ligne rouge" quant à ce qu’Israël est autorisé à faire. Les États-Unis ont fourni à ce pays 10 000 tonnes de matériel militaire au cours des trois derniers mois, livrés par plus de 200 avions cargo.

Lors de l’invasion de l’Irak en 2003, l’armée américaine a ciblé et tué à plusieurs reprises des journalistes d’Al Jazeera . Dans un journal de 2003, le ministre britannique de l'Intérieur, David Blunkett, a exhorté le Premier ministre britannique Tony Blair à attaquer les journalistes d'Al Jazeera . Blunkett a déclaré que le Royaume-Uni ne devrait pas "exclure" de cibler les journalistes parce que "ils tentent de gagner une bataille de propagande au nom de votre ennemi".

Le 25 octobre, Axios a rapporté que Blinken avait prié le Premier ministre du Qatar de "baisser le volume de la couverture d’Al Jazeera parce qu’elle est empreinte d’incitations anti-israéliennes", et s’en était ensuite vanté lors d’une réunion.

Quelle que soit la manière dont le gouvernement qatari a répondu à la demande de Blinken, Israël s’est efforcé de "baisser le volume de la couverture médiatique d’ Al Jazeera" en assassinant systématiquement les correspondants d’Al Jazeera et leurs familles à Gaza.

En octobre, Israël a assassiné l’épouse, les deux enfants et le petit-fils de Wael al-Dahdouh lors d’une frappe aérienne contre leur maison. En décembre, une frappe de drone a blessé Wael et tué son caméraman près de Khan Younis.

Dans un geste d'héroïsme et de résistance, al-Dahdouh a poursuivi son travail de journaliste de terrain dès le lendemain de chaque attaque.

Dans un communiqué, Al Jazeera a condamné la frappe de dimanche :

L'assassinat de Mustafa et Hamza, le fils du correspondant d' Al Jazeera Wael Al-Dahdoh, alors qu'ils étaient en route pour accomplir leur devoir dans la bande de Gaza, réaffirme la nécessité de prendre immédiatement les mesures juridiques nécessaires contre les forces d'occupation pour garantir qu'il n'y ait pas d’impunité.

Ajoutant :

L'assassinat de son fils Hamza en janvier 2024 confirme sans aucun doute la détermination des forces israéliennes à poursuivre ces attaques brutales contre les journalistes et leurs familles, visant à les décourager d'accomplir leur mission, violant les principes de la liberté de la presse et portant atteinte au droit de vivre.

Et concluant :

Nous exhortons la Cour pénale internationale, les gouvernements, les organisations de défense des droits de l’homme et les Nations Unies à tenir Israël pour responsable de ses crimes odieux et à exiger la fin du ciblage et du meurtre de journalistes.

Le Comité pour la protection des journalistes a demandé une enquête sur ce meurtre. Sherif Mansour, coordinateur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord au Comité, a déclaré dans un communiqué :

La famille Al Dahdouh et leurs collègues journalistes à Gaza réécrivent ce que signifie être journaliste aujourd’hui au prix d’immenses sacrifices courageux et sans précédent.

Phil Chetwynd, directeur de l'information mondiale de l'Agence-France Presse, a déclaré :

"Nous condamnons vigoureusement toutes les attaques contre les journalistes dans l'exercice de leur métier et il est essentiel que nous ayons une explication claire sur ce qui s'est passé".

Vendredi, Euro-Med Monitor a rapporté que 30 676 Palestiniens ont été tués dans les attaques des Forces de défense israéliennes depuis le 7 octobre, en prenant en compte à la fois ceux dont les corps ont été identifiés et ceux disparus depuis plus de deux semaines, la plupart enterrés sous le décombres de bâtiments en ruines.

À ce jour, 1,9 million de Palestiniens ont été déplacés, ce qui représente 90% de la population de Gaza. Beaucoup ont été contraints de fuir à plusieurs reprises et Israël a détruit ou endommagé environ 70% des infrastructures civiles de Gaza.

📰 https://www.wsws.org/en/articles/2024/01/08/keda-j08.html

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6- La couverture de la guerre de Gaza par le New York Times et d'autres grands journaux a largement favorisé Israël, selon une analyse

Une analyse quantitative fait apparaître que les principaux journaux ont privilégié les récits israéliens au cours des six premières semaines de l'assaut contre Gaza.

L'entrée du New York Times alors que des militants pro-palestiniens défilent lors d'une manifestation mondiale en faveur de Gaza le 18 décembre 2023, à New York. Photo : Michael M. Santiago/Getty Images

Par Adam Johnson & Othman Ali, le 9 janvier 2024, The Intercept

La presse écrite, dont le rôle est déterminant dans la formation de l'opinion américaine sur le conflit israélo-palestinien, a accordé peu d'attention à l'impact sans précédent du siège et de la campagne de bombardement d'Israël tant sur les enfants que sur leurs confrères journalistes de Gaza.

Les principaux journaux américains ont mis l'accent de manière disproportionnée sur les victimes israéliennes du conflit, ont usé d'un langage émotionnel pour décrire les meurtres d'Israéliens, mais pas ceux de Palestiniens, et ont offert une couverture déséquilibrée des actes antisémites aux États-Unis, tout en ignorant largement le racisme antimusulman dans le sillage du 7 octobre. Les militants pro-palestiniens ont accusé les principales publications de partialité pro-israélienne, le New York Times ayant fait l'objet de protestations à son siège de Manhattan pour sa couverture du conflit dans la bande de Gaza - une accusation étayée par notre analyse.

L'analyse de source ouverte se concentre sur les six premières semaines du conflit, depuis les attaques menées par le Hamas le 7 octobre, qui ont tué 1 139 Israéliens et travailleurs étrangers, jusqu'au 24 novembre, début de la "trêve humanitaire" d'une semaine convenue par les deux parties pour faciliter les échanges d'otages. Au cours de cette période, 14 800 Palestiniens, dont plus de 6 000 enfants, ont été tués par les bombardements israéliens sur Gaza. Aujourd'hui, le bilan palestinien s'élève à plus de 22 000 morts.

The Intercept a rassemblé plus de 1 000 articles du New York Times, du Washington Post ainsi que du Los Angeles Times sur la guerre d'Israël contre Gaza et recensé l'utilisation de certains termes clés ainsi que le contexte dans lequel ils ont été utilisés. La compilation révèle un déséquilibre flagrant dans la manière dont les Israéliens et les personnalités pro-israéliennes bénéficient d'une couverture médiatique par rapport aux Palestiniens et aux voix pro-palestiniennes, avec des usages qui mettent en exergue la narration israélienne au détriment de celle des Palestiniens.

Ce parti pris anti-palestinien dans la presse écrite correspond à une enquête similaire sur les informations câblées américaines que les auteurs ont menée le mois dernier pour The Column, révélant une disparité encore plus grande.

Les enjeux de cette dépréciation systématique de la vie des Palestiniens ne pourraient être plus élevés : Alors que le nombre de morts à Gaza ne cesse d'augmenter, que des villes entières sont rasées et rendues inhabitables pendant des années, et que des familles entières sont anéanties, le gouvernement américain jouit d'une influence considérable en tant que principal mécène et fournisseur d'armes d'Israël. La présentation du conflit par les médias signifie qu'il y a moins d'inconvénients politiques à soutenir Israël sans broncher.

Selon l'analyse, la couverture des six premières semaines de la guerre brosse un tableau sombre de la partie palestinienne, rendant plus difficile l'humanisation des Palestiniens et, de ce fait, l'éveil de la sympathie des Américains.

Pour obtenir ces données, nous avons recherché tous les articles contenant des mots pertinents (tels que "palestinien", "Gaza", "israélien", etc.) sur les trois sites d'information. Nous avons ensuite analysé chaque phrase de chaque article et compté le nombre de certains termes. Pour cette analyse, nous avons omis tous les articles éditoriaux et les lettres à la rédaction. L'ensemble de données de base est disponible ici, et l'ensemble de données complet peut être obtenu en envoyant un courriel à ottoali99@gmail.comOpens in a new tab.

Notre enquête sur la couverture des morts a abouti à quatre conclusions principales.

Couverture disproportionnée des victimes

Dans le New York Times, le Washington Post et le Los Angeles Times, les mots "israélien" ou "Israël" apparaissent plus souvent que "palestinien" ou ses variantes, alors même que le nombre de morts palestiniens dépasse de très loin le nombre de morts israéliens. Pour deux décès palestiniens, les Palestiniens sont mentionnés une fois. Pour chaque mort israélienne, les Israéliens sont mentionnés huit fois - soit 16 fois plus que par victime palestinienne.

Graphic: The Intercept
Graphique The Intercept

Un "massacre" d'Israéliens, pas concernant les Palestiniens

Les termes très émotifs utilisés pour qualifier le meurtre de civils, tels que "massacre" et "effroyable", ont été réservés presque exclusivement aux victimes israéliennes tuées par des Palestiniens, et non l'inverse. (Lorsque les termes apparaissaient entre guillemets plutôt que dans la voix éditoriale de la publication, ils ont été omis de l'analyse).

Le terme "massacre" a été appliqué par les rédacteurs en chef et les journalistes pour décrire le nombre d'Israéliens tués par rapport aux Palestiniens dans une proportion de 60 contre 1, et le terme "effroyable" a été utilisé pour décrire le nombre d'Israéliens tués par rapport aux Palestiniens dans une proportion de 36 contre 4.

Graphique The Intercept

Un titre caractéristique du New York Times, dans un article de la mi-novembre sur l'attentat du 7 octobre, est le suivant : "Ils se sont précipités dans un abri anti-bombes pour se mettre à l'abri. Mais ils ont été massacrés". Comparez cela avec le profil le plus sympathique du Times sur les morts palestiniens à Gaza, daté du 18 novembre : "La guerre transforme Gaza en un 'cimetière' pour les enfants". Ici, "cimetière" est une citation des Nations unies et la tuerie elle-même est à la voix passive. Dans son propre éditorial, l'article du Times sur les morts à Gaza n'utilise pas de termes émotifs comparables à ceux de son article sur l'attaque du 7 octobre.

Le Washington Post a employé le terme "massacre" à plusieurs reprises dans son reportage pour décrire le 7 octobre. "Le président Biden fait face à une pression croissante de la part des parlementaires des deux partis pour punir l'Iran après le massacre du Hamas", peut-on lire dans un un article du Post. Le 13 novembre, un article du journal expliquant comment le siège et les bombardements israéliens ont tué 1 Palestinien sur 200 n'utilise pas une seule fois les mots "massacre" ou "tuerie". Les morts palestiniens sont simplement "tués" ou "morts" - souvent dans une tournure à la voix passive.

Enfants et journalistes

Seuls deux titres sur plus de 1 100 articles de presse de l'étude mentionnent le mot "enfants" à propos des enfants de Gaza. Exception notable, le New York Times a publié fin novembre un article en première page sur la multiplication historique des meurtres de femmes et d'enfants palestiniens, bien que le titre ne mentionne ni l'un ni l'autre de ces catégories.

Bien que la guerre d'Israël contre Gaza soit peut-être la plus meurtrière pour les enfants - presque tous palestiniens - de l'histoire moderne, le mot "enfants" et les termes connexes sont à peine mentionnés dans les titres des articles étudiés par The Intercept.

Dans le même temps, plus de 6 000 enfants auraient été tués par les autorités à Gaza au moment de la trêve, et ce chiffre dépasse aujourd'hui les 10 000.

Alors que la guerre de Gaza a été l'une des plus meurtrières de l'histoire moderne pour les journalistes - en écrasante majorité palestiniens - le mot "journalistes" et ses déclinaisons telles que "reporters" et "photojournalistes" n'apparaissent que dans neuf titres sur plus de 1 100 articles étudiés. Environ 48 journalistes palestiniens avaient été tués par les bombardements israéliens au moment de la trêve ; aujourd'hui, le nombre de journalistes palestiniens tués a dépassé les 100. Seuls 4 des 9 articles contenant les mots journaliste ou reporter concernaient des reporters arabes.

L'absence de couverture de l'assassinat sans précédent d'enfants et de journalistes, deux catégories suscitant généralement la sympathie de la presse occidentale, est flagrante. À titre de comparaison, plus d'enfants palestiniens sont morts au cours de la première semaine du bombardement de Gaza qu'au cours de la première année de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Pourtant, le New York Times, le Washington Post et le Los Angeles Times ont publié de nombreux articles à caractère personnel et sympathique soulignant le sort des enfants au cours des six premières semaines de la guerre en Ukraine.

L'article de première page du New York Times mentionné plus haut ainsi qu'une chronique du Washington Post sont de rares exceptions à la disette en matière de couverture des très jeunes victimes palestiniennes.

Tout comme pour le sort des enfants, le New York Times, le Washington Post et le Los Angeles Times se sont concentrés sur les risques encourus par les journalistes lors de la guerre en Ukraine, publiant plusieurs articles détaillant les dangers liés à la couverture de la guerre au cours des six premières semaines qui ont suivi l'invasion de la Russie. Six journalistes ont été tués au cours des premiers jours de la guerre en Ukraine, contre 48 au cours des six premières semaines du bombardement de Gaza par Israël.

Les inégalités dans la couverture du sort des enfants sont tant qualitatives que quantitatives. Le 13 octobre, le Los Angeles Times a publié un rapport de l'Associated Press disant : "Le ministère de la santé de Gaza a déclaré vendredi que 1 799 personnes avaient été tuées dans le territoire, dont plus de 580 personnes de moins de 18 ans et 351 femmes. L'assaut du Hamas samedi dernier a tué plus de 1 300 personnes en Israël, dont des femmes, des enfants et de jeunes festivaliers". Notez que les jeunes Israéliens sont qualifiés d'enfants alors que les jeunes Palestiniens sont décrits comme des personnes de moins de 18 ans.

Lors des discussions sur les échanges de prisonniers, ce refus fréquent de qualifier les Palestiniens d'enfants était encore plus flagrant, le New York Times parlant dans un cas de "femmes et d'enfants israéliens" échangés contre des "femmes et des mineurs palestiniens". (Les enfants palestiniens sont appelés "enfants" plus loin dans le rapport, lorsqu'il s'agit de résumer les conclusions d'un groupe de défense des droits de l'homme).

Un article du Washington Post du 21 novembre annonçant l'accord de trêve a complètement effacé les femmes et les enfants palestiniens : "Le président Biden a déclaré dans un communiqué mardi soir qu'un accord avait été conclu pour libérer 50 femmes et enfants retenus en otage par le Hamas à Gaza, en échange de 150 prisonniers palestiniens détenus par Israël". Le dossier ne mentionne nullement les femmes et les enfants palestiniens.

Couverture de la haine aux États-Unis

De même, lorsqu'il s'agit de savoir comment le conflit de Gaza se traduit en termes de sentiments de haine aux États-Unis, les grands organes de presse ont accordé plus d'attention aux attaques antisémites qu'à celles perpétrées à l'encontre des musulmans. Dans l'ensemble, l'accent a été mis de manière disproportionnée sur le racisme à l'égard du peuple juif, par rapport au racisme visant les musulmans, les Arabes ou les personnes perçues comme telles. Au cours de la période couverte par l'étude de The Intercept, le New York Times, le Washington Post et le Los Angeles Times ont mentionné l'antisémitisme bien plus fréquemment que l'islamophobie (549 contre 79), et ce avant la méta-controverse sur l'"antisémitisme sur les campus" montée de toutes pièces par les républicains du Congrès à partir de la semaine du 5 décembre.

Malgré de nombreux cas très médiatisés d'antisémitisme et de racisme antimusulman au cours de la période d'enquête, 87 % des mentions de discrimination concernaient l'antisémitisme, contre 13 % pour l'islamophobie, y compris les termes apparentés.

A projection declares the Washington Post "complicit in genocide" during a march for Gaza on a worldwide day of action for Palestine, October 12, 2023. Protesters accuse the Post and other Western news outlets of bias in their coverage of the Hamas attacks and their aftermath. Demonstrations are taking place worldwide in support of the innocent Palestinian civilians who had no role in the attacks, but are harmed by the response. (Photo by Allison Bailey/NurPhoto via AP)
Une projection déclare le Washington Post "complice du génocide" lors d’une marche pour Gaza lors de la journée mondiale d’action pour la Palestine le 12 octobre 2023 - Photo : Allison Bailey/NurPhoto via AP

Quand les grands journaux échouent

Dans l'ensemble, que ce soit en termes d'ampleur ou de charge émotionnelle, les meurtres commis par Israël à Gaza ne bénéficient pas d'une couverture proportionnelle à celle des victimes israéliennes du 7 octobre. Ces meurtres sont le plus souvent présentés sous la forme de données arbitrairement élevées et abstraites. Ils ne sont pas non plus décrits dans des termes émotifs tels que "massacre", "tuerie" ou "effroyable". Les meurtres de civils israéliens par le Hamas sont systématiquement présentés comme faisant partie de la stratégie du groupe, alors que ceux des civils palestiniens sont couverts presque comme s'il s'agissait d'une série d'erreurs ponctuelles, répétées des milliers de fois, malgré de multiples preuves indiquant l'intention d'Israël de nuire aux civils et aux infrastructures civiles.

En conséquence, les trois principaux quotidiens ont rarement accordé aux Palestiniens une couverture humanisante. Malgré cette asymétrie, les sondages révèlent une évolution de la sympathie des démocrates à l'égard des Palestiniens et à leur détachement vis-à-vis d'Israël, avec des clivages générationnels massifs dus, en partie, à une différence frappante entre les sources d'information. Dans l'ensemble, les jeunes sont informés du conflit via TikTok, YouTube, Instagram et Twitter, tandis que les Américains plus âgés s'informent auprès de la presse écrite et des chaînes câblées.

La couverture biaisée des grands journaux et des journaux télévisés grand public a un impact sur la perception générale de la guerre et oriente les téléspectateurs vers une vision déformée du conflit. C'est ainsi que des experts et des hommes politiques pro-israéliens accusent les opinions pro-palestiniennes de "désinformation" sur les réseaux sociaux.

L'analyse de la presse écrite et de l'information par câble montre toutefois clairement que, si une cohorte de consommateurs de médias reçoit une image biaisée, c'est bien celle qui s'informe dans les médias de masse établis aux États-Unis.

Othman Ali est chercheur et analyste de données. Il est titulaire d'un diplôme d'études supérieures en science des données de l'Université d'Oxford. Ses travaux de recherche portent sur les approches quantitatives permettant d'identifier la partialité des médias de masse, la désinformation, la censure et l'effet de la couverture médiatique sur le sentiment du public et les résultats politiques.

Adam Johnson est co-animateur du podcast "Citations Needed" et vous pouvez suivre son travail sur The ColumnOuvre dans un nouvel onglet.

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📰 https://theintercept.com/2024/01/09/newspapers-israel-palestine-bias-new-york-times/

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