♟ Décoloniser l'histoire
La décolonisation de l'histoire est fondamentale pour assurer la visibilité de la lutte des peuples indigènes, pour la reconnaissance de leurs droits, pour leur survie... mais également pour la nôtre
Décoloniser l'histoire
Les Blancs clament aujourd'hui : "Nous avons découvert la terre du Brésil", mais nos ancêtres ont toujours vécu sur cette terre.
- Davi Kopenawa, chaman Yanomami connu comme le Dalaï Lama de la forêt tropicale, Brésil
Par Survival, mouvement mondial pour les droits des peuples autochtone, non daté
La campagne #DecoloniseHistory - #MayflowersKill est une collaboration entre les Amérindiens et Survival International pour donner davantage de visibilité à l'histoire du génocide des peuples autochtones à l'échelle internationale, pour montrer comment ce génocide continue à se répéter dans les Amériques et sur d'autres continents, et même à être célébré, et comment il peut et doit être éradiqué.
Voilà plus de 500 ans, le 12 octobre 1492, l'expédition dirigée par Christophe Colomb atteignait une île des Bahamas appelée Guanahani par ses habitants indigènes (les Taïnos), que les conquistadors espagnols rebaptisèrent San Salvador. Ce fut le premier contact significatif entre les Européens et les habitants des Amériques.
Mais l'arrivée de Christophe Colomb sur le continent américain a marqué le début d'une histoire d'extermination par des maladies importées contre lesquelles les indigènes n'étaient pas immunisés, mais aussi par la violence, l'esclavage, le pillage, le vol des terres et des ressources, qui aujourd'hui encore se poursuit.
On estime que rien qu'en 1600, 56 millions d'indigènes sont morts à la suite de l'arrivée des Espagnols sur le continent américain (environ 90 % de la population).
"Bon nombre des effets et les conséquences de ces contacts, qui n'étaient pas désirés, sont encore visibles aujourd'hui".
- Chagabi, du peuple indigène Ayoreo-Totobiegosode, Paraguay
Quelques années plus tard, en 1620, le navire Mayflower transportait une centaine de réfugiés puritains (appelés "pèlerins") vers l'Amérique du Nord. Les colons, fuyant les persécutions et les discriminations en Angleterre, ont reçu l'aide des Indiens pour survivre sur cette terre nouvelle et hostile. Cependant, l'accueil réservé aux colons fut loin d'être réciproque. Le Mayflower a été suivi par des années d'invasions, de guerres et de maladies qui ont anéanti la quasi-totalité de la population indigène d'Amérique du Nord.
"C'est presque un miracle que nous soyons encore de ce monde. Nous sommes les descendants d'un peuple qui a survécu à une tentative de génocide, à la perte de nos ancêtres tués, à l'oubli de notre spiritualité, de notre culture, de nos terres et de nos ressources naturelles, tout cela pour une perception déformée de la supériorité occidentale et un droit divin autoproclamé de dominer d'autres peuples. Nous sommes douloureusement conscients que l'histoire ne doit plus jamais se répéter".
- Présidente Cheryl Andrews-Maltais, Aquinnah Wampanoag
Et pourtant, l'histoire se répète encore et encore. Le génocide et la discrimination sévissent toujours dans les Amériques. En témoignent les taux extrêmement élevés de pauvreté, de maladie, d'alcoolisme, de violence domestique, de brutalité policière, d'incarcération, de meurtre, de suicide, ainsi que la faible espérance de vie des Amérindiens par rapport à celle des descendants d'immigrants européens.
Aujourd'hui, les peuples indigènes non contactés de la forêt amazonienne et du Chaco paraguayen continuent d'être soumis à des contacts forcés et meurtriers avec des étrangers ainsi qu'au vol de leurs terres. Ces contacts entraînent souvent la mort en quelques années d'au moins la moitié de leur population. Parfois bien plus...
Le Covid-19 n'est que la dernière des nombreuses maladies importées qui menacent la vie des peuples indigènes des Amériques. Leur survie est une question de morale et de justice. Ils sont une composante essentielle de la diversité humaine, mais la défense de leurs droits est également cruciale pour lutter contre la perte de la biodiversité, dont nous dépendons tous. Les peuples autochtones sont les meilleurs gardiens de la nature.
Ces tragédies sont criminelles et le fruit du racisme perpétué par la société coloniale.
"L'invasion a fait que très peu de nos contemporains parlent leur langue maternelle et que très peu d'entre eux perpétuent les anciennes traditions cérémonielles, parce qu'à travers la douleur, la terreur, l'esclavage, le viol, l'assujettissement et des actions terribles, ils ont voulu nous effacer, ils ont voulu effacer notre descendance. Mais notre force d'esprit est plus grande et nous continuons d'exister".
- Xóchitl, Chichimèque / Zapotèque
Malgré tout, les survivants qui le peuvent continuent à résister et à défendre leurs terres, leur identité et à exiger le respect.
Alors pourquoi parler de décolonisation de l'histoire ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce génocide du passé non seulement se répète encore, mais il est en plus célébré. Chaque année, le 12 octobre, l'Espagne et certains pays d'Amérique latine commémorent en grande pompe la "découverte" de l'Amérique lors du "Día de la Hispanidad". Cette célébration est humiliante pour les peuples indigènes d'aujourd'hui et constitue une apologie du colonialisme et du génocide. Il n'y a rien à célébrer.
"Les colons ne pouvaient pas ignorer que les habitants indigènes de la Nouvelle-Angleterre avaient des droits sur la terre. Cependant, ayant rationalisé leur position légitime en tant que peuple plus civilisé, les colons ont considéré que leur revendication prévalait et ont usurpé ou manipulé les droits des indigènes".
- Paula Peters, Mashpee Wampanoag
Consultez cette carte interactive (sur l'article original) pour découvrir des témoignages percutants expliquant pourquoi ce fait historique ne mérite aucunement d'être célébré :
Mais le nouveau colonialisme est loin de s'arrêter là. Les manuels scolaires, tant en Espagne que dans plusieurs pays d'Amérique latine, continuent de faire référence à l'arrivée de Christophe Colomb sur l'île de Bohio comme étant "la découverte" de l'Amérique. Mais l'Amérique n'a pas été découverte ! Le continent était habité depuis des milliers d'années. Ces mêmes livres ignorent également l'histoire, la culture et le passé des peuples indigènes qui ont été soumis.
Les musées européens exposent des œuvres d'art, des codex (livres formés de feuilles pliées et assemblées en cahiers, qui remplacent le rouleau ou le volumen au Moyen Âge), des momies, des objets rituels et sacrés, fruits de la spoliation des peuples indigènes.
Les places des villes européennes arborent les statues des conquistadors, responsables de massacres monstrueux.
Et pourtant, l'Europe oublie, par exemple, que les Indiens d'Amérique ont sauvé le vieux continent des famines périodiques du Moyen-Âge : pommes de terre, tomates, poivrons, les aliments de base du régime "méditerranéen", ont été importés d'Amérique !
Ce ne sont là que quelques exemples des raisons pour lesquelles l'histoire de l'Amérique est encore colonisée. Survival International dénonce cette pensée coloniale qui humilie les peuples indigènes et contribue à perpétuer le génocide dans les Amériques.
"Le célébrer [le génocide], c'est donner des armes pour qu'ils puissent continuer à nous subjuguer, pour qu'ils puissent continuer à nous humilier".
- Xóchitl, Chichimeca/Zapoteca
La décolonisation de l'histoire est fondamentale pour assurer la visibilité de la lutte des peuples indigènes, pour la reconnaissance de leurs droits, pour leur survie... mais également pour la nôtre !

📰 https://www.survival.es/campanas/descoloniza-la-historia
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